Vague djihadiste, propagande et comptes sociaux

Die Welle
Die Welle, un film de Dennis Gansel, 2008

La diffusion opportune du film allemand sur les écrans d’Arte aura au moins permis à ceux qui l’ignoraient encore à quel point les adolescents sont fragiles et, avec eux, les démocraties les plus abouties. Il suffit en effet, dans cette expérience, d’une petite semaine « thématique » à un professeur en mal de reconnaissance pour transformer 98%t de sa classe en véritable « camp de base » d’une nouvelle forme de dictature.

On ne peut s’empêcher de penser à ce qu’a pu produire sur certains esprits l’expérience initiale, telle que réalisée par Ron Jones à Palo Alto en ….. 1967 et rappelée vingt ans plus tard dans le film allemand : une troisième vague que serait en train de faire lever cette nouvelle dictature islamique dont la dimension religieuse n’est que le prétexte initial : les notions de communauté, de solidarité, mais surtout d’adhésion sont en effet primordiales dans cette sorte de propagande que l’on a vu gagner ici et là au cours de notre histoire récente et produire tout aussi bien le communisme, le nazisme et toutes formes de fascisme Mais c’est encore la notion d’exclusion qui est ici la plus importante, car elle y est « totalitairement » indissociable de celle d’adhésion. Celui qui n’adhère pas doit être exclus. Éliminé.

Ce que l’on perçoit clairement aujourd’hui et un peu tardivement d’ailleurs puisque le processus était à l’oeuvre depuis plusieurs années déjà, c’est l’étendue du dégât qu’est maintenant capable de causer cette « troisième vague ». Elle ne s’est créée puis développée que grâce à ces outils de communication redoutables que sont les « réseaux sociaux », Facebook, Twitter et autres applications disponibles sur téléphones portables.

Des « experts » prétendent que la « contre-propagande » est à l’oeuvre. le Figaro nous annonce aujourd’hui que certains comptes sociaux «  seraient devenus silencieux », ce dont on ne peut que se réjouir d’ailleurs.

Notre pays est paraît-il grand pourvoyeur de cette épouvantable soldatesque souvent bi-nationale. La Hollande, qui n’est pas loin derrière, a décidé de retirer à ses participants leur passeport hollandais, car la plupart sont bi-nationaux. Pourquoi d’ailleurs devraient-ils avoir deux nations ? Ils n’en ont qu’une, celle où les a poussés cette vague de haine qui ne vise qu’à détruire au profit, bien sûr exclusif, de ceux qui les dirigent. Et dont ils seront eux-mêmes exclus.

Des avions, des bombes, des infiltrés sans doute sont en train de lutter contre cette l’armée d’hystériques quasiment plus puissante que la nôtre. Espérons seulement que cette vague ne continuera pas, comme tout nous porte à le croire, à faire chez nous le mal qu’on l’empêchera de faire ailleurs.

Dans la peau d’un « Ulysse » clandestin avec Eric-Emmanuel Schmitt

Il ne fait jamais bon vivre dans un Etat totalitaire, mais moins encore, sans aucun doute, dans un pays en guerre. C’est là ce que nous conte Eric-Emmannuel Schmitt dans son dernier roman. Etre Irakien sous Saddam avait au moins l’avantage, pour ceux qui pouvaient fuir, de se voir accepter, ailleurs, un quelconque statut. Fuir un pays prétendûment « libéré » est une tout autre affaire.

Cette fable si réelle nous plonge au coeur d’un sujet qui nous est tristement familier mais dont la plupart de ceux qui sont, là, confortablement assis au chaud devant l’écran de leurs portables, n’ont au fond,  que de vagues notions.

Changer de vie, fuir, partir, recommencer, quelles qu’en soit les raisons, est déjà un  défi récurrent pour la plupart des êtres humains. Mais l’exil, quand on devient l’étranger n’est plus voyage ; ici, c’est  une obsession que nulle Circé n’est  capable de vaincre : le but est inexorable, Londres ou rien, même si, ailleurs, tout est possible. Agatha Christie* et son univers so British doivent se retourner dans leur tombe.

Embarcation de réfugiés
Embarcation de réfugiés

Certes, les narrations de ces destins tragiques sont évoquées ici et là,  et bien  d’autres récits ont depuis fort longtemps traduit tous les exils, nutriments majeurs d’une littérature qui fait toujours, elle aussi,  l’objet de grands débats.

Le regard de M. Schmitt a le mérite d’apporter à cette réalité terrible,  presque toujours sordide qui jamais ne lui échappe et qu’il ne tente pas d’éluder,  la légereté d’un humour tendre, la douceur de la compassion profonde qu’il semble décidément porter à toute forme d’humanité, dans toute sa diversité et qu’il nous invite non seulement à partager, mais encore à mettre en oeuvre.

* elle fait partie des auteurs interdits sous Saddam Hussein