The Servant : quand le serviteur (l’Argent) est devenu un Maître irresponsable

Le goût de l’argent jusqu’à la nausée est peut-être en train de plomber toutes nos économies ; je n’ai sur le sujet qu’un avis d’usager, un peu las de ce remue-ménage autour du Veau d’Or. Du Nord au Sud et d’Est en Ouest, le monde l’a trop honorée, cette idole.

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Sesterce - pièce d'argent (image wiki commons)

Citant Saint-Paul, notre pape Benoît XVI avait lancé à Paris, le 13 septembre dernier, une diatribe quasiment visionnaire contre le pouvoir de l’argent et même du savoir (qui permet d’accéder au pouvoir).  Le lundi noir l’a suivi de près. Il n’a sans doute pas été noir pour tout le monde. Monsieur Buffett en sait probablement quelque chose, lui qui a su construire la plus grande fortune du monde sur l’économie réelle. Fortune dont il a d’ailleurs légué la plus grande part à des oeuvre charitables. Ces oeuvres-là ont décidément de l’avenir, si l’on pense aux conséquences prévisibles du krach actuel. Pour tout le monde. Et forcément pour les plus dénués, qui le deviendront bien plus encore.

Reste que le vent de l’Esprit pourrait à nouveau souffler sur tous ceux qu’a un jour saisis la fièvre du profit. S’ils en réchappent. Le culte du Soi a ses limites, comme la futilité. Elles sont aujourd’hui atteintes pour ceux qui s’y sont adonnés. Selon ce en quoi l’on investit, on a après tout le retour que l’on mérite.

De ce point de vue, la Foi en l’Amour présente, avec l’Espérance,  un ratio sans limite.

PS: on pourra me contester l’usage de mon titre : c’est que le film de Losey, quoiqu’en pensent la plupart des cinéphiles, illustre à mon avis plutôt bien la situation actuelle du monde de la finance, asservi à (ou terrassé par) ce qu’il était censé dominer : l’Argent.

Plainte pour harcèlement……. commercial ?

Il n’est déjà pas facile de lutter contre le matraquage commercial, les promotions, remises, primes de fidélité et autres bonus « offerts » en permanence à nos boîtes aux lettres, ondes radios télé et maintenant à nos écrans d’ordinateur, alors que dire du harcèlement ciblé des organismes de crédit !

Impossible (j’ai essayé) de ne plus recevoir pratiquement chaque semaine, une offre de crédit, (que l’on ne prête qu’à moi, bien sûr !), 1000 euros par-ci, 2000 euros par-là, pour succomber sans autre effort à toutes mes envies !

Le problème, c’est que je n’achète a priori que ce dont j’ai besoin. Alain Rémond * (que je ne résiste pas à citer tant je lui dois de plaisir chaque matin à la lecture de son petit billet de dernière page ) doit faire de même, lui a qui une vision si particulière de ces Choses dont Georges Perec dénonça si bien l’abus et la perversité d’usage dans son premier et percutant roman (en 1965).

Il y a ceci de commun au moins entre les gens d’esprit et les gens de foi : ils ne sont pas obnubilés par la Matière.

Je n’en dirais évidemment pas autant de cette curieuse catégorie des Bourgeois Bohêmes dans laquelle je ne reconnais qu’un mix carrément post-soixante-huitard, plus préoccupé de confort moral et en général de confort tout court que de transcendance.

Pour en revenir à l’essentiel, c’est-à-dire au besoin véritable, cela ne fait d’abord pas grand chose ; mais une fois règlé l’indispensable puis le nécessaire, devenus avec la modernité des temps de plus en plus « conséquents », puis en ajoutant un zeste de superflu, ces désirs qui nous taraudent, cela représente tout de même une belle obole à l’Economie, qui ne fonctionne, nous explique-t-on, que par la consommation.

Mais enfin, je ne peux m’empêcher de penser, chaque fois que je déchire un de ces courriers insistants, à tous ceux qui les reçoivent en même temps que moi, qui n’ont ni le même âge, ni les mêmes besoins ni, surtout, les mêmes envies. Ces envies que le marketing s’acharne, pour un coût considérable, à nous créer. Et auxquelles tant de gens ne parviennent pas à résister.

Aujourd’hui, on peut porter plainte contre le harcèlement sexuel, parce que le législateur le considère comme une atteinte à l’intégrité de la personne.

Quand on mesure l’ampleur des dégâts causés par l’abus de crédit aux Etats-Unis dans l’affaire des subprimes et, sans aller si loin, chez nous où tant de ménages sont surendettés,** on se demande s’il ne serait pas opportun de considérer, là aussi, que ces offres alléchantes et perfides ne constituent pas elles aussi une atteinte à l’intégrité de ceux qui les reçoivent.

Et si, à la fin, on portait plainte ?

* lien vers La Croix (cliquez !)

** lien vers UNAF