Au bonheur de l’esprit français

Je m’interroge en ce dimanche « du Patrimoine » sur l’audience qu’a pu recevoir hier soir la diffusion1 de ce petit bijou fantaisie de Jeanne Labrune. Réalisé en 2001, sous la première présidence chiraquienne, « C’est le bouquet »  nous dépeint avec une drôlerie subtile, assortie de cette finesse propre à l’esprit français, ces fameux « premiers de cordée » dont la présidence Macron voudrait nous imposer le modèle.

Les critiques que l’on peut en voir sur le site d’Allo-ciné ne lui donne pourtant qu’une piètre note, entre 2 et 3 (sur 5, donc moyen). Il est vrai que nos cinéastes, qui depuis des lustres se complaisent dans le malheur, nos édiles dans la laideur et notre presse dans le caniveau, ne donnent guère à voir que haine, violence, sexe, jalousie, guerre, exil et misère qui sont apparemment plus « vendeurs »..

Jeanne Labrune nous fait évoluer ici dans les sphères ouatées de la réussite sociale, du style et de l’élégance, mais elle n’en ménage pas non plus les travers ni ceux de ses personnages qui nous réjouissent à chaque instant par la pertinence de leurs dialogues, l’humour des situations et les rebondissements que suscite l’argument fondateur : un bouquet baladeur dans de beaux appartements haussmanniens.

Une bonne soirée devant la télé, et si loin de la misère du monde, cela valait d’être signalé.

1Chaîne Ciné+ Club

Le ciel sous la tête avec Marc Dugain

Sept histoires d’hommes (et de femmes) d’aujourd’hui, qui nous livrent, non sans humour, le triste constat que Marc Dugain fait de notre monde et, en sept couleurs,  de  façons d’y vivre : en retrait, en phase, en décalage, en opposition, en ville, en province, (en France et ailleurs) et presque toujours, au bout du compte, seul.

Nuages sur la Dordogne
Nuages sur la Dordogne

Se mettre « dans la peau de » est le privilège de tout créateur, même si c’est la sienne.  Le bilan que nous en  livre ici cet auteur inspiré n’en est que plus réjouissant : au moins n’est-il dupe de rien, ni surtout de lui-même.

Le voilà bien, ce monde où nous vivons, qui a balancé au vent de la modernité ce qui longtemps lui donnait sens : réserve, pudeur, lenteur, patience et longueur de temps, en toutes choses. Mais le monde, tel qu’on le voit à cinquante ans prend toujours la couleur d’un bilan qu’à soixante, on a rangé dans un tiroir pour profiter, si on le peut, du temps qui reste.

C’est bien ce que je fais d’ailleurs, et ce genre de lecture contribue à mon bien-être et à mon bonheur de lecteur : on passe là un bon moment tout en se disant que, peut-être, de plus jeunes le liront et sauront voir, entre les lignes, l’inanité de ce que souvent ils vénèrent, à commencer par l’image ou la représentation  de comportements que l’air du temps les a contraints à adopter.

Tout cela n’est, au fond guère optimiste et ne saurait faire oublier toute  la gamme de nuances qui pour nous viennent se glisser entre les sept couleurs de cet arc en ciel. Celles de nos vies souvent ordinaires,  remplies de diversité, d’amour, de tendresse, de partage, de joies, de peines mais pas forcément de grandeur, de réussite ou de succès.