Économie de lecture : Eric Zemmour a lu pour nous les 138 pages de C. Taubira (12 €)

livresJe voudrais relayer ici cette critique édifiante livrée aujourd’hui au Figaro par Eric Zemmour sur la récente publication de notre garde des sceaux. Il lui a fallu un certain courage, comme il nous l’indique ici :

« C’est une expérience douloureuse et singulière que la lecture d’un texte signé Taubira. On en ressort courbatu, une barre au milieu du crâne, comme après une soirée trop arrosée par un mélange indistinct de grands crus et de mauvais vins, ….… »

Nonobstant, il a poursuivi, et je vous ferai grâce de la suite que les lecteurs du Figaro pourront retrouver dans l’édition du 13 mars. Ce plaidoyer pour des libertés qui ne sont pas conçues comme les nôtres (la mienne en particulier) semble passablement ennuyeux et nous en ferons volontiers l’économie (12 euros quand même).

Je ne résiste cependant pas à relayer la conclusion de sa critique, car elle est grave :

« Il ne faut pas se méprendre. Les intentions belliqueuses de notre garde des Sceaux sont affichées. Point d’hypocrisie ou de dissimulation. Taubira a compris que le monopole culturel et sémantique de la gauche était en péril ; qu’on ne pouvait plus entendre sans rire sa logorrhée sur « les droits de l’homme », le « vivre-ensemble » ou les « heures noires de notre histoire ». Taubira l’annonce ouvertement : « Cette bataille est essentielle et urgente ; nous la livrerons et nous ne ferons aucun quartier…
À la lire, on comprend que tous les moyens seront bons : l’indignation de façade, les menaces et les invectives et les mensonges, la culpabilisation forcenée, les campagnes médiatiques de propagande, la destruction de ce qui nous est le plus cher, les mesures liberticides. Ce livre est une déclaration de guerre au peuple français, s’il lui prenait l’envie de redresser la tête et de ne plus subir le joug de ses maîtres bien-pensants. »

Tout est dit. Merci M. Zemmour.

Sale temps pour Claude Allègre, et pour le bon sens !

 

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Digue d’Ostende, par Luc Viatour

Claude Allègre était hier invité chez Guillaume Durand, comme « Objet de scandale » et je ne comprendrai décidément jamais ce que viennent faire les gens sérieux sur certains plateaux-télé, où  l’art des animateurs consiste à leur éviter de finir leurs phrases, et donc de se justifier.

Mais en fin de compte, le jeu de Guillaume Durand pour le dérouter fut assez habile et Claude Allègre assez madré pour en tirer, à terme,  quelque avantage de plus à l’écoute qu’il suscitait déjà.  Il est apparu clairement au spectateur doué de raison que le fin fonds de tout le problème de ces catastrophes que l’on ne peut éviter réside avant tout dans le gâchis de tout ce qui nous informe à grand prix sans être suivi de l’ACTION concrète et urgente que cette connaissance impose.

Le bon sens n’est plus de saison, je m’époumonne ici à le répéter, ce que fait d’une autre manière M. Allègre, comme l’an passé Laurent Cabrol, puis  tant d’autres avec lui. Et c’est bien là que réside l’imposture qu’il dénonce et qui agite notre dénommé « Journal de référence » (ce n’est pas La Croix, dommage) où les commentaires sont souvent savoureux.

Le catastrophisme ambiant n’est rien qu’une nouvelle culture de soumission, à l’instar de toutes les modes qui viennent, et passent. Mais celle-là ne semble pas près de lasser.

La Nature, qui n’est pas nécessairement bonne ni stable, tend cependant  vers l’équilibre. Certaines espèces, dont l’Homme, peuvent s’adapter à ses caprices. C’est toute la démarche de la connaissance, du progrès et des solutions que quelques  hommes peuvent apporter. D’autres espèces, dont certains  hommes, n’y parviennent hélas  jamais.

Au bonheur des ados éperdus de lectures

Il n’est de jour qu’on se lamente sur le sort de la lecture, des livres et de l’enseignement. Il n’est de jour qu’on se lamente, d’ailleurs, sur n’importe quoi. Il y a pourtant tant de sujets de réjouissance, à commencer par ce constat : les ados adorent la lecture. Du moins certains. Ceux-là, à n’en pas douter, iront plus loin que les autres.

Je pense à tous ces lycéens qui chaque année sont investis pour sélectionner leur propre Goncourt. Et ce, depuis vingt deux ans déjà. Sans doute leurs choix sont-ils limités à la production de l’année, mais du moins font-ils preuve  d’assez de finesse pour saisir ce qui fait un bon livre, ou plus sûrement un bon roman, ce cheminement intime, cette adhésion à la juste et le plus souvent belle expression de sentiments, de pensées, d’histoires et de vies dans l’histoire,  riches de cette altérité qui nous construit.

Ce Club des incorrigibles optimistes qui a fait l’an passé l’objet de leur choix fut  un véritable régal pour moi qui ai vécu ce temps de l’histoire, et pour partie, la remise en place d’un puzzle qui alors m’avait échappé.

Ils ont nous dit-on élu ce livre « pour sa richesse thématique et littéraire, le réalisme de ses personnages et leur proximité », ce qui me laisse supposer tout ce qu’ils ont pu y trouver de vérités souvent peu énoncées ailleurs et dont ils sauront profiter.

A l’instar du héros de ce livre, je pourrai presque les imaginer, ces ados d’aujourd’hui, sur le chemin du lycée, les yeux rivés sur le livre qu’il tiennent  à la main, impatients de tourner la page pour ne pas manquer la fin du chapitre avant le début du cours. De ce point de vue, il n’y a pas d’âge pour être « ado ».

La lecture et les livres ont encore de beaux jours.

Google Book Search : le fabuleux destin des livres

Le monde est devenu en 10 ans une gigantesque base de données où se cotoient le pire (dont on parle le plus) et aussi le meilleur, souvent plus discret. L’entreprise Google, dont, je le précise, je ne touche aucun dividende, a entrepris un projet fabuleux que j’ai découvert récemment et qui vaut qu’on en parle.

La numérisation est, certes, en train de se banaliser, puisque la plupart des organisations, publiques ou privées, y ont désormais recours pour enregistrer, diffuser ou conserver des documents. Mais ce sont LEURS documents.

L’originalité du projet de Google Book réside dans le fait que ses équipes interviennent dans différents lieux pour globaliser l’offre disponible d’ouvrages le plus souvent introuvables ou d’accès difficile.

C’est ainsi que, à partir de mot-clés bien ciblés, on peut en quelques instants, sans quitter sa table de travail et sa maison, accéder à de très vieux ouvrages disséminés dans de nombreuses bibliothèques ou à tout le moins à leur référence précise, car tous ne sont pas totalement lisibles.

Mais quel prodige !

Je me souviens de cette vieille bibliothèque universitaire où, il y a un peu plus de dix ans seulement, on ne pouvait encore accéder à aucun ouvrage sans passer par un fichier rustique, manuel, la queue au guichet avec ses références (pas plus de 3 à la fois) et l’attente qui semblait interminable pour un ouvrage qui venait directement du « magasin » et qui n’était souvent pas le plus pertinent. Des heures perdues, et l’insatisfaction permanente de ne pouvoir consulter sur place que des dictionnaires, annuaires ou autres compilations sans intérêt immédiat. Il faut dire que cette bibliothèque, quasiment unique en France, avait le statut bien particulier d’être à la fois « Municipale » ET « Universitaire ». Le lecteur y était accueilli comme suspect (de salir, d’être ignare, bruyant mais surtout dérangeant). Je crois que tout cela a changé, je l’espère pour cette ville et pour ses habitants. Il y a en France de merveilleuses bibliothèques où l’on se sent attendu, accueilli, où les livres abondent, et plus seulement les livres, où l’on peut les consulter directement sur les rayons et où les systèmes de recherche, de localisation et de réservation sont performants.

Ceci étant, le prodige de Google Book est de permettre à l’amateur de trouver sans autre effort que celui d’une recherche bien définie, l’ouvrage le plus approprié, dans le délai le plus court. Mais bien plus encore, de découvrir des trésors souvent insoupçonnés.

Je fus ainsi assez époustoufflée de découvrir sur mon écran, en quelques secondes, les pages de vieux Bulletins archéologiques de ma région, bien trop anciens pour être exposés ; que j’aurais pu , certes, consulter sur place, dans le silence et le recueillement des salles spécialisées de nos Archives, mais en y passant une demi-journée. Ces pages-là ne venaient pas de chez moi, mais du bout du monde, d’une université lointaine dans laquelle on pouvait trouver, comme à Uppsala, les publications du monde entier.

Voilà donc un projet qui, parmi d’autres, est réjouissant. Rendre accessible à chacun le fonds commun des connaissances. Les bonnes, il est vrai, comme les mauvaises. Mais c’est un autre sujet.