Les douceurs de Monsieur Schmitt

M. Eric-Emmanuel Schmitt n’a sans doute pas besoin de publicité, même si, très incidemment, je cours ainsi lui en faire. Mais voilà, il m’a fait passer un moment délicieux, ce qui vaut bien qu’on le signale quand tout s’agite autour de nous. Il nous mène si loin des turpitudes humaines, même dans le crime quand celui-ci ne mène, au fond, qu’à un juste retour des choses. Il y a tant de subtilité dans sa perception des êtres, qu’il sait présenter si divers, et si souvent empreints de bonté. Il nous fait aborder aux rives d’un monde éthéré, où les troubles s’enveloppent presque naturellement d’une ouate légère où s’émoussent les chocs les plus ressentis. La vieillesse, la mort, le regret ou le soupçon qu’il nous raconte, et comme il le raconte bien, lui qui n’a pas cinquante ans !, y deviennent si doux et les pleurs si légers, qu’il semble nous porter sans crainte vers ces ténèbres lumineux qui nous attendent, au bout de notre propre chemin.

J’aurai probablement très vite oublié son livre, comme la petite centaine que « j’avale » chaque année. De quoi se souvient-on vraiment en littérature ? La poésie ne se conserve que dans son intégrité, mais la littérature ? Quelques phrases, parcequ’elles ont été fort signalées : Toute ma vie je me suis levé de bonne heure et une atmosphère, le vécu de certains personnages, une nourriture, une liberté, une science parfois qu’on a trouvées là et qui restent à jamais gravés dans nos mémoires, au degré personnel de notre histoire. Mais sa rêveuse d’Ostende, cette femme-là, non, je ne l’oublierai pas.