Les grenouilles et le Président, une histoire française

Je n’ai rien à imaginer : Esope puis La Fontaine ont déjà tout dit de ce qui agite les peuples définitivement frustrés de ce qu’ils possèdent déjà. Mais je suis excédée  de voir et d’entendre traîné dans la boue, l’invective et jusqu’à la disgrâce le premier de nos citoyens, en charge de notre destinée de Français – fût-elle à présent réduite à seulement deux ans.

Sur ses épaules tombent toutes les calamités : la crise – mais nous sommes déjà « en crise » depuis maintenant 40 ans -, la chute des cours, la chute des corps, les calamités naturelles, industrielles, agricoles, alimentaires, sanitaires, culturelles, sociales, politiques  et judiciaires. C’est bien simple, tout ce qui en France est mauvais, jusques au temps qu’il fait (quand il n’est pas beau) : c’est la faute à Sarkozy.

C’est un peu court. C’est lassant. Et c’est injuste.

Depuis que  je vois passer des Présidents, soit depuis près de quarante ans, c’est tout de même la première fois que j’ai vu, en celui-ci, un homme capable d’aller chercher où elles étaient des compétences reconnues qui n’étaient pas, a priori, de son bord, ni de son clan.

Mais Grands Dieux ! Qu’a-t-il fait  !  Qui peut,  en France, considérer que la compétence puisse, en la matière,  surpasser l’esprit de chapelle ? Chacun d’y voir quelque tournure forcément suspecte, un pied de nez désobligeant à l’Opposition, en tous cas de sournoises manoeuvres. Rares, voire inexistants sont ceux qui trouvent dans la démarche une tentative louable de résoudre,  enfin, ce qui en ce vieux pays semble a priori  insoluble : la question vitale du changement, de l’adaptation dont toutes nos structures ont besoin.

Las ! Notre Président est tombé dès le premier soir sur l’écueil impardonnable  (pour la presse et autres medias) d’avoir fêté sa victoire ailleurs que dans son PC de campagne, au Fouquet’s de tous les pipoles. Il en a même « remis une couche » en préférant, pour ses premières vacances , la compagnie d’un autre Président universellement détesté au séjour balisé de Fort Brégançon. Enfin, il a conquis le coeur d’une des plus belles femmes de France,  de  surcroît « riche et célèbre ».

C’était décidément trop pour les grenouilles,  dont on ignore, au fond, ce qu’elles attendent.  Que tout change ?  Que tout redevienne au moins « comme avant »  ? Avant quoi ? Où est ce paradis perdu qu’aucune politique n’est capable de rendre ? On n’a jamais « rasé gratis ». Ceux qui en font la promesse, celle qu’ils essaient de  vendre à chaque élection, se gardent bien de dire qui en paiera le prix, puisqu’il sera payé par d’autres.

Plus de la moitié de notre pays  se gargarise déjà d’une victoire d’opposition aux régionales : mais quelle victoire ? Les régions sont DEJA dans l’opposition. Le rôle premier de l’opposition en ce pays est de s’opposer. Quoi qu’il en coûte.  Il ne s’agit pas de voter pour un programme (quand il y en a un), encore moins pour un candidat, mais d’abord CONTRE M. Sarkozy.

Triste tropisme, qui charrie sur les ondes et dans la presse l’incessante et pesante animosité de ceux qui les animent, réclamant à corps et à cris cet autre roi bien pire que  Jupin, dans la fable, leur envoie.

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Elections régionales : savoir pour quoi l’on vote, avant même de savoir pour qui !

Hôtel de région du Languedoc, par Ricardo Boffil
Hôtel de région du Languedoc, par Ricardo Boffil

Les élections, quelles qu’elles soient, sont toujours un moment privilégié et excitant dans nos démocraties. Cette mise aux enchères publiques de pouvoirs et de projets, c’est finalement nous, électeurs,  qui en serons les maîtres. Notre choix nous appartient. Ce n’est pas celui des partis qui, chacun à leur manière, mais rarement avec réserve ou modestie, essaient de capter ce vote que nous détenons.

Faut-il voter aveuglément pour un parti au prétexte qu’il nous représente ? Je n’en suis pas si sûre. Mieux vaut d’abord s’assurer qu’il ne nous a pas, déjà, trompé. Et dans le cas présent, dans nos régions.

Depuis 2004, elles appartiennent toutes (sauf deux) aux tenants de l’opposition. La majorité n’a donc plus rien à y perdre, puisque son pouvoir est ailleurs.

La première question qui doit se poser, me semble-t-il, à l’électeur -et c’est en tous les cas la mienne- est : que fait pour moi, pour nous, notre région, et à quel coût. Ce coût, c’est nous qui l’assumons, quasiment à tous les titres et à tous les niveaux, des impositions locales à la contribution de l’Etat (DGF). La seconde question est de considérer l’évolution même de ces dépenses au cours du dernier mandat, sachant qu’elles ont globalement plus que doublé (117 %) en 10 ans. La troisième enfin est d’étudier ce que les candidats  proposent, et surtout à quelles conditions.

Quels que soient les partis, c’est toujours avec l’argent des autres, le nôtre, que sont financés leurs projets. Quant au vote, n’en déplaise à ceux qui s’en abstiennent, il demeure pour le citoyen-payant,  à peu de choses près,  le seul moyen de contrôle, d’approbation ou de sanction des dépenses dont il fait les frais.

Elections européennes : voter, mais pour qui ?

Alors que la campagne pour les Européennes vient de s’ouvrir, je viens de perdre une heure à chercher (en vain) une liste de candidats à la fonction, enviée, de parlementaire européen dans ma région (Massif central, Centre). Démarche impossible.

Européenne par origine, par nature et même par vocation, je m’étonne de cette lacune qui suffirait, à elle seule, à décourager les meilleures volontés. Ainsi le site du Parlement européen, auquel renvoient la plupart des autres sur le sujet, ne fait état à ce jour, 14 mai, d’aucun candidat pour nos régions. A moins que je n’y aie rien compris.

L’Europe est pourtant bonne à prendre, l’Irlande en a su un temps quelque chose, qui bénéficia si largement de tant et tant de subventions. Comme tant de ceux qui, sans activité spécialement agreste ou même agricole, on reçu – c’est à présent chose publique– des aides qu’il serait opportun d’expliquer.

Nous n’aurons, à la fin du compte, que 72 députés français, soit 6 de moins que précédemment. J’ai cru comprendre que ma région en perdrait un. Mais  qui sera sur les affiches quelques jours avant le scrutin, pour l’instant, je n’en sais rien.

Voter, mais pour qui, sinon pour rien ?

Etats-Unis : et si le gagnant annoncé par les news media n’était pas celui des gens ?

Allez !, comme dirait Ali Baddou ; je me vais faire encore plus bête que je ne le suis : matraquée de toutes parts par une Obamania qui finit immanquablement par agacer, je m’interroge sur ce que je ferais si j’étais Américaine et si, la semaine prochaine, je devais voter.  Eh bien il est probable que, par esprit de contradiction et par rejet quasi allergique de ce qu’on voudrait m’imposer, je voterai pour celui que la presse s’acharne à « jouer » perdant. John Mc Cain.

Je ferais un rapprochement idiot entre l’âge moyen des traders et autres harponneurs de fonds, les milliers de millions de dollars qu’il a fallut, qu’il faut encore, derrière eux,  injecter dans l’Economie, les centaines de millions que les candidats injectent dans leur campagne pour gagner à leur cause l’homme de la rue qui ne dispose le plus souvent que d’un salaire et d’une maison, quand il l’a encore et que des crédits véreux ne l’on pas mis hors de chez lui.

Le budget des campagnes est gigantesque : celui de John Mc Cain atteindrait 400 millions, dont 84,6 millions de subvention fédérale. Mr Obama, qui a refusé d’emblée cette subvention, préférant le support direct de ses soutiens, en aurait tout de même collecté plus de 600.

source Wikicommons
source Wikicommons

Enfin, si je comprends l’ambition d’un homme jeune et brillant à mener les destinées de son pays (Mr Obama), je ne suis pas indifférente à celle, apparemment plus forte encore, de son épouse. j’admire peut-être davantage, question d’âge sans doute,  le courage  d’un homme très mûr, meurtri mais pourtant apaisé, qui m’apparaît  poussé par l’urgence du devoir et de l’honneur plus que par l’ambition d’un pouvoir qu’il détient déjà : M. Mc Cain est riche, très riche et pourrait couler des jours heureux et tranquilles sans se charger d’un tel fardeau.

L’Amérique d’aujourd’hui, qui  ne ressemble plus guère et depuis longtemps déjà à celle que j’ai connue sera pour son dirigeant une charge si considérable par tant d’aspects, si risquée aussi pour le reste du monde,  que seul un vieux cuir bien tanné mais de bonne résilience pourra y faire face, tout au moins pour quatre ans.