Motu proprio : oecumenisme et retour de goupillon

Il y a plus de quarante ans que Vatican II a débarrassé notre Eglise de tous ces oripeaux qui m’en avaient, comme tant d’autres, écartée. Comme tant d’autres encore, j’y suis retournée pour y partager, dans mon village, ces moments intenses de fraternité et de grâce qui font la joie des chrétiens. Dans le dénuement et la modestie de célébrations proches, sans doute, des origines. Dans la beauté des chants qui rassemblent, des lectures qui impliquent et la sincérité de toute une assistance attentive, guidée par sa seule Foi.

Mon village était semblait-il bien loin de tous ces nostalgiques pré-conciliaires qui n’y étaient pas (encore) représentés. C’est maintenant chose faite.

J’avais bien assisté, il y a quelques années, au spectacle d’une Messe à trois chevaux, qui dura plus de deux heures et me sembla fort ennuyeuse. C’était avant mon retour de foi, et restait pour moi non signifiant, sinon dérisoire. Aujourd’hui, c’est différent.

La tradition est de retour : la main tendue par notre Pape Benoît XVI aux nostalgiques des messes anciennes, définie dans son Motu Proprio, les rend aujourd’hui plus apparents et semble-t-il plus audacieux.

C’est ainsi que j’ai assisté ce dimanche à quelque chose de fellinien, à l’église de mon village : après la messe ordinaire, célébrée comme chaque semaine par le prêtre local, une délégation de soutanes a investi les lieux pour y transporter tout un « matériel de campagne ». La messe (préparée de longue date) qu’ils devaient célébrer l’après-midi nécessitant pour eux une panoplie d’accessoires. Notre église paroissiale n’est pourtant dépourvue ni de candélabres ni même encore de linge ou de goupillons. Nos accessoires n’ont sans doute pas été jugés assez beaux.

A seize heures, les cloches retentirent. A toute volée. Deux bonne heures plus tard, elles annonçaient la fin d’une messe dont la sortie fut remarquée : la grand’messe de mon enfance avec sa foule chapeautée de femmes élégantes, de familles endimanchées, d’enfants de choeur en dentelles, de soutanes colorées (bleu ciel) ou noires, en grand nombre. Pose photos sur le parvis. Une messe venue d’ailleurs.

De l’autre côté de la place, les badauds dont moi-même regardaient ce spectacle, dont on pouvait se dire en passant : tiens, on tourne un film !

Motu proprio, c’est d’abord une tentative de rassemblement des chrétiens catholiques. Il semble pourtant, à l’aune de ce que j’en ai vu, qu’un tel écart sépare ceux d’avant et d’après le concile que l’ont risque de voir rapidement, en maints endroits, se former des clivages qui ne feront de tort, au fond, qu’à l’Eglise elle-même. D’aucuns, qui l’avait retrouvée, finiront par lui tourner le dos.