L'avenir radieux de la barbarie

Femmes en niqab à Toronto (Canada)
Femmes en niqab à Toronto (Canada)

Il aura fallu une succession d’actes de terreur dans une salle de rédaction, avec fusillade de rue suivie d’une prise d’otages mortelle pour que la France, spontanément, se lève enfin en masse pour clamer haut et fort une des ses valeurs essentielles : la liberté de vivre à sa guise mais surtout de s’exprimer. Car c’est d’abord pour cela qu’elle s’est levée, comme en témoigne le slogan qui s’est immédiatement imposé, ce « #JeSuisCharlie » symbole d’une expression totalement libre quoique parfois contestable.

L’affaire Merah, pourtant, était tout aussi grave et je n’ai pas souvenir qu’elle ait suscité de telles réactions. Il est vrai qu’elle tombait mal, en fin de mandat présidentiel, sans laisser le loisir à l’équipe aux affaires de mettre en place des « mesures » de protection à la hauteur de l’enjeu que l’opposition se gardait bien , alors, de reconnaître. Et qui pour certains est aujourd’hui devenu flagrant.

En témoignent les réactions violentes que suscitaient encore, jusqu’à ce drame, les constats amers tirés par certains auteurs de notre situation occidentale, relégués pour certains au rang de « haineux ».

Mais que font-ils d’autre, ces auteurs, sinon constater l’état de délabrement moral dans lequel nous sommes progressivement tombés, en vertu de la permissivité, sinon de l’hédonisme requis par nos sociétés « d’abondance » au cadre strictement forgé par les plans com’ de cette discipline de choc qu’est le Marketing. Il s’applique depuis maintenant plus de trente ans à tous les aspects de nos vies, de la conception à la mort. Cette hypocrisie monumentale du « #ToutLeMondeIl EstBeauToutLeMondeIlEstGentil » nous impose une terminologie « citoyenne »  et « laïque »du « vivre ensemble » qui, répétée à l’envi dans des lieux où elle n’a plus aucun sens ne provoque plus que rejet, délinquance et radicalisation.

Le critiqué Michel Houellebeck ne manque pas d’humour en décrivant un futur qui nous semble à la fois si proche et si probable, compte tenu de ce que nous voyons. Ce futur n’est rien d’autre, en définitive, que ce que souhaitent nous imposer les barbares qui nous assaillent. Et qu’il revendiquent clairement : nous soumettre, nous et notre culture à un ordre nouveau. Le leur. A moins que…..

 

 

 

 

 

 

 

Européens : le bonheur dans la bulle

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Peter de Hooch, Joueurs de cartes

87 % des Européens avouent qu’ils sont heureux. C’est ce que  signale un de ces sondages dont notre opinion est friande. Les Belges, pourtant divisés,  le reconnaissent même à 94 %. Cela ressemble à une bonne nouvelle, en ces temps toujours incertains qu’agite quotidiennement l’annonce des maux du monde. Même si la notion de « bonheur », à l’échelle de ce baromètre, semble confirmer qu’il n’a rien d’éthéré et qu’il se confine plutôt dans la satisfaction de besoins souvent très matériels et de désirs plutôt concrets.

Sans doute n’est-il pas  neutre, ce sondage lancé par une marque de boisson , mais il souligne,  assez curieusement, que les jeunes (15-19 ans) sont plus heureux (96 %) que les vieux. Curieusement, parce qu’à cet âge où l’on se cherche sans nécessairement se trouver, la vie est souvent pesante, l’avenir flou,  les amours incertaines et les boutons désespérants. Du moins était-ce ainsi de mon temps où l’on ne vivait pas encore coincé dans sa « bulle », lié en permanence, avec ou sans fil,   à nos parents, amis et autres « réseaux sociaux ».

L’argent et ce qu’on peut en faire garde pour beaucoup un aspect fascinant, et le gain au Loto un rêve récurrent, même si l’amour et la famille  représentent pour la plupart  la condition première d’un bonheur qu’ils possèdent ou espèrent trouver. Si un grand nombre ne reste pas indifférent aux misères du monde,  ce que prouve une générosité  rarement prise en défaut, c’est le plus souvent sur leur propre cocon et leur épanouissement personnel, que se fixe leur attention.

Le bonheur se définit de tant de manières qu’il semble improbable à mesurer. Celles et ceux qui ont échappé à un quelconque massacre, une catastrophe, un accident, une maladie et que l’on qualifie le plus souvent de rescapés – pour ne pas dire miraculés- ceux-là vivent d’abord plus intensément que les autres, en mode aigü, le « bonheur » d’être tout simplement en vie. Cela n’est pas forcément durable, comme en témoigne le syndrome du survivant dont ils sortent souvent affectés.

Nos pays d’Europe sont libres,  accueillants, paisibles et agréables à vivre pour la plus grande partie de leurs ressortissants. La majorité d’entre eux, tous âges confondus, y coulent des jours  heureux bien abrités dans leurs cocons. A cet égard les Bulgares, Européens depuis trois ans, se montrent un peu plus exigeants : ils considèrent significativement  que le bonheur passe par la découverte (les voyages) et le don de soi (bénévolat). Voilà qui est plutôt réjouissant. Mais qu’en sera-t-il dans dix ans, et même avant ?

Pour autant nous leurrons pas : ce sondage  n’a d’autre  finalité que d’étudier plus en amont les parts d’un gigantesque marché où le partage est surtout fondé sur celui des boissons que l’on consomme, où, comment et avec qui.  Et pour la célèbre marque, d’en imposer.

Virus media : Avatars d’un scenario grippé

J’ignore ce qu’à coûté à la production du film  de James  Cameron « ‘Avatar » son plan de communication et peu m’en chaut. Mais il y a toutes les raisons de penser que l’ évident succès du film effacera rapidement les traces de son budget, puisqu’il pulvérise tous les records de recettes. Sans doute est-ce justifié par la nouveauté du « produit » et, en premier lieu, son « efficacité ». C’est là tout le problème de la « com ». Il faut qu’il y ait quelque chose derrière. Quelque chose de crédible.

Etait-ce le cas de la pandémie annoncée ? On peut  se demander s’il ne s’agissait pas tout simplement de transposer dans la réalité une « prédiction » plus ou moins formulée par les web bots du Projet de Conscience globale de Princeton, ou plus sûrement de mettre en oeuvre dans l’urgence l’injonction définie par l‘OMS, dès 2002, d’un plan d’opération tout aussi global pour une pandémie mortelle.

On ne saurait reprocher à nos états libres de prendre en compte la préservation et l’entretien de notre santé : elle est le pôle essentiel de nos vies,  majeur pour celle de nos sociétés.

S’il s’agissait de prévoir le pire d’une épidémie pour pouvoir la « gérer » et c’est bien ce qui,  me semble-t-il a été fait, les dépenses engagées seraient justifiées. Le pire n’étant plus certain, il est aisé à la vulgate d’en souligner aujourd’hui ce qu’il a eu de dispendieux.

Ceux qui nous dirigent sont en permanence confrontés à une opinion critique qui se forge le plus souvent contre eux, selon une loi médiatique commune et implacable avec laquelle ils doivent compter, et qui remet sans cesse en cause la plupart de leurs actes passés,  présents et à venir.

Qu’aurait-on dit, si rien ou trop peu n’avait été fait ?

L’hiver ne fait que commencer et par milliers les gens se confinent dans les salles de cinéma où traînent, comme chacun sait, les germes de divers maux et de leur contagion.

Le dernier avatar de l’Avatar ne serait-il pas de nous faire attraper la grippe ?

Indécence publicitaire et corruption des esprits : ING et les parrains

En ces temps de crise que la plupart des banques ont générée, mais dont elle ne cessent pourtant de tirer largement profit, la vergogne n’est pas de saison. Sans doute la plupart d’entre elles ont-elles perdu un grand nombre de leurs clients, ce qui justifie sans doute l’assaut publicitaire dont nous sommes victimes, et assurément à nos frais. Mais enfin, c’est la loi du marché. Nul n’est forcé d’y souscrire.

S’il paraît donc « normal » que la plupart des grandes enseignes bancaires matraquent les écrans de spots publicitaires, elles épargnent au moins leurs propres clients, qui les fuieraient, peut-être, s’ils étaient submergés de ces courriers « adressés » que n’arrête  plus la désormais légale mention « pas de publicité » qui soulageait  nos boîtes à lettres la plupart de ces encombrants.

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Ce n’est pas le cas d’ING, dont on a pu craindre l’an passé qu’elle ne coule, à l’instar d’un Lehman Brothers et autres créateurs de fonds suspects,  dans une crise qui, rappelons-le, était dès 2007 largement prévue.

Voilà une banque qui, malgré (ou à cause) de ce qu’elle a subi, met en jeu un budget assez considérable pour inonder ses propres clients, traités comme de vulgaires prospects, d’invitations infâmes à « parrainer » de nouveau clients.

Certes, cela n’est pas nouveau, la pratique est courante et il y a longtemps que cette banque procède de la sorte. Mais était-il pour autant indispensable d’en appeler à l’image corruptrice de « parrains » mafieux ?

Ne serait-ce pas plutôt l’annonce des risques que cette banque  envisage de faire courir à ses clients…. et une invite à en changer ?

Certains banquiers n’ont décidément rien compris. Le client est roi… de son choix.

A relire d’urgence pour éclairer la crise d’aujourd’hui : »Un testament à l’anglaise » de Jonathan Coe

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Jonathan Coe est décidément un grand écrivain, (pourvu de l’excellent traducteur Jean Pavans) mais ce n’est pas son très émouvant dernier roman que j’évoquerai ici. Comme tout écrivain (véritable), J. Coe est un visionnaire. Et tout était dit, déjà, dans ce qu’il écrivait à trente ans, il y en  quinze déjà, sur ce qui ne pouvait qu’engendrer la « vraie crise » que nous vivons aujourd’hui : la parfaite déliquescence d’une société exclusivement guidée par le souci de sa propre satisfaction, et une économie dominée par une offre qui désormais précède la demande.

Ce livre est simplement jubilatoire. La traversée du demi-siècle d’histoire anglaise où nous emmènent les tribulations de Michael Owen, écrivain solitaire et désinspiré,  est un parcours terriblement excitant, tragique et drôle qui replace dans leur contexte tous les ingrédients sociétaux de l’Occident d’aujourd’hui. Certes, nous sommes ici en Angleterre, mais au fond, nous sommes partout.

L’Establishment , dont il est ici largement question,  aura eu beau jeu de faire prospérer, à l’instar de ce qui s’est passé  ailleurs, une consommation de masse érigée en système. L’austérité n’enchante pas les peuples qui demandent toujours plus de pain et de jeux. Le portrait caustique de quelques puissants nous invite dans les coulisses  du Pouvoir où le mépris obcène du peuple n’a d’égal que l’inépuisable source de profit qu’il représente pour eux. Cette comédie humaine qui couvre trois générations ne peut manquer d’interpeller ceux qui, en somme,  ont connu la  relative douceur de vivre dans un monde encore limité à la satisfaction de ses besoins, mais dont ils ont pourtant contribué le plus, pendant quarante ans,  à  étendre les contours  jusqu’à les  défigurer.

Que le lecteur pour autant se rassure, tous les comptes seront finalement réglés sous le crayon de l’auteur qui, véritablement, rayonne en nous offrant en prime quelques  pages d’anthologie sur les arcanes du pouvoir, le marketing info-medias, la création littéraire et artistique et la dérive alimentaire,  jusqu’à l’apothéose d’un final inénarrablement  anglais.

Quand au thatchérisme qui est la toile de fond de cet incroyable roman, il n’aura été sans doute que la conséquence logique du déclin de l’Empire britannique et de la situation de  l’Angleterre des années 70,  désindustrialisée et de surcroît  figée dans l’inertie  d’une administration aussi gloutonne que tentaculaire et improductive. Nul ne peut nier les dégâts causés par la radicalité du changements, mais nul ne constestait pourtant, avant la crise actuelle,  qu’ils aient été finalement salutaires au redressement et à la vitalité de ce très grand pays. Comment justifier  autrement le tropisme majeur qu’exerce encore la verte Angleterre sur tant de candidats à l’exil ?

Pauvre à crédit, suite : le nouveau piège des banques

J’ai eu la bonne inspiration d’aller  hier chez le coiffeur : dans ce dernier salon où l’on cause, j’ai appris que rien (et surtout pas la crise) ne pouvait freiner la rapacité des banquiers.

dangereux (wikicommons)Une de nos grandes banques (que je ne nommerai pas, mais les autres la suivent) a sorti l’été dernier, en plein focus sur les dérives du crédit renouvelable, un nouveau gadget : la carte de paiement alterné. Il faudra être vigilant en sortant sa Visa et préciser la bonne case de paiement : comptant ou à crédit. Car ce crédit (renouvelable) sera tout aussi (ou presque) ruineux que celui qui a mis l’Américain moyen par terre et avec lui tout un système.

Le scandale, car c’est véritablement un scandale, est qu’il est quasiment impossible aujourd’hui d’obtenir un prêt, beaucoup moins rentable pour ceux qui sont censés les octroyer que l’offre permanent de renouvellement.

Mon audience étant extrêmement limitée et les commentaires à mes billets presque inexistants, je gage que cette alerte, que je voudrais écrire en rouge, aura bien peu d’effets. Las ! une protestation massive serait pourtant opportune, quand de part et d’autre de l’Atlantique on cherche à coup de milliards, à renflouer une économie croulant sous la perversité.

Je n’aurai qu’un mot, un conseil : surveillez vos arrières,  vos arrierés et surtout faites vos comptes !

Réforme des crédits renouvelables : fin d’une grande illusion ?

L’illusion bien entretenue que le plus modeste peut dépenser sans compter, qu’il peut, s’il est prudent, reconstituer sa « réserve », d’autant plus étroite d’ailleurs que la capacité de remboursement est ténue. Une chaîne d’esclave que posent un jour ou l’autre les organismes de crédit aux chevilles de consommateurs captivés, ou réceptifs, ou impatients. Mais une chaîne, oui, qui finit pour certains par obérer leur existence.

usurierLe crédit se renouvelle, en continu, à un taux qui avoisine parfois  les 20% d’intérêts, ce qui n’est pas rien. L’organisme financier, tel l’usurier des temps passés, engrange les bénéfices pendant que des familles s’endettent, se sur-endettent puis se détruisent. Le marché n’a pas de morale, que celle de l’Economie. Produire, vendre, acheter. En chinois, d’ailleurs, on utilise le même verbe : acheter et vendre, c’est au fond la même chose, inversée dans un même circuit.

Le problème n’est pas au fond celui du crédit lui-même : il a permis que se réalise le Rêve américain, donc le nôtre. Celui des années cinquante,  jusques à hier encore. En payant chaque mois (mais longtemps et forcément plus cher) de petites sommes, la plupart des gens ont pu acquérir rapidement tous ces éléments de confort que nous concevons aujourd’hui comme fondamentaux :  de la petite robe noire à la machine à pain en passant par les téléviseurs ultra-plats et autres graveurs MP3.

C’est toujours l’ignorance, qui fait problème, le manque de discernement, de retenue, de bon sens aussi, cultivés avec le plus grand soin par les vendeurs d’illusion  du marketing et de la communication, celle qui laisse ou fait croire aux plus modestes qu’ils peuvent eux aussi tout consommer sans délai, sans contrainte et surtout sans effort.

Le bon sens, oui, si cher à notre vieux Descartes qui le croyait, chez nous,  si bien partagé, a depuis trop longtemps déserté nos rivages tout autant pollués par un consumérisme effreiné que par les déchets qu’il génère.

Le calcul pourrait pourtant être assez simple, fût-il lui aussi illusoire : essayer de vivre avec ses moyens et, en l’occurrence, sa capacité de remboursement devrait maintenir un équilibre souvent précaire d’ailleurs. Certains y parviennent. Ils sont ou seront, en temps de crise, de plus en plus rare. D’autant que nos Etats eux-mêmes croulent sous leur propre endettement……

La fin rêvée du cauchemar publicitaire ?

J’avais signé il y a quelques mois une pétition contre la publicité à Radio-France. Il était je crois question d’insérer des « spots » sur France-Culture et, pour certains, dont je suis, de s’y opposer.  Il semble que le débat se soit largement inversé, eu égard à l’enjeu financier, la rente, devrais-je dire, que la pub représente, tant pour ceux qui la vendent que pour ceux qui la font.

La publicité a pour premier rôle (par définition), celui de : rendre public, c’est-à-dire faire connaître à tout un chacun ce qu’il devrait savoir. C’est dire combien elle est utile. Et combien nécessaire. Pour autant….

Ceux qui ont adoré comme moi le film de Joseph Mankiewicz  A letter to three Wives (Chaînes conjugales), auront présent à l’esprit cette scène remarquable où Kirk Douglas, dans l’impressionnante tirade du professeur de lettres qu’il incarne, traduit avec une conviction sans faille la pensée de l’auteur et sa vision, si pertinente, du rôle à venir de la publicité, alors naissante sur les ondes, de sa dérive probable et de ses conséquences. Il ne s’agissait pourtant alors que d’une dérisoire débilité, une imagerie (radiophonique) du Rêve américain fondé en premier lieu sur l’accessible jouissance d’une généreuse prospérité.

Las, les années cinquante sont désormais bien loin, et la publicité d’alors n’a depuis longtemps plus grand chose à voir avec ce qu’elle fut. Otage d’un marketing aussi agressif que notre société elle-même (on peut d’ailleurs se demander, à l’instar de Christophe Colomb, qui, de l’oeuf ou de la poule, a commencé en ce domaine) elle en a envahi toutes les sphères et tous les horizons. Jusqu’à l’insupportable.

NO PUB
NO PUB

Passe encore pour les quelques (rares) spots parfois cocasses à première vue,  lassants dès la seconde  puis définitivement odieux à la troisième. Passe encore pour les quelques images parfois acceptables, quand elles sont encore réelles.  Passe encore pour les  minutes,  puis quarts d’heure d’attente que les écrans publicitaires rognent sur un horaire rarement respecté.

Mais non, et définitivement non à la hideur de toutes ces  images de synthèses, économiquement très rentables pour les concepteurs, où l’horreur le dispute à la vulgarité, à l’ignorance et à la violence. Non au gavage des pauvres et des enfants, tous clients du pire, par défaut.

Allons, Messieurs les parlementaires, encore un effort. Libérez-nous de ce mal inutile qui ronge les plus démunis d’entre nous, ceux qui n’ont pas, pas encore, définitivement TOURNé LE BOUTON.

Plainte pour harcèlement……. commercial ?

Il n’est déjà pas facile de lutter contre le matraquage commercial, les promotions, remises, primes de fidélité et autres bonus « offerts » en permanence à nos boîtes aux lettres, ondes radios télé et maintenant à nos écrans d’ordinateur, alors que dire du harcèlement ciblé des organismes de crédit !

Impossible (j’ai essayé) de ne plus recevoir pratiquement chaque semaine, une offre de crédit, (que l’on ne prête qu’à moi, bien sûr !), 1000 euros par-ci, 2000 euros par-là, pour succomber sans autre effort à toutes mes envies !

Le problème, c’est que je n’achète a priori que ce dont j’ai besoin. Alain Rémond * (que je ne résiste pas à citer tant je lui dois de plaisir chaque matin à la lecture de son petit billet de dernière page ) doit faire de même, lui a qui une vision si particulière de ces Choses dont Georges Perec dénonça si bien l’abus et la perversité d’usage dans son premier et percutant roman (en 1965).

Il y a ceci de commun au moins entre les gens d’esprit et les gens de foi : ils ne sont pas obnubilés par la Matière.

Je n’en dirais évidemment pas autant de cette curieuse catégorie des Bourgeois Bohêmes dans laquelle je ne reconnais qu’un mix carrément post-soixante-huitard, plus préoccupé de confort moral et en général de confort tout court que de transcendance.

Pour en revenir à l’essentiel, c’est-à-dire au besoin véritable, cela ne fait d’abord pas grand chose ; mais une fois règlé l’indispensable puis le nécessaire, devenus avec la modernité des temps de plus en plus « conséquents », puis en ajoutant un zeste de superflu, ces désirs qui nous taraudent, cela représente tout de même une belle obole à l’Economie, qui ne fonctionne, nous explique-t-on, que par la consommation.

Mais enfin, je ne peux m’empêcher de penser, chaque fois que je déchire un de ces courriers insistants, à tous ceux qui les reçoivent en même temps que moi, qui n’ont ni le même âge, ni les mêmes besoins ni, surtout, les mêmes envies. Ces envies que le marketing s’acharne, pour un coût considérable, à nous créer. Et auxquelles tant de gens ne parviennent pas à résister.

Aujourd’hui, on peut porter plainte contre le harcèlement sexuel, parce que le législateur le considère comme une atteinte à l’intégrité de la personne.

Quand on mesure l’ampleur des dégâts causés par l’abus de crédit aux Etats-Unis dans l’affaire des subprimes et, sans aller si loin, chez nous où tant de ménages sont surendettés,** on se demande s’il ne serait pas opportun de considérer, là aussi, que ces offres alléchantes et perfides ne constituent pas elles aussi une atteinte à l’intégrité de ceux qui les reçoivent.

Et si, à la fin, on portait plainte ?

* lien vers La Croix (cliquez !)

** lien vers UNAF

Pauvreté ordinaire : état d’urgence et état de marché

Le monde est ainsi fait que de toute éternité (terrestre), l’humanité a toujours été confrontée aux différences qui la forgent et aux constantes inhérentes à toute vie humaine.

La pauvreté ordinaire, (que je différencie ici de celle que provoquent immanquablement les grands cataclysmes naturels ou politiques), est non seulement une de ces différences, mais plus malheureusement encore une de ces constantes. Tout comme le genre, l’âge, l’état de santé ou la capacité des êtres humains.

La pauvreté est néanmoins un état d’urgence qu’il est impérieux à chacun d’essayer de résoudre, au nom d’une foi, d’un idéal ou de la morale la plus élémentaire, et nombreux sont les individus, organismes et associations qui ici ou là s’y impliquent. Mais elle est aussi un sujet qui interpelle pratiquement en permanence, soit parce qu’on y est confronté soi-même, soit par l’information qu’elle suscite et qu’on en reçoit. Et c’est un sujet qui paradoxalement fait vivre bien du monde. Car avec, sans aucun doute, les meilleures intentions du monde, elle est devenue un véritable marché.

Les raisons de la pauvreté sont multiples et aujourd’hui fort bien identifiées. On sait qu’elles n’ont pas les mêmes origines selon les latitudes, les états et les cultures. Elles n’ont même, parfois (mais de plus en plus rarement), pas le même résultat. Il est difficile en effet de voir le monde à travers d’autres yeux que les nôtres et de le percevoir par une autre conscience. Enfin, on ne le voit incontestablement pas de la même manière à 20, 40 ou 60 ans.

La population mondiale aurait déjà atteint cette année plus de 6,7 milliards d’habitants et, selon l’ONU, la moitié est déjà urbaine. C’est donc bien dans les villes que la misère est le plus criante, la plus voyante aussi. Même si elle est loin d’être négligeable dans nos campagnes, mais j’y reviendrai.Rome, février 2008

Il est bien difficile en effet de marcher dans les rues de nos villes sans avoir à faire face à ces malheureux souvent sans autre apparence que celle du tas qu’ils forment sur un coin de trottoir, enroulés dans de veilles couvertures et encombrés de sacs pleins de ce qui constitue la totalité de leurs biens.

Certains ont définitivement coupé tous les ponts qui pouvaient encore les relier au monde imparfait qui est le nôtre et refusent catégoriquement l’aide, quelle qu’elle soit, qu’on veut leur apporter. La relecture effectuée par le sociologue Laurent Mucchielli sur l’ouvrage déjà ancien (mais toujours actuel) d’Alexandre Vexliard est de ce point de vue extrêmement pertinente. Mais les clochards ne sont pas néanmoins les plus nombreux parmi ceux que touchent la plus extrême pauvreté.

Car on n’est plus pauvre, chez nous aujourd’hui, comme on le fut jadis, c’est-à-dire il y a moins de vingt ans. Pas de téléphones portables, alors et autres liens satellitaires, outils multi-media de communication,* « magiques » certes, mais dont l’usage est devenu si prégnant qu’il grève outrageusement les petits budgets. Le marketing fait son oeuvre et ses ravages chez les plus démunis de formation et de culture.

Ceci étant, le bon sens qui nous était avant si bien partagé a semble-t-il déserté nos rues et surtout nos écoles où se forme très tôt le goût des « nouveautés » qu’il convient à tout prix de posséder. Des enfants déclarés rois et encensés par le Marché sont devenus les décideurs du mode de vie de parents qui n’en peuvent mais.

Il est facile de devenir pauvre si l’on s’entend à vouloir, toujours, dépenser plus sans penser d’abord à dépenser mieux. Et tout aujourd’hui y invite : sollicitations permanentes à engager de nouveaux frais, offres de crédits, de « promotions », d’économies à réaliser, etc…

Il est vrai que certains très petits budgets n’offrent guère d’autre alternative que de subvenir bien chichement aux premiers besoins. Loger, nourrir, entretenir une famille revient dans bien des cas à résoudre la quadrature du cercle, et certaines personnes ou familles sont de ce point de vue admirables.

On constate bien souvent qu’elles sont animées ou guidées par une éducation, une foi, croyance ou espérance, un souci de l’autre, une charité qui les élèvent hors de la contingence à laquelle le quotidien sans arrêt les confrontent. Toutes les enquêtes montrent que les plus modestes sont toujours les plus généreux.

D’autres, plus ou moins exclus d’un système qui leur échappe, subissent comme un véritable esclavage la pression des sirènes mercantiles qui les invitent en permanence à consommer.

Mais il arrive aussi qu’en accueillant des demandeurs d’aide alimentaire à la fois jeunes et illettrés qui cumulent plus de 1000 euros d’aides diverses, présentent une facture de téléphone portable de 500 euros ou davantage et s’avèrent incapables de gérer le moindre budget, on se demande si c’est bien cela, la pauvreté.

* comme on peut le voir sur cette étude de l’Insee, c’est dans ce domaine que les plus populations les plus modestes ont le niveau de consommation le plus élevé.