Schola Polytechnica delenda est

 

École Polytechnique : Pour la Patrie, pour les Sciences et pour la Gloire
École Polytechnique : Pour la Patrie, pour les Sciences et pour la Gloire

Les latinistes comprendront que « l’École Polytechnique doit être détruite », au même titre que tout ce qui, depuis deux ans, l’a déjà été ou est désormais en voie de l’être : la Justice, la Famille, la Santé et pour finir l’Education pour que soit mis enfin en place ce « Meilleur des Mondes » voulu par notre actuel Président.

Je me contenterai aujourd’hui de citer ici le propos que ce projet a inspiré à un ami polytechnicien, qui me l’a transmis. Pour information à mes quelques lecteurs.


« 
J’ai eu la chance de fréquenter les milieux universitaires français et étrangers, aussi bien en recherche fondamentale qu’appliquée au niveau international, de publier dans des revues américaines et européennes, de participer à des comités de lecture de congrès internationaux, et également d’enseigner à des étudiants d’école d’ingénieur. J’ai par ailleurs eu la grande chance de diriger des entreprises équipementiers de l’aéronautique, entreprises relevant du privé et non de l’État, dans des conditions parfois difficiles de relations sociales, de conflits ouvriers, de bilans dégradés, avec des réussites et des échecs, etc., en relation avec de grandes entreprises clientes publiques (Aérospatiale, Air France) et privées, Dassault essentiellement, mais aussi étrangères, privées et publiques.

Dans la plus grande partie des cas, ce n’est pas le carnet d’adresse qui m’a été utile, ni le « bottin » des anciens.  Il n’y a pas plus « vache » avec un polytechnicien qu’un autre polytechnicien… Non, j’ai profité plutôt de l’excellence de la formation que j’avais reçue, d’abord à l’École, puis pendant l’école d’application (Sup’aéro, option « moteurs »). J’étais au niveau de mes interlocuteurs…

C’est la raison pour laquelle je m’énerve un peu en voyant des technocrates nous donner des conseils en n’ayant aucune expérience de terrain, uniquement acquise au sein de cabinets ministériels. J’enrage de voir que certaines idées farfelues vont être mise en œuvre par un gouvernement qui hait la réussite et l’excellence.

Je suis entièrement d’accord pour dire qu‘il y a de bonnes idées dans le rapport Attali. Il semble cependant que ce ne soit pas celles qui sont sur le point d’être mises en place. Enfin je constate que le système Prépas-grandes écoles, notamment X, a depuis toujours été la cible des attaques des gens jaloux de ses grandes réussites. Les échecs de Concorde ou du plan calcul ne doivent pas masquer les grandes réussites au cœur desquelles se trouvaient des ingénieurs issus de ce système. Réussite qu’un certain nombre de pays étran gers nous envient et que passent sous silence les « informations de la presse, forcément réductrices ». Vous les connaissez comme moi, il est donc inutiles des les citer tant elles sont nombreuses.

Je terminerai, cher camarade, en disant que ma réaction n’est pas à chaud, car cela fait des années que l’on nous présente des plans de réforme de l’École plus ou moins sérieux. C’était au fond pour moi une occasion, au sein de notre sympathique petit groupe, de présenter, de façon lapidaire je le reconnais, des idées qui sont les miennes depuis longtemps (mais guère dans l’air du temps). J’ai même participé à l’époque à la réforme des corps d’État faite par A. Guillaumat, qui regroupait tous les corps militaires.

Je rappelle donc les conditions qui me semblent indispensables pour une future évolution de notre École : que soit maintenu le niveau du recrutement, conservée la liberté de manœuvre du choix des enseignants (Oh ! que je crains les commissions CNU, noyautées par les syndicats politisés) et préservé un budget.

Enfin j’y rajouterai la clôture des élèves pendant deux ans. Cette obligation de vivre en vase fermé n’a jamais été une contrainte insupportable, on faisait le mur. Elle n’empêchait pas les instincts de jeunes de s’épanouir. Mais la vie en commun façonnait des élèves sous le regard d’une tradition deux fois centenaire. La devise de notre École fait peut-être sourire aujourd’hui, mais on y a appris le sens de l’honneur et un enrichissement culturel bien au delà de la formation scientifique proprement dite. Le statut militaire n’y était pas pour rien ! En outre, et je cite Bourion : « La conservation de son statut militaire est une garantie que les élèves sans ressources, mais brillants, puissent intégrer car ils n’auront pas à supporter de frais de scolarité. »

La jupe d’Adjani: plaidoyer ET réquisitoire pour l’Enseignement français laïque ET obligatoire

lyceens_kati1 (wikicommons)
Classe de lycéens à Kati (Mali) en 2005

Cette « Journée de la jupe » présentée hier soir par ARTE sera je suppose partie droit au coeur de nombreux enseignants, trop souvent nommés « profs » et dénués dès lors, de tout de le poids légitime de leur fonction.

Une classe comme celle-ci, au Mali, les ferait rêver, quand certains, trop d’entre eux cauchemardent aujourd’hui à l’idée de se présenter devant des individus instables et déchaînés dans des lycées qui ne sont pas seulement de banlieues ou de « cités ».

Pour ma part, je salue cette entreprise téméraire. Téméraire, parce qu’elle montre sans aucun doute UNE réalité. Qui ne satisfait a priori que les medias, toujours  si prompts à s’en emparer et à lancer sur le sujet de pieux débats.

Tous les thèmes du malaise social sont abordés ici, avec vigueur, avec excès, mais toujours sur le registre du plausible. Ce qui se passe entre les murs , Laurent Cantet venait de le montrer. Mais les élèves étaient plus jeunes. Ici, ce sont des hommes, déjà, ou presque.

J’avoue n’avoir pas vu en Isabelle Adjani l’actrice mûrie qu’elle est devenue, c’est notre sort à tous, mais la conviction de ce qu’elle représente, à l’instar d’autres  personnalités en vue ou non  issues comme elle d’une immigration extra-européenne, d’efforts, de patience, de contrainte pour parvenir à cet état souverain de citoyen libre,  assumé et autonome.

Certains se gausseront d’une idée qui paraît aujourd’hui dérisoire : la jupe. Sans doute pas tous ceux qu’inquiète le poids des cultures sur le sort de tant de jeunes filles et qui se démènent pour y remédier.

Quant à la violence qui règne, elle fait la une des quotidiens et n’est, malheureusement, pas près de cesser. Molière n’y pourra pas grand chose. Mais le port d’uniforme dans les écoles pourrait peut-être, comme on l’a retrouvé il y a quelques années dans le Bronx et à Manhattan, et comme c’est l’usage un peu partout ailleurs, contribuer à calmer le jeu.