Les femmes du monde de Titouan Lamazou ne sont pas des "Femen"

Femmes du monde, exposition de titouan Lamazou
Femmes du monde, exposition de titouan Lamazou

On peut voir en ce moment à Arcachon l’étonnante exposition (itinérante) des « Voyages »  de Titouan Lamazou, ce navigateur-artiste d’exception qui remporta sur mer toutes les victoires avant de redevenir à temps plein l’artiste qu’il a toujours été. Ce grand voyageur, toujours au sommet de sa forme, a sillonné tous les continents à la rencontre de femmes les plus diverses dont il a saisi d’un trait l’expression et le plus souvent la beauté en les accompagnant d’une écoute et d’une  empathie assez rares. C’est parce qu’il a rencontré , notamment en RDC, un grand nombre d’Africaines qui  ont connu les pires exactions, humiliations et souffrances qu’il a créé son association d’aide « Lysistrata« , empruntant à Aristophane  le nom de l’héroïne qui tenta, à la tête des autres femmes d’Athènes, d’empêcher les hommes de faire la guerre à Sparte en se refusant tout bonnement à eux. En vain d’ailleurs, certaines n’ayant pu résister à leurs propres désirs….

Il y a chez chacune de ces femmes, dont les plus jeunes ne sont encore que des enfants, quelque chose d’admirable qui n’est pas tant dans la beauté que l’artiste nous donne à voir, que dans la noblesse de leur « discours » :  ce qu’elles racontent de la vie qu’elles ont encore, l’espoir de continuer, d’aller plus loin, dignement.

Les « Femen » venues d’Ukraine prétendent servir la cause des femmes, et avant tout de leur liberté : il n’y a cependant chez elles rien de digne, ni même de respectable. Elles affichent sans aucune vergogne leurs corps  dénudés, peinturés et enlaidis figurant des hordes d’hystériques bien éloignées de ce que sont les femmes qui souffrent réellement et attendent sans doute bien autre chose que pareille mascarade.

Je ne connais pas Titouan Lamazou et ignore donc ce qu’il en pense.  Je ne puis que supposer – je me trompe peut-être-  qu’il doit se sentir plutôt à l’écart  de ces pétroleuses qui, dans leurs outrances – dont l’occupation de ND de Paris ne fut pas la moindre-  sont bien loin des problèmes  » élémentaires » auxquelles nombre de femmes blessées sont aujourd’hui soumises  dont le viol, en Afrique, en Inde et même chez nous. C’est d’abord à toutes celles-là, qu’il rend hommage.  Je pense pour ma part que les autres devraient tout simplement aller se rhabiller…..

La pipe de M. Hulot : quand la précaution devient censure, on frémit.

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une Américaine apparemment "résistante"

Il y a une petite dizaine d’années déjà, on avait « effacé » sur une célèbre photo la cigarette d’André Malraux, incorrigible tabagique,  à l’instar de presque tous ses contemporains.

Aujourd’hui, c’est à la pipe de Monsieur Hulot, qu’on s’en est pris à ce qu’en disait aujourd’hui sur France-Culture,  une descendante de l’auteur. On se croirait chez Georges Orwell, dans ce 1984 où s’affairent dans de sinistres bureaux tous ceux qui ont pour mission de réinventer chaque jour l’histoire, l’économie et les statistiques, le plus souvent en effaçant ce qui pourrait nuire à ces images fabriquées.

Pour emprunter à Pierre Assouline : « Vite, aux abris ! »

Vincent Van Gogh, par lui-même
Vincent Van Gogh, par lui-même

Je ferai court, prise que je suis par une véritable nausée de cette bien-pensance immonde qui émascule un peu plus chaque jour tout ce qui chez nous a couleur de virilité, à commencer par le courage d’affronter la réalité. Celle, pour le moins, qui fut.

Je laisse seulement imaginer à quelles retouches il faudrait  procéder pour gommer ce qui a été représenté. Ah oui, ils ont fumé !

N’y-a-t-il  vraiment aujourd’hui rien de plus urgent à faire  qu’à « rectifier »  les « erreurs » passées ?

Grande rétrospective et fin d’illusion : Chirico à Paris, Palais de Tokyo

Je ne me souvenais  que de quelques oeuvres de Chirico, les plus caractéristiques sans doute de son époque surréaliste qu’il avait pourtant précédée,  mais ignorais au fond à peu près tout de son oeuvre ou l’avais du moins oublié, depuis mes vingt ans à la chute de ce même Mouvement.

Palais de Tokyo (MAM de la ville de Paris)
Palais de Tokyo (MAM de la ville de Paris)

Un quart de siècle que l’on avait pas réuni autant d’oeuvres si dispersées  et de ce point de vue, l’exposition « La fabrique des rêves » du Palais de Tokyo est prodigieuse.

Ce qui l’est moins, en tous cas pour moi, est le sentiment de frustration que j’ai éprouvé devant le spectacle de l’ oeuvre, toute une vie en somme, et celui de son auteur, largement mis en scène ici  par les muséographes autant que par lui-même déjà, de son vivant.

Quand l’inspiration se tarit, ou pour quelque autre raison d’ailleurs, (le plus souvent matérielle), certains auteurs de livres, de musiques ou de peintures recommencent le  schéma de leur succès passé.

Chirico poussa à l’extrême ce procédé en se copiant lui-même, après avoir copié les autres comme pour démontrer toutes ses capacités, reproduisant à l’envi et quasiment en série les toiles qui l’avaient fait connaître cinquante ans plus tôt.

Je trouve pour ma part assez affligeant de voir ainsi livrés en pâture la vie d’une oeuvre mais surtout l’intimité de son auteur, car il ne s’agit plus aujourd’hui de présenter des oeuvres qui peuvent ou non nous plaire ou nous séduire, nous questionner et parfois même nous transcender, mais bien de nous imposer l’interprétation qu’en font tous leurs « experts » et autres exégètes, si rarement créateurs eux-mêmes, qui condescendent en quelque sorte à nous éclairer.

Heureuse d’avoir enfin pu contempler ces  arcades récurrentes et leurs ombres hallucinantes qui m’avaient jadis fait rêver, je suis sortie déçue et quelque peu amère d’un rêve éteint par leur confrontation. C’est cela aussi, le risque de l’exposition.