Esprits troublés, corps malades et âmes errantes : le juteux marché des sectes et autres « coaches »

On peut se réjouir qu’un nouveau procès mette en cause, à Paris, les méfaits de la scientologie, espérant qu’il sanctionnera certains des abus manifestes que cause, depuis cinquante ans, la théorie oiseuse d’un auteur de science fiction mais, bien plus encore, la gigantesque et si prospère organisation qui la représente.

Ron Hubbard fit ses débuts dans les pulps,  magazines bon marché alors dédiés au genre (la SF), puis imposa une théorie, la dianétique, bientôt qualifiée par un de ses pairs de « révision lunatique de la théorie freudienne »,  ressemblant à une « superbe escroquerie rémunératrice ».

Pour autant, les victimes sont  souvent consentantes.

Dans « La pitié dangereuse », Stephan Zweig évoque  le passé du père de l’héroïne. Alors petit affairiste sans scrupules, il fut confronté à une employée de maison devenue héritière d’une fortune qu’elle n’avait ni souhaité ni espéré. Il la trouve désemparée par cet héritage  contesté,  la manipule habilement, non sans componction,  pour racheter à très bon compte la totalité de ses biens.  Mais une fois parvenu à ses fins, prévoyant  jusqu’au versement d’une rente modeste à la jeune femme qu’il a grugée et  l’organisation de son départ, elle lui témoigne une reconnaissance si sincère d’avoir ainsi réglé ses affaires qu’il en est d’abord stupéfait puis ému, si ému qu’il refuse enfin qu’elle s’en aille, soudain séduit par la fragilité mais surtout  l’intégrité de sa personne.  Profondément épris, il l’épousera peu après et ils s’aimeront jusqu’à sa mort.

Ce n’est malheureusement pas ainsi, ou pas souvent, que se terminent les histoires de manipulations. Et les rentes servies ne le sont pas aux victimes, mais bien par les victimes elles-mêmes, à ceux qui les exploitent.

Il y aura toujours des affligés de toute sorte prêts à  croire à n’importe quoi. La plupart des sectateurs n’en ont pas vraiment fait le choix. Ils veulent d’abord  trouver la force,   le courage ou seulement une raison de vivre leur vie, bien ou mieux, sans plus attendre,  à l’instar, croient-ils,  de ceux qui les y « invitent ». Tout,  dans notre société les contraint à cette impatience. Ils ne trouvent la plupart du temps que des illusions de croyances, de recettes ou de procédés qui ne visent à terme qu’à les déposséder non seulement de leurs biens mais pire encore d’eux-mêmes.

La plupart des sectes ne sont souvent que des réseaux sociaux, commerciaux, financiers (voire militaires) et même « religieux ». Certaines revendiquent, comme la scientologie, le nom d’église, relevant ainsi de cette imposture que permet, dans un grand nombre de Constitutions, leur assimilation à des associations ou organismes cultuels, et partant  assortis de certains « avantages », dont la protection de l’Etat. On comprend mieux, dès lors, leur insistance dans cette voie.

Quelle que soit l’issue du procès, un parmi d’autres, le glas ne sonnera pas encore sur cette puissante organisation. Son bruit médiatique n’aura lui-même que peu d’effet sur de potentiels adeptes. Moins sans doute, et c’est plutôt réjouissant, que l’incroyable et tardive  « success story » de Susan Boyle, sublime contre-pied à l’offre sectaire.

Ces soi-disants « thérapeutes », maîtres des âmes

DSCN0888La Croix titre aujourd’hui sur ces manipulateurs qui prétendent vaincre « de l’intérieur » les pires maladies que la médecine elle-même, avec tous les moyens qu’elle peut mettre en oeuvre, ne  parvient pas toujours à guérir, mais qui a au moins l’avantage de tenter de le faire honnêtement.

Irène Nemirovsky a éclairé avec brio, en 1932,  ce processus d’aliénation dans « le Maître des âmes », publié seulement en 2005. Il s’agit là d’un  roman terrible de l’émigration, de la conquête et de l’emprise d’un être,  médecin devenu charlatan par revanche plus que par ambition, sur un public trop  attentif à soi-même pour faire preuve de discernement. Malgré le temps et tous les changements intervenus depuis lors, rien n’y est vraiment « démodé ».

Il en va des faux thérapeutes comme de certains sectaires, qui préconisent parfois des pratiques qui peuvent s’avérer mortifères ou à tout le moins délétères. (Les témoins de Jéhovah ne tolèrent aucune transfusion sanguine, par exemple). Qu’importe d’ailleurs ce que sont ces pratiques si elles remportent l’adhésion d’un public ou d’un auditoire.

Le libre-arbitre n’est pas chose si bien partagée et le bon sens n’est plus de saison. La Foi elle-même fait l’objet d’un vaste marché où les gourous se pressent en promettant des jours meilleurs, le succès ou la guérison à tous ceux qui sont, il faut le dire, prêts à croire  n’importe qui et à  n’importe quoi.