Catholiques: vers l’unité, la dissidence ou l’abandon ?

J’avais décider d’arrêter, mais là….. L’incroyable remous que provoque la décision de Benoit XVI de lever quatre excommunications,  le jour même du cinquantenaire de Vatican II, appelle à trop de questions.

L’unité des chrétiens était et demeure l’objectif du fameux Concile. Sa modernité et ses bienfaits  semblent  bien mal perçus encore dans l’opinion,  gavée par des medias toujours enclins à forger des catholiques une image archaïque et affligeante  de ce qu’ils ce qu’ils pouvaient être il y a cinquante ans.  Celle de nos intégristes d’aujourd’hui, en somme. Bornés, rétrogrades et surtout politiques.

Reste que ce  groupe dissident est pourtant bien distinct  de la majorité des catholiques de France, moins audibles sans doute.  Ceux-là  ne sont plus appelés en leurs églises que par leur Foi, l’Espérance et la Joie du partage. Sans artifices superflus. Dans des églises qui, par manque de moyens et de vocations tombent parfois en déshérence.

Tel n’est pas le cas en effet des exclus d’aujourd’hui, invités à nous rejoindre demain, qui sont puissants et si fiers, semble-t-il, d’engendrer ce tapage.  L’enjeu est néanmoins de taille : il leur faudra accepter ce que depuis toujours ils refusent : suivre le Magistère, et par conséquent se soumettre aux évolutions du Concile. Que je sache, il n’a jamais été question, à Rome,  d’en abroger l’esprit. Ou du moins pas encore.

Hors l’Eglise, il étaient schismatiques. Dans l’Eglise,  ils risquent bel et bien de d’amener des ruptures. Leur arrogance et leurs certitudes,  manifestes depuis le Motu Proprio, leur permettent de penser,  voire de dire,  qu’après avoir gagné le retour en grâce du rite tridentin ( pourtant jamais  exclus du rituel  concilaire), ils parviendront à obtenir l’abrogation du Concile lui-même.

Notre Dame d'Orcival
Notre Dame d'Orcival

Leurs évêques n’ont jamais levé là-dessus leurs réserves. Je leur dédie cette image de Notre Dame d’Orcival, invoquée pour libérer de toute sortes de carcans.  Celui de leur intolérance  est  fameux.

L’ évêque émérite d’Amiens, Mgr Jacques Noyer, exprimait librement dans sa dernière homélie le sentiment aujourd’hui partagé par un grand nombre d’entre nous.

La jeunesse catholique de France témoigne fort heureusement d’une grande clarté à l’égard de sa religion : ouverture, tolérance, charité,  joie et partage en sont la règle. Ses grands  rassemblements en sont la preuve.  Reste à espérer qu’elle parvienne à éclairer tous ceux dont la vocation  se focalise et s’étrécit  encore sur la voie passéiste des courants dissidents.

Je n’ai pour ma part aucune envie de retrouver dans mon Eglise, que j’ai  récemment retrouvée,  tout ce qui m’en avait éloignée il y a tout juste… cinquante ans. C’est, à mon âge, une arête en travers de la gorge qui dégoûte souvent du poisson.

Motu proprio : oecumenisme et retour de goupillon

Il y a plus de quarante ans que Vatican II a débarrassé notre Eglise de tous ces oripeaux qui m’en avaient, comme tant d’autres, écartée. Comme tant d’autres encore, j’y suis retournée pour y partager, dans mon village, ces moments intenses de fraternité et de grâce qui font la joie des chrétiens. Dans le dénuement et la modestie de célébrations proches, sans doute, des origines. Dans la beauté des chants qui rassemblent, des lectures qui impliquent et la sincérité de toute une assistance attentive, guidée par sa seule Foi.

Mon village était semblait-il bien loin de tous ces nostalgiques pré-conciliaires qui n’y étaient pas (encore) représentés. C’est maintenant chose faite.

J’avais bien assisté, il y a quelques années, au spectacle d’une Messe à trois chevaux, qui dura plus de deux heures et me sembla fort ennuyeuse. C’était avant mon retour de foi, et restait pour moi non signifiant, sinon dérisoire. Aujourd’hui, c’est différent.

La tradition est de retour : la main tendue par notre Pape Benoît XVI aux nostalgiques des messes anciennes, définie dans son Motu Proprio, les rend aujourd’hui plus apparents et semble-t-il plus audacieux.

C’est ainsi que j’ai assisté ce dimanche à quelque chose de fellinien, à l’église de mon village : après la messe ordinaire, célébrée comme chaque semaine par le prêtre local, une délégation de soutanes a investi les lieux pour y transporter tout un « matériel de campagne ». La messe (préparée de longue date) qu’ils devaient célébrer l’après-midi nécessitant pour eux une panoplie d’accessoires. Notre église paroissiale n’est pourtant dépourvue ni de candélabres ni même encore de linge ou de goupillons. Nos accessoires n’ont sans doute pas été jugés assez beaux.

A seize heures, les cloches retentirent. A toute volée. Deux bonne heures plus tard, elles annonçaient la fin d’une messe dont la sortie fut remarquée : la grand’messe de mon enfance avec sa foule chapeautée de femmes élégantes, de familles endimanchées, d’enfants de choeur en dentelles, de soutanes colorées (bleu ciel) ou noires, en grand nombre. Pose photos sur le parvis. Une messe venue d’ailleurs.

De l’autre côté de la place, les badauds dont moi-même regardaient ce spectacle, dont on pouvait se dire en passant : tiens, on tourne un film !

Motu proprio, c’est d’abord une tentative de rassemblement des chrétiens catholiques. Il semble pourtant, à l’aune de ce que j’en ai vu, qu’un tel écart sépare ceux d’avant et d’après le concile que l’ont risque de voir rapidement, en maints endroits, se former des clivages qui ne feront de tort, au fond, qu’à l’Eglise elle-même. D’aucuns, qui l’avait retrouvée, finiront par lui tourner le dos.