Le ciel sous la tête avec Marc Dugain

Sept histoires d’hommes (et de femmes) d’aujourd’hui, qui nous livrent, non sans humour, le triste constat que Marc Dugain fait de notre monde et, en sept couleurs,  de  façons d’y vivre : en retrait, en phase, en décalage, en opposition, en ville, en province, (en France et ailleurs) et presque toujours, au bout du compte, seul.

Nuages sur la Dordogne
Nuages sur la Dordogne

Se mettre « dans la peau de » est le privilège de tout créateur, même si c’est la sienne.  Le bilan que nous en  livre ici cet auteur inspiré n’en est que plus réjouissant : au moins n’est-il dupe de rien, ni surtout de lui-même.

Le voilà bien, ce monde où nous vivons, qui a balancé au vent de la modernité ce qui longtemps lui donnait sens : réserve, pudeur, lenteur, patience et longueur de temps, en toutes choses. Mais le monde, tel qu’on le voit à cinquante ans prend toujours la couleur d’un bilan qu’à soixante, on a rangé dans un tiroir pour profiter, si on le peut, du temps qui reste.

C’est bien ce que je fais d’ailleurs, et ce genre de lecture contribue à mon bien-être et à mon bonheur de lecteur : on passe là un bon moment tout en se disant que, peut-être, de plus jeunes le liront et sauront voir, entre les lignes, l’inanité de ce que souvent ils vénèrent, à commencer par l’image ou la représentation  de comportements que l’air du temps les a contraints à adopter.

Tout cela n’est, au fond guère optimiste et ne saurait faire oublier toute  la gamme de nuances qui pour nous viennent se glisser entre les sept couleurs de cet arc en ciel. Celles de nos vies souvent ordinaires,  remplies de diversité, d’amour, de tendresse, de partage, de joies, de peines mais pas forcément de grandeur, de réussite ou de succès.

Les vies rêvées de Paul Auster : un cauchemar américain

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Je viens de retrouver avec bonheur  un auteur qui m’était cher, qui m’avait passionnée pendant la dernière décennie et que, sans raison apparente, j’avais depuis lors négligé.  Sans doute y suis-je revenue à cause du livre de sa femme,  évoqué ici en septembre dernier. C’est cela, la force des auteurs de livres :  ils nous lient.

Il doit être heureux, maintenant, Paul Auster. L’Amérique, avec une grande partie de monde,  encensent (mais pour combien de temps ?) son nouveau Président. Mais sans Dobleyou B, sans la guerre, sans la crise,  il n’aurait peut-être pas écrit son dernier roman. Ce n’est pas son meilleur, mais la première moitié vaut le détour. L’ univers austerien reste assez personnel, malgré l’emploi d’un procédé auquel les amateurs de science-fiction  sont rompus. Paul Auster demeure un témoin lucide, sinon désabusé du monde des hommes, avares trop souvent de leur  humanité.

J’ai trouvé dans cette lecture, mais dans bien d’autres choses encore,   une invite  à fermer ce bloc que je tiens depuis près d’un an. Il n’ était qu’un parmi d’autres, avec, même,  quelques affidés. Mais il faut du temps pour écrire, et celui que j’ai passé là m’a été, de ce temps-là, trop largement décompté.

Merci à tous mes cliqueurs,  lecteurs, zappeurs  et commentateurs. Ils me retrouveront peut-être un jour, ailleurs.

L’éblouissante éclipse (philosophique) de Philippe de la Génardière

Voilà assurément un livre qui ne drainera pas, à l’instar du nouveau Président d’Amérique, l’hystérie des foules. Ce n’est d’ailleurs pas à elles qu’il s’adresse, mais plutôt à tous ceux que préoccupent encore l’Idée, la Pensée et la Beauté qui ont progressivement déserté notre monde, au profit de valeurs autrement marchandes, dont la jeunesse n’est pas la moindre. A ceux, aussi, qui sont atteints par l’inexorable course du temps, et l’instant, fatidique, de la cinquantaine franchie et des rêves déçus.

« L’esprit et le corps luttent quarante ans : c’est là le fameux âge critique dont parle leur pauvre science, la femme stérile » écrivait au siècle dernier  Oscar Vladislas de Lubicz Milosz qui m’a profondément marquée quand j’en avais vingt (ans) et que je cite ici de mémoire. Cela m’est donc une grande découverte que cet auteur flamboyant, de mon âge, et que jusqu’alors j’ignorais. A preuve, encore,  que les découvertes se font à tout âge, et jusqu’au terme pour qui garde les yeux (et les bras) grands ouverts.

Serres du Jardin des Plantes à Paris
Serres du Jardin des Plantes à Paris

Avec ce roman au style quelque peu proustien, Philippe de la Génardière nous conduit et nous entraîne,  avec une lenteur calculée, au plus profond d’une réflexion sur une culture réduite aujourd’hui à une seule valeur marchande proposée par les animateurs medias, mais il nous plonge aussi, et avec un humour détonant, au coeur de la réalité physique de l’échec, de la chute et de l’incroyable rebond de la vitalité première, tropicale, primitive dont peut encore faire preuve un homme, aujourd’hui.

Ce cheminement est une régal pour l’esprit, une gourmandise littéraire à savourer avec lenteur, jouissance et délectation.