Un grand pape qui sera regretté : Benoît XVI, pourtant si incompris et si mal aimé

Benoit XVI: « Puisse la France respecter ses traditions morales et spirituelles »
Benoit XVI: « Puisse la France respecter ses traditions morales et spirituelles »

Comme beaucoup de croyants, mais de laïcs aussi, j’ai été assommée, hier par cette nouvelle, celle de son prochain départ. Eût-on voulu faire un coup d’éclat médiatique et focaliser l’attention du monde sur la religion catholique qu’on ne s’y serait pas pris autrement. Mais c’est bien loin d’être le cas. Je l’imagine bien, ce saint homme, dans le secret de sa prière, déchiré par cette presque incroyable décision, jamais prise depuis quatre cents ans : renoncer, quelle qu’en soit la cause,  à la mission papale.

C’est qu’il n’a pas été beaucoup aimé, le Pape Benoit. Rappelons-nous son fameux discours de Ratisbonne, comme il fut mal compris ! L’intelligence redoutable de cet homme qui n’a probablement d’égales que son humanité et sa bonté qui doivent être immenses, on le voit dans ses yeux, cette intelligence visionnaire qui n’a tendu,  durant toute sa mission, qu’à maintenir ou retisser plutôt l’Unité des Chrétiens, tout cela a été mal compris. Et d’abord de moi-même, qui m’étais alors quasiment insurgée contre ce fameux « Motu-proprio » dans lequel je n’ai d’abord perçu qu’une altération de Vatican II et un retour à des pratiques d’un autre âges auxquelles adhérait cette frange « intégriste » qui donne des catholiques la pire des images, la préférée d’ailleurs de la plupart des grands medias.

Ce n’était rien de tout cela. C’était voir loin, très loin. Beaucoup trop loin pour tous ceux qui ne voient et ne vivent que dans le présent, l’immédiat. Car c’est bien grâce à Benoit le seizième que les catholiques de France, surtout, osent aujourd’hui relever la tête,  confiants et sûrs de leur Foi, et prêts à la revendiquer. C’est grâce à lui qu’aujourd’hui, contre toute attente, nous pouvons haut et fort affirmer notre existence de catholiques, artisans  de paix, de joie  et de conciliation et non point pratiquants tristes, rétrogrades et bornés. Merci à vous, Votre Sainteté,  pour tout ce que vous avez fait pour les chrétiens mais aussi pour tous les croyants sincères qui ont su voir en vous un guide éclairé et exigeant.

Mourir est inéluctable. Etre « euthanasié » de plein droit ne doit pas l’être.

Une chance que l’euthanasie (la bonne mort) ne soit pas, dans l’immédiat du moins, en passe de devenir légale en France.  Il n’y aurait rien de plus terrible, à terme, pour notre humanité.

Mourir dans la dignité, comme le souhaite l’Association du même nom, est la préoccupation de chacun. Ce mouvement fut à l’origine, et de ce point de vue, une tentative pour résoudre la pesante question de notre longévité, des accidents de la vie, et surtout de tous les maux qui l’accompagnent ; mais cela devient aussi, fort malheureusement, un encouragement au déni du sens inexorable de la vie, qui est d’abord de VIVRE, ce à quoi s’emploient, souvent fort difficilement, la plupart des êtres humains qui luttent (*) pour elle.

Abréger la souffrance, nous dit-on. Mais il semble pourtant que la science, la médecine et notre législation elle-même en donnent le moyen.

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source : wikicommons

Les cas récents et surmédiatisés de malades incurables réclamant un suicide assisté, les procès liés, depuis des décennies déjà, à ces affaires toujours tragiques qui, les uns et les autres, en appelent à nos émotions rendent aujourd’hui le débat malsain. Cette dictature de l’émotion , pour emprunter à Patrick Verspieren, s.j. et à son excellent article (Etudes, sept 2008, pp.149-152) ne mène plus qu’à une regression complète de tout principe d’humanité, (Jean-Claude Guillebaud), qui repose sur les principes les plus élémentaires de la Morale.

S’il est impensable pour un catholique (mais pour d’autres croyants aussi) d’imaginer donner la mort, fût-elle douce, les libres-penseurs peuvent néanmoins concevoir les dérives qu’une telle législation pourrait induire : la suppression progressive (en douceur) de vies perçues comme pesantes, voire inutiles, dans le champ desquelles s’agglutineraient les trop vieux, les trop malades, les trop déviants, les trop… différents. Cela rappelle des souvenirs plus que fâcheux.….

Dino Buzzati donnait déjà un  aperçu éminemment caustique du sort des premiers dans sa « Chasse aux vieux » (Le K et autres nouvelles, Laffont, 1967) ; caustique, donc, et d’autant plus réjouissant que la morale y reprend ses droits : le jour où le chasseur, devenu vieux, est chassé à son tour. Et cela, c’est inéluctable !

* le terme de recherche « lutte pour la vie » génére des millions d’occurrences francophones sur Google !