La Dette, le taux d'emprunt Bas et le Patrimoine de la France

Hôtel des Monnaies, Paris
Hôtel des Monnaies, Paris

Nous allons célébrer ce dimanche encore, toutes portes ouvertes, la grandeur, la beauté et aussi la profusion du patrimoine de notre si belle France. Il est partout notre patrimoine, riche de TOUT ce que la nature nous a donné, mais aussi de tout ce que nos ancêtres en ont fait, de ce qu’ils ont conçu, édifié, construit, fabriqué, entretenu, et conservé des années et des siècles durant, du sacré au profane en passant par la recherche, l’industrie, l’agriculture, l’horticulture, l’art et l’artisanat.

N’oublions pas le commerce, ni surtout la phynance, sans qui rien de tout cela n’eût été possible. Car la beauté n’a pas de prix.

Ils le savent bien, tous ces financiers qui sans compter prêtent à la France quasiment tout ce qu’elle veut, et toujours à taux très bas, comme s’en réjouissait hier encore, ravi, notre président de service.

Ils ont beau jeu de nous prêter sans limite, sachant tout ce que « nous » valons. Ils pourront toujours, le cas échéant, se « servir sur la bête » comme on dit vulgairement : car elle est belle, la bête, et riche encore de tout ce que d’aucuns n’hésiteraient pas à vendre, comme c’est le cas depuis longtemps déjà et pas seulement de certains biens devenus jadis nationaux que notre Etat s’empresse aujourd’hui de céder au plus offrant.

Rien d’étonnant, donc, à ce que notre dette puisse s’alourdir sans fin : la France, avec son inestimable patrimoine présente au monde la plus pérenne des garanties. Même si une grande partie d’entre elles se trouve déjà en des mains étrangères, il en reste tant d’autres que « notre » politique d’endettement n’est pas près de changer….puisqu’elle permet à nos gouvernants de continuer malgré tout à gaver le peuple avec l’argent qu’il prennent dans la poche des autres,  qui ne sont pas (encore) assez nombreux pour les faire tomber. Mais qui le seront bientôt.

La révolution n’est pas pour demain, mais elle est peut-être en train.

Pauvre à crédit ou pauvre tout court : quand les lendemains déchantent

Depuis quarante ans et plus, notre économie aura en grande partie reposé sur le crédit. Les octogénaires d’aujourd’hui ont à ce titre largement bénéficié de ses largesses : ils ont pu, sans douleur, devenir propriétaires de leur logement à une époque où les taux d’intérêt étaient largement rattrapés par ceux de l’inflation. Ceci étant, ils étaient encore rares, dans ces années grasses, à y consentir : on imaginait alors assez mal, au début des années soixante, que l’endettement (le crédit sollicité) pouvait signifier un quelconque enrichissement (la propriété). On avait encore présent à l’esprit cette approche « morale » : vivre selon ses moyens. Pour le moins chez nous. Car déjà, outre-Atlantique, la pratique du crédit se développait. On y vivait déjà au-dessus de ses moyens avec l’argent des autres.

Elle s’étendit peu à peu à tous les « marchés ». Emprunter devint rapidement, en quelques années, une quasi norme pour la plupart des gens contraints par le même « marché », à assouvir sans le moindre délai des besoins, sans cesse sollicités par les « études de marché »,  de produits toujours plus « nouveaux », et sans cesse améliorés, (Nouveau! indiquait la pub), rendus chaque jour plus indispensables par le matraquage constant d’une communication publicitaire de plus en plus élaborée, assez sans doute pour être perçue et reçue par les esprits les plus démunis et les moins structurés comme une véritable « culture ». Celle de la CONSOMMATION.

Il y a peu encore, tout était devenu, chez nous, matière consommable : rien, pas même le « religieux » n’échappe plus aujourd’hui à l’approche mercantile, aux lois immondes de la communication commerciale, à cette prise en otage des individus pas les tous ces sbires du « marché » ,  les « écrans publicitaires » et ceux qui les font,  à très grand prix et très grands bénéfices.

Un cercle vient de s’ouvrir qui pourrait être vertueux s’il ne pouvait, à terme, mener de manière vicieuse au désespoir : le surendettement des uns, le manque de crédit pour d’autres, la pauvreté pour un grand nombre mais, plus lourd encore : la prise de conscience à venir, par les uns et les autres,  de l’inanité d’une certaine forme de « consommation ».

avis de ddécès des 129 morts de la rue, La Croix 19/11/2008
Avis de décès des 129 morts de la rue, La Croix 19/11/2008

Que pourra-t-il rester alors d’un monde (le nôtre) qui ne reposait,  pour la plus grande part,  que sur l’assouvissement immédiat d’un désir « fabriqué » de biens ou services, quand ce désir lui-même sera bloqué non seulement par le manque, bien réel cette fois de moyens, mais encore par un sursaut de conscience invitant à le modérer ? Le prix peut-être de notre difficile liberté , ou peut-être la rançon d’une éducation où, pour emprunter à Emmanuel Lévinas,  les enfants sont « éduqués dans la confusion morale sans distinction du bien et du mal (..), sans savoir reconnaître la misère dans les illusions du bonheur et dans le pauvre bonheur des contents et des repus » ?

Peut-être nous faudra-t-il alors reconsidérer notre notion de pauvreté. Elle est encore bien large face à ce qui s’annonce. Si l’on est considéré comme pauvre en France avec 800 euros par mois, que dire des retraités qui, dans nos campagnes en touchent moins de 500.

La Croix publiait dernièrement, à la demande de diverses associations, la liste des 129 « morts de la rue » de la saison d’été (avril à octobre 2008). Quelle est donc leur histoire, aujourd’hui achevée  ? Celle du Malheur sans doute.  Pour autant, rien n’est jamais certain ni définif. Un homme à terre arrive parfois à se relever : c’est à chacun de nous  de lui tendre la main.