Les femmes ont-elles vraiment besoin de quotas ?

Aliénor d'Aquitaine

Nos parlementaires n’auraient-ils rien de plus urgent à faire qu’à débattre sur ce sujet ? Ne  peut-on pas, une fois pour toutes, laisser les femmes être tout simplement ce qu’elles sont : la moitié de l’humanité, et pas une minorité. Ah oui, une minorité de dirigeantes de conseils d’administration. Une minorité dans les postes de très haut niveau, dans certains congrès, dans certaines fonctions. Mais plus haut se situe le niveau, plus rares sont les hommes aussi. Les hommes tout comme les femmes sont par essence inégaux.

Certaines femmes ont par nature ou par vocation le goût du défi, du risque et même du pouvoir. A l’instar de certains hommes. Pas tous. Certaines femmes d’exception parviennent aux plus hauts sommets d’un métier ou d’une fonction. Pas vraiment moins que certains hommes, tout aussi exceptionnels.

Mon âge me met hors circuit, mais j’aurais été horrifiée, au temps de mes responsabilités, de n’avoir dû mes promotions à autre chose qu’au résultat de mon travail et de mon talent. Surtout pas au respect de quotas et de « l’action positive » sur laquelle se portent à présent les regards.

La discrimination, fût-elle positive, demeure une discrimination, comme le rappelle Elisabeth Badinter dans un récent entretien au Nouvel Economiste.  Quand elle (la discrimination) risque, comme c’est souvent le cas, de détourner les vrais critères de choix que sont la la connaissance, la compétence et la capacité à exercer une fonction, on peut légitimement se demander si les nouveaux critères imposés par le mode des quotas favorisant un sexe, une origine ou pourquoi pas des moeurs ne viendront pas obérer les premiers.

C’est pourtant ce qu’ont constaté, depuis plusieurs années déjà, les inventeurs du procédé, qui fit fureur en Amérique dans les années 70 et dont ils sont depuis lors définitivement revenus. Quel intérêt, pour nous et l’Europe, à imiter ce que l’Amérique a finalement rejeté  ?

Quand le bâtiment va, tout va, même pour les femmes ; mais où vont les hommes ?

C’était chez nous un des derniers bastions des professions dites masculines. Il est, lui aussi, en train de céder. Le BTP recrute (voir le lien), et les femmes y sont bienvenues. Elles sont déjà devenues championnes de bricolage, alors pourquoi pas devenir plombière, gruteuse ou canalisatrice quand TOUS les métiers leurs sont déjà ouverts ailleurs ?

C’est simple : nous (les femmes) nous sommes partout. Moi, j’ai de la chance : j’ai encore UN dentiste, UN jardinier et UN garagiste, preuve que les hommes existent encore. Et UN mari. Un peu dépassé parfois, comme la plupart des hommes de sa génération, par la prépondérance des femmes dans la vie professionnelle, économique et sociale. Et par celle des hommes d’aujourd’hui dans la vie domestique et familiale. Et par tant d’autres choses encore, qui nous déroutent.

Cela ne date pas tout à fait d’hier : en Suède, il y a trente ans, on voyait arriver les « hommes au foyer », suivis quelques temps après chez nous par les « nouveaux pères« . Il est vrai que depuis la fécondation in vitro, on se demande parfois à quoi ils servent encore, les hommes, sinon à flatter l’égo de leurs compagnes. Ce que montrait déjà assez bien Bertrand Blier (assez vulgairement tout de même) dans Calmos en 1976. Dur, dur d’être un homme aujourd’hui.

On ne peut pourtant rien reprocher à notre Education Nationale : les manuels à destination des enfants du primaire reproduisaient scrupuleusement, il n’y a pas longtemps encore, le schéma standard des familles d’antan où la mère s’occupe attentivement de ses enfants pendant que « papa travaille », au grand dam des mouvements féministes, revendiquant haut et fort le rôle inférieurimage de père de famille partant travailler toujours attribué aux femmes.

Les femmes travaillent d’abord par nécessité, et si le mariage n’est plus, et depuis fort longtemps, une situation, il n’a jamais été non plus une sinécure.

Elles ont donc tout lieu de se réjouir de leur liberté de s’asservir autrement que dans les tâches ménagères, devenues elles aussi une profession à part entière, normalement rémunérée (mais pas pour les maîtresses de maison, toujours corvéables à merci).

Quant aux hommes, ils n’ont plus guère de raison de s’en soucier (des femmes) : elles sont aujourd’hui totalement libres d’exercer le métier de leur choix, de procréer à leur convenance et, si toutefois elles se marient, de garder leur nom et de le transmettre à leurs enfants. Bémol : le législateur a tout de même laissé aux enfants la liberté de choisir le nom qu’ils porteront (ce qui laissera, on croit rêver, 14 possibilités à leurs descendants !)

Tout cela est bien compliqué au fond. Avant, c’est-à-dire il y a plus de 20 ans, tout était encore presque simple : une femme mariée était Mme Dupont née Durant. Les enfants issus du mariage portaient le nom de leur père, et ainsi de suite. Aujourd’hui, le nom du mari, mais également celui du père n’a tout simplement plus aucune importance.

Heureusement, nous avons Mme Badinter. Elisabeth Badinter, née Bleustein-Blanchet que j’ai d’abord découverte, me semble-t-il, à travers le livre de son père La Rage de convaincre (1970) puis dans son premier essai : L’amour en plus : histoire de l’amour maternel (XIIème siècle-XXème siècle) (1981) qui fut pour moi une révélation. Cinq en plus tard, elle nous livrait avec L’un EST l’autre (1986) un essai remarquable sur l’évolution des relations hommes/femmes, qui préfigurait parfaitement notre situation d’aujourd’hui et la mise en cause de nos identités.

Mais par-delà ses idées et la qualité de son discours, ce que j’ai toujours particulièrement apprécié chez elle est son adhésion au patronyme de son époux. Cela n’est pas anodin.

Pas facile d’être un homme, par les temps qui courent…..