Eric Zemmour et le prix du succès

image empruntée à "Citoyens et Français"Il a bien du talent, M. Zemmour, et bien des adversaires. On ne pardonne pas, chez nous, à ceux qui réussissent : il faut à nos medias, toutes affaires cessantes, les enfoncer. Enfin, quand ils ne sont pas du « bon côté », celui qui prévaut aujourd’hui grâce, ne l’oublions JAMAIS, à un certain M.  Baille Roux qui a incité tous ceux qui hésitaient encore à choisir le pire pour eux-mêmes, et donc pour nous. Mais qui l’ont fait.

Nous en sommes là. Depuis plus de deux ans, ou même quarante. Ce que développe M. Zemmour et qui déplaît tant aujourd’hui, c’est ce chapelet d’erreurs, de compromissions, de mensonges, que les uns et les autres nous ont servi pour que nous parvenions là où nous sommes, pas seulement en France d’ailleurs, mais dans tout l’Occident, repu sans doute de tant de vieilles haines et surtout de conflits meurtriers pour essayer de faire de notre monde cet « espace » improbable que dénonçait déjà Jean Yanne où « Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ». Gentil, mon œil.

Il semble, compte tenu du nombre de ses ventes, que le « Suicide français » n’ait pas seulement touché « que » les plus de cinquante ans.Pas besoin d’être très âgé aujourd’hui, pour se sentir victime de cette dépossession de notre identité qui apparaît en certains lieux tellement frappante, navrante, et en vérité détestable. Que l’on soit Suédois, Allemand, Belge, Français, ou même Anglais, c’est à dire finalement, chrétien, c’est bien, partout,  la même déploration*.

Nous-mêmes, à l’instar des Belges et des Anglais, payons  en sus le tribut de nos empires coloniaux. On ne peut en dire autant des Suédois qui paient seulement, et bien plus cher encore que tous les autres, le prix de leur attractivité sociale. J’imagine en effet qu’il faut de bien sérieuses « motivations » pour un arabophone pour aller se geler dans les hivers baltiques et y apprendre une langue si étrangère.

Donc, M. Zemmour a tout compris de ce qui nous perturbe, cette « invasion islamique » qui n’a rien de très joyeux pour ceux qui en font les frais, au coût (élevé) de cotisations sociales, d’impôts supplémentaires ou simplement – et c’est le cas le plus fréquent, par la transgression progressive de nos lois et le glissement qu’ils nous imposent vers leur mode de vie que le pouvoir en place tolère chaque jour davantage, au grand mépris du nôtre et de notre laïcité légendaire. Au nom du jeu électoral et du cynisme politique  où chaque voix compte.

Un grand nombre d’entre eux se sont progressivement fondus dans notre « paysage », qui sont devenus nôtres. Mais certains ne sont vraiment pas aimables, et leur nombre semble chaque jour s’accroître, au prorata de leur radicalisation. Ils n’hésitent plus à afficher la haine qu’ils ressentent pour nous. Elle est manifeste. Active. Concrète. Il ne nous donnent qu’une envie : les voir partir, rentrer « chez eux ».

Et cette envie-là, il semble que nous soyons de plus en plus nombreux, ici et là, à l’énoncer. N’en déplaise à nos contempteurs.

*pour autant, je n’oublie pas nos amis Italiens, Espagnols, Grecs, Portugais et autres Européens

Identité française ou identité nationale ?

France (source wikicommons)Au moment même où était lancée cette vaste campagne sur l’Identité française, je terminais le livre, assez terrifiant,  de Olav Hergel L’Otage, portrait incisif des excès d’une société repue amenée, par la manipulation conjointe de certains partis et des medias, à un repli national et un rejet complet de l’étranger. L’auteur précise qu’il s’agit évidemment d’une fiction, tout en précisant que « toute ressemblance avec des personnes, des institutions ou des medias existants n’est, comme l’écrivain allemand Heinrich Böll l’a exprimé, ni intentionnelle, ni fortuite, mais tout simplement inévitable« .  C’est dire si le débat lancé sur notre identité interroge. Ce  pourquoi je romps le silence que je m’étais imposé.

Sans doute le Danemark n’est-il pas, et à maints égards, comparable à la France. Mais la question qu’y pose l’immigration se pose dans toutes les nations d’Europe et chacune tente, comme elle peut, d’y répondre.

A l’exception de quelques rares familles implantées depuis des siècles dans ce qui est  notre territoire, la plupart d’entre nous sommes aujourd’hui  issus de migrations diverses et d’un mélange d’usages et de coutumes dont l’agglomération constitue notre, ou plutôt nos cultures. Mais quelles que soient nos différences d’origines, nous partageons (ou sommes censés partager) la même appartenance : celle de citoyens français.

L’identité d’une personne n’est donc pas nécessairement la même que celle du citoyen qu’elle est et je m’étonne toujours que cela ne soit pas toujours évident chez nous, terre d’immigration.

Sans doute la langue est-elle un des premiers facteurs d’adhésion et de cohésion. Pour autant, être francophone ne signifie être Français. Etre Français, c’est d’abord,  me semble-t-il prendre (ou faire prendre) conscience de ce qui fixe les usages et les règles de notre vie publique, résumés sur la plupart des frontispices de nos écoles : « Liberté Egalité, Fraternité » et que développe notre Constitution.

Avoir la chance de vivre dans un pays où toutes les opinions, croyances et religions sont libres d’expression mérite que l’on en respecte les règles, droits et devoirs. Cela s’apprend.

Pouvoir « Etre heureux comme Dieu en France » est un rêve pour trop d’étrangers pour que ceux qui ont la chance d’être déjà Français ne s’interrogent pas davantage sur ce que cela signifie pour eux-mêmes, mais aussi pour l’Autre.

Nous verrons donc ce qu’il résultera de cette enquête…..

 

 

La jupe d’Adjani: plaidoyer ET réquisitoire pour l’Enseignement français laïque ET obligatoire

lyceens_kati1 (wikicommons)
Classe de lycéens à Kati (Mali) en 2005

Cette « Journée de la jupe » présentée hier soir par ARTE sera je suppose partie droit au coeur de nombreux enseignants, trop souvent nommés « profs » et dénués dès lors, de tout de le poids légitime de leur fonction.

Une classe comme celle-ci, au Mali, les ferait rêver, quand certains, trop d’entre eux cauchemardent aujourd’hui à l’idée de se présenter devant des individus instables et déchaînés dans des lycées qui ne sont pas seulement de banlieues ou de « cités ».

Pour ma part, je salue cette entreprise téméraire. Téméraire, parce qu’elle montre sans aucun doute UNE réalité. Qui ne satisfait a priori que les medias, toujours  si prompts à s’en emparer et à lancer sur le sujet de pieux débats.

Tous les thèmes du malaise social sont abordés ici, avec vigueur, avec excès, mais toujours sur le registre du plausible. Ce qui se passe entre les murs , Laurent Cantet venait de le montrer. Mais les élèves étaient plus jeunes. Ici, ce sont des hommes, déjà, ou presque.

J’avoue n’avoir pas vu en Isabelle Adjani l’actrice mûrie qu’elle est devenue, c’est notre sort à tous, mais la conviction de ce qu’elle représente, à l’instar d’autres  personnalités en vue ou non  issues comme elle d’une immigration extra-européenne, d’efforts, de patience, de contrainte pour parvenir à cet état souverain de citoyen libre,  assumé et autonome.

Certains se gausseront d’une idée qui paraît aujourd’hui dérisoire : la jupe. Sans doute pas tous ceux qu’inquiète le poids des cultures sur le sort de tant de jeunes filles et qui se démènent pour y remédier.

Quant à la violence qui règne, elle fait la une des quotidiens et n’est, malheureusement, pas près de cesser. Molière n’y pourra pas grand chose. Mais le port d’uniforme dans les écoles pourrait peut-être, comme on l’a retrouvé il y a quelques années dans le Bronx et à Manhattan, et comme c’est l’usage un peu partout ailleurs, contribuer à calmer le jeu.

Elegie pour un Américain : les pages lumineuses d’humanité de Suri Hustvedt

Hubert Nyssen est décidément un éditeur pluriel, toujours fécond. On est toujours à peu près sûr, en fouinant dans les diverses parutions d’Actes Sud, d’y trouver une bonne prise, quelque soit l’origine de l’auteur dont on peut être certain qu’il sera bien traduit. Grâce soit donc rendue ici au travail de son épouse Christine le Boeuf à qui nous devons les excellentes traductions de ses auteurs anglophones, mais aussi les couvertures si délicatement attractives de leurs ouvrages.

The sorrows of an american
The sorrows of an American

La lecture de cette Elegie (parution mai 2008) a été un grand moment de bonheur. Un délice que j’ai savouré : un  moment de littérature (Ils sont devenus si rares). Pas un de ces produits fabriqués en série, suivant les méthodes éprouvées des ateliers d’écriture où se concoctent des produits, avec méthode. Non, un beau roman d’aujourd’hui, vécu et inspiré.

L’auteur, d’origine norvégienne, y donne à voir une Amérique dont la plupart des gens ne connaissent que des caricatures. Et des Américains bien éloignés des images qu’en véhiculent les medias de leur propre pays.

Qualifié par l’éditeur de roman familial, ce qu’il est aussi, on trouve trouve dans ce très beau livre l’émouvant cheminement d’une reflexion sur notre (post)modernité, le souci de soi, mais aussi sur la profonde inquiétude que génère dans nos vie l’ébullition d’un monde en rupture et en devenir, sur la force à puiser dans l’attachement indéfectible à ces racines familiales et culturelles qui demeurent les seuls point fixes de nos existences multiples.

Loin, très loin de cette violence devenue outre-Atlantique un véritable marché, on retrouve ici la douceur de liens fraternels chaleureux, d’une attention à l’Autre, de la richesse intérieure, de ce que résume si bien, au fond, le terme d‘humanité.