Vatican II : l’impossible unanimité des Catholiques

Après tout le tapage dont nous ont gratifié les medias sur cette main tendue par Benoît XVI aux évêques intégristes (et son choix malheureux pour l’un d’eux), le verdict tombe enfin de l’alternative proposée : ils confirment leur rejet de Vatican II.

Rien n’est pour autant réglé dans ces dissensions déjà installées ou en voie de l’être, car on met toujours en lumière la Fraternité Saint-Pie X, qui ne représente qu’une partie des courants anti-conciliaires fûssent-ils seulement traditionnalistes et non intégristes.

Il est vrai que la plupart des autres « contestataires » du Concile, essentiellement traditionnalistes, ressortissent du droit pontifical. Parmi eux,    l’Institut du Christ Roi qui a étendu, depuis 40 ans, son influence (son rejet de toute modernité ecclésiale) dans une grande partie du  monde occidental, tout en s’implantant assez généreusement dans l’Hexagone et particulièrement en Aquitaine et en Limousin.

Accroché depuis 2007 aux libéralités que lui a conféré le Motu Proprio, cet Institut  est soumis,  depuis le 7 octobre 2008,   au droit pontifical, ce qui risque de troubler bien davantage encore un bon nombre de paroissiens coutumiers des messes  ordinaires et fidèles à leur modernité mais bien souvent privés, dans leurs paroisses, des célébrations qu’un manque crucial de prêtres de permet plus d’y proposer.

On peut donc supposer que les vocations  qui paraît-il affluent en nombre dans les séminaires bien nantis de ces fondations essaimeront un jour dans nos régions. Quel choix restera-t-il alors aux fidèles ?

Catholiques: vers l’unité, la dissidence ou l’abandon ?

J’avais décider d’arrêter, mais là….. L’incroyable remous que provoque la décision de Benoit XVI de lever quatre excommunications,  le jour même du cinquantenaire de Vatican II, appelle à trop de questions.

L’unité des chrétiens était et demeure l’objectif du fameux Concile. Sa modernité et ses bienfaits  semblent  bien mal perçus encore dans l’opinion,  gavée par des medias toujours enclins à forger des catholiques une image archaïque et affligeante  de ce qu’ils ce qu’ils pouvaient être il y a cinquante ans.  Celle de nos intégristes d’aujourd’hui, en somme. Bornés, rétrogrades et surtout politiques.

Reste que ce  groupe dissident est pourtant bien distinct  de la majorité des catholiques de France, moins audibles sans doute.  Ceux-là  ne sont plus appelés en leurs églises que par leur Foi, l’Espérance et la Joie du partage. Sans artifices superflus. Dans des églises qui, par manque de moyens et de vocations tombent parfois en déshérence.

Tel n’est pas le cas en effet des exclus d’aujourd’hui, invités à nous rejoindre demain, qui sont puissants et si fiers, semble-t-il, d’engendrer ce tapage.  L’enjeu est néanmoins de taille : il leur faudra accepter ce que depuis toujours ils refusent : suivre le Magistère, et par conséquent se soumettre aux évolutions du Concile. Que je sache, il n’a jamais été question, à Rome,  d’en abroger l’esprit. Ou du moins pas encore.

Hors l’Eglise, il étaient schismatiques. Dans l’Eglise,  ils risquent bel et bien de d’amener des ruptures. Leur arrogance et leurs certitudes,  manifestes depuis le Motu Proprio, leur permettent de penser,  voire de dire,  qu’après avoir gagné le retour en grâce du rite tridentin ( pourtant jamais  exclus du rituel  concilaire), ils parviendront à obtenir l’abrogation du Concile lui-même.

Notre Dame d'Orcival
Notre Dame d'Orcival

Leurs évêques n’ont jamais levé là-dessus leurs réserves. Je leur dédie cette image de Notre Dame d’Orcival, invoquée pour libérer de toute sortes de carcans.  Celui de leur intolérance  est  fameux.

L’ évêque émérite d’Amiens, Mgr Jacques Noyer, exprimait librement dans sa dernière homélie le sentiment aujourd’hui partagé par un grand nombre d’entre nous.

La jeunesse catholique de France témoigne fort heureusement d’une grande clarté à l’égard de sa religion : ouverture, tolérance, charité,  joie et partage en sont la règle. Ses grands  rassemblements en sont la preuve.  Reste à espérer qu’elle parvienne à éclairer tous ceux dont la vocation  se focalise et s’étrécit  encore sur la voie passéiste des courants dissidents.

Je n’ai pour ma part aucune envie de retrouver dans mon Eglise, que j’ai  récemment retrouvée,  tout ce qui m’en avait éloignée il y a tout juste… cinquante ans. C’est, à mon âge, une arête en travers de la gorge qui dégoûte souvent du poisson.

Retour vers la Foi, dans l’Eglise catholique

Un essai récent de Jean-Claude Guillebaud m’a littéralement séduite et bouleversée. Il y relate avec une concision extrême la progression qui l’a lentement ramené de la vie à la Foi et de la Foi à l’église. Chaque vie suit son propre chemin. Le sien représente assez bien celui de ma génération, antérieure à Vatican II, qui n’a pas perçu ou pas suivi les changements que ce grand concile a apporté à notre Eglise.
Cette église dans laquelle je suis moi aussi revenue.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Michel Onfray et autres sectateurs de l’athéologie, la voient encore pour ce qu’elle fut, en des temps aujourd’hui reculés de règne et de splendeur. Cet « opium du peuple » honni de toutes les Lumières et autres Révolutions. Ils La voient encore comme un frein à l’autonomie de l’esprit, à la liberté des consciences, à l’accomplissement de soi-même. Ils ne savent tout simplement pas de quoi ils parlent. Ils seraient bien surpris par la lecture de lettre encyclique Fides et Ratio du Pape Jean-Paul II.
Quant à la laïcité qu’ils revendiquent, elle n’est tout simplement pas conforme à nos constitutions.

Ce retour du religieux chrétien qui aujourd’hui les inquiète ou pire les scandalise ne répond pourtant qu’à l’évidence millénaire de ce que nous sommes : matière, esprit et espérance.

Cette Espérance, ce mystère de la Foi chrétienne fascine les plus sceptiques, interroge philosophes, historiens, sémiologues et romanciers. Car les ouvrages abondent, qui font retour sur le Mystère chrétien, son histoire, son Eglise, ses martyrs et ses saints. De Régis Debray à Régine Desforges en passant par Max Gallo, Alain Decaux ou Julia Kristeva, ils nous ont tous livrés leurs études, leurs réflexions ou leur fantasmes sur ce Mystère chrétien qui se perpétue depuis deux mille ans.

Car c’est l’Espérance qui fait Joie pour les catholiques de France et d’ailleurs et pour tous les chrétiens. Espérance de paix, ici, maintenant, toujours. Cette espérance, il nous appartient de la communiquer.

Il y a aujourd’hui plus d’un milliard de catholiques dans le monde, témoins d’une Eglise rénovée, qui, depuis les quarante ans de Vatican II, a retrouvé avec Jean XXIII et ses successeurs le message universel de ses origines : « Aimez-vous les uns les autres ». Un message unique au sein de toutes les religions.

Ce message, c’est dans la liberté de leur Foi que les fidèles aujourd’hui essaient de le vivre et de le mettre oeuvre. Au quotidien.

Cette liberté, ils ne l’ont pas acquise sans quelque souffrance : 1905 fut pour l’ Eglise de France une année terrible, mais ce fut aussi l’occasion pour elle d’un nouveau départ, d’une nouvelle mission dont Vatican II achèvera la mise en place et qui depuis se perpétue et s’élargit.

C’est dans la plus totale liberté qu’aujourd’hui – et depuis plus de cinquante ans- les catholiques de France se rendent dans leurs églises, parfois nombreux, aux Rameaux, à Pâques, à Noêl, parfois plus rares aux offices ordinaires. Pour y partager, dans la communauté qu’ils constituent, un moment de Joie et d’Espérance qui les nourrit et les abreuve, comme ils ont été nourris et abreuvés depuis deux mille ans de cet Amour divin total et universel prodigué par le Crucifié.

Mais c’est de plus en plus dans le dénuement des paroisses de France, leur manque patent de prêtres, et avec l’engagement de laïcs de plus en plus nombreux pour les seconder.

Vivre sa Foi chrétienne aujourd’hui exige non seulement de la rendre visible en l’affirmant par ses actes, mais encore de maintenir la viabilité de notre Eglise en assumant l’entretien de ceux qui la font vivre, qui ne vivent pas de l’air de temps, mais bien de ce Denier de l’Eglise que tant de chrétiens catholiques rechignent si souvent encore à lui verser.

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