« La route » de Cormac McCarthy ou l’insoutenable effort de vivre

Il n’y a de prime abord rien de plaisant dans ce livre étrange, maussade, où les mots s’amenuisent en même temps que l’espoir.

L’espoir ténu qui mène un homme, son enfant et leur caddie vers un ailleurs qui n’est plus nulle part. Car du monde, rien ne subsiste que de rares survivants, des eaux troubles, un air opaque, les structures déchiquetées de constructions irradiées et le goudron fondu de La route.

Cette vision terrible de ce que serait le monde après un de ces cataclysmes banalisés par les fictions, traduit sans doute cette peur, cultivée par les mêmes fictions, de l’éclatement de notre société représentée ici par ce caddie, vestige le plus trivial de notre matérialisme effreiné.

Mais elle peut être aussi celle de la misère extrême que chacun peut atteindre à un moment ou l’autre de sa vie. Quand le monde s’écroule à la suite d’une épreuve, d’une maladie, d’un deuil, d’une perte d’emploi. Ou pire encore, à cause d’une guerre généralisée.

Le monde n’est plus, ici, qu’une allégorie, celle de la misère suprême, tant physique que morale, à laquelle parviennent nombre des héros de Cormac McCarthy. Mais alors que Suttree évoluait dans un monde ordinaire, nos deux routards progressent dans un no man’s land où la vie elle-même n’est plus qu’une survivance, où l’Autre n’est plus défini comme un semblable, mais d’abord comme un ennemi, sachant qu’il existe, peut-être encore, quelques gentils.

Cette route n’est décidément pas plaisante à suivre, et l’on se force un peu à naviguer dans ce néant, attendant au détour des pages un espoir, une lueur qui ne viennent jamais. Les mots se raréfient à mesure que la progression confirme le désastre. Mais l’homme, toujours, reste humain, avec cette urgence de vivre jusqu’au bout. Jusqu’à la mort, qui le prend sans qu’il ait le temps de savoir que l’enfant, lui, sera sauvé.

A l’heure où l’on s’interroge sur l’opportunité pour certains d’abréger des fins de vies difficiles ou insoutenablement douloureuses, il n’est pas anodin de voir ainsi loué l’effort de vivre et d’ assumer jusqu’à son terme la vie donnée, sa grandeur, sa misère et sa nécessité.

Publié par

Céleste Brume

quelques mots, au coin du bon sens...que je ne cesse de ressasser depuis.... le piège de Chirac en 2002, le matraquage anti-Sarkozy en 2007, le matraquage pro-Hollande en 2012 et le triomphe de la com' Macron en 2017. Pour que la France DEMEURE.

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