Réforme territoriale 2014 : pourquoi pas une nouvelle Province ?

J’ai toujours (ou presque) vécu en province et  n’ai jamais aimé le terme de « région ». Le découpage de nos Régions correspondait déjà assez peu à la culture de leurs territoires (le Bourbonnais est sans doute plus proche du Bourguignon que de l’ Auvergnat et l’Ardéchois   probablement assez éloigné du Savoyard  auquel il est rattaché. Question d’histoire, mais surtout de géographie.

Le Massif Central
Le Massif Central

Ce qu’on nous propose aujourd’hui représente pour certaines d’entre elles un quasi déni. Rattacher l’Auvergne à la déjà immense et puissante Rhône-Alpes, par exemple ; ou même encore, la rattacher au  Limousin, car on est encore sûr de rien. Peut-être dépecer le Poitou pour repeupler le Limousin et agrandir encore l’Aquitaine ? On n’en sait rien.

Il semble que M. Balladur (ou son comité) n’ait pas pensé un seul instant qu’il y avait, dans son projet, une opportunité, peut-être, de redistribuer des cartes jusque là assez mal données. Pourquoi pas, en rognant sur leurs alentours, créer enfin, comme une nouvelle province,  un large Massif Central qui est après tout le coeur de ce pays ?

Par les temps qui courent (et sont encore à venir), qui sait s’il ne sera pas plus agréable de vivre dans tous ces lieux aujourd’hui tranquilles et vastes où bien des gens pourraient trouver une douceur de vivre qu’ils ne trouveront jamais au sein des métropoles surpeuplées qu’on nous annonce de toute part comme l’avenir de nos sociétés ? Que savons-nous de cet avenir, d’ailleurs ?

Quoi qu’il en soit, il faudra « faire avec ».

Quant à la France, elle  est le plus souvent coupée en deux. Quel que soit le gouvernement en place, le projet, les résolutions, les dispositions qu’on leur propose, il y a toujours ches les Français, à parts quasiment égales,  ceux qui sont pour, et ceux qui sont contre. Sauf si demain, et pour de vrai, on rasait gratis. Là, tous les Français,  enfin,  seraient d’accord.

Emma Bovary revisitée par Philippe Doumenc

Si comme moi vous aviez laissé passé l’an dernier cette charmante Contre-enquête sur la mort d’Emma Bovary,* n’hésitez pas un seul instant à vous y jeter. Que voilà de la belle langue, pour des suggestions au demeurant bien hardies !

Imaginer la réalité d’une Emma à Yonville, en un printemps normand anormalement neigeux et victime d’un assassinat qui n’avait, au fond même pas lieu d’être, voilà bien une belle trouvaille. Philippe Doumenc nous renvoie dans le décor et la vie remodelés des personnages de Flaubert à la suite d’un jeune inspecteur plein d’entrain et d’émois à la recherche d’une vérité… qui se confirme dans l’oeuvre de Gustave.

Mais on sent chez l’auteur un tel plaisir à cisailler le détail d’une oeuvre qu’il connaît à l’évidence par coeur, réinventant ici ou là quelques traits, chargeant quelque peu, mais avec la grâce du langage, des caractères déjà passablement médiocres, cupides, lubriques ou obséquieux, que c’est aussi pour le lecteur un réel plaisir de suivre ce Rémi, émule de Rouletabille. Au gré de toutes ses hypothèses et interrogations, entre le roman vrai et un possible et dérisoire imaginaire, il nous fait passer un délicieux moment.

Une occasion, aussi, de revenir à l’oeuvre initiale, celle de toute une vie, où de découvrir, autre bijou ce Quelque chose à déclarer **de Julien Barnes, autre fin connaisseur de Gustave Flaubert et amoureux indéfectible de la France, et surtout de l’esprit français, dont Philippe Doumenc témoigne ici une fois encore.

*Actes sud, 2007

** Folio

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