Méditerranée : et si les trafiquants d'exilés étaient aussi ceux qui provoquent leur exil ?

photo L'Express
photo L’Express

Des hommes que nous ne connaissons pas sont en train de surpasser l’horreur passée en mettant à profit (et quel profit!) la disparition orchestrée de milliers de familles fuyant leurs pays en guerre : Ces hommes leur font payer le prix de leur billet pour l’enfer, qu’ils en réchappent (ou non) grâce à la bienveillance de l’Europe. Cette nouvelle forme de trafic auquel on n’ose donner le nom d’holocauste fait honte à toute l’Humanité.

Mais qu’il y-t-il au fond de plus pervers ? Supprimer des individus a priori innocents, leur en faire payer le prix d’avance ou bien encore, pour ceux qui devraient assurer la sécurité des personnes et des biens, de laisser passer ces convois qui devraient pourtant être connus et pour le moins soupçonnés ? Le pire n’est-il pas encore que les candidats à l’exil ne trouvent aucune autre solution ?

Qui sont ceux qui « touchent » pour se taire, ignorer, mentir et finalement permettre tant d’horreurs ?

Il y a de la corruption dans l’air que nous respirons, et elle se rapproche lamentablement de nous à ce qu’il semble. Comment expliquer autrement que des navires soient parfaitement identifiés, que leurs itinéraires soient connus (même s’ils sont faux) et que nul n’ait eu connaissance d’embarquements de centaines d’hommes, de femmes et d’enfants sur ces cargos destinés à des marchandises ? Se pourrait-il que ce soient ceux-là même qui prétendent instaurer l’ordre perverti d’un Islam dévoyé sur des pays dont ils sont en train, dans l’horreur la plus absolue, de balayer toutes les traces de leurs si brillantes civilisations. Nous savons aujourd’hui de quoi ils sont capables et quels sont leurs moyens.

Il ne s’agit pas seulement, aujourd’hui,  de se lamenter sur une immigration devenue incontrôlable, mais surtout d’en contrôler les dérives : Les « vrais » réfugiés de pays en guerre n’auraient-ils donc d’autres ressources que de se livrer si chèrement aux trafiquants d’hommes, quels qu’ils soient  ?

C’est une question dont j’ignore la réponse.

Les pitoyables enjeux politico/médiatiques d'une libération : après Ingrid (Betancourt), Florence (Cassez)

Florence Cassez libre, en France
Florence Cassez libre, en France

Depuis hier soir, la foire médiatique est lancée « sur » (pour ne pas dire contre), cette belle Florence Cassez qui, à l’instar d’Ingrid Betancourt (quoique dans de toutes autres circonstances) vient de passer 7 ans de réclusion en terre inhospitalière, c’est bien le moins que l’on puisse dire, si le Mexique est bien ce qu’on en dit.

Je fais partie de ceux qui ont suivi de près les terribles années vécues par l’une et l’autre. J’ai, surtout, lu avec beaucoup d’attention le récit  ô combien émouvant que nous avait livré Mme Betancourt quelques temps après sa libération et, si j’ignore encore ce qu’a pu endurer Melle Cassez, j’imagine assez bien que la pudeur extrême d’Ingrid a couvert bien au-delà du réel ce qu’elle a pu subir pendant sa détention. Une prison mexicaine ne doit, d’ailleurs, pas être très joyeuse non plus.

Quoiqu’il en soit, et dans les deux cas, mon regretté ex-Président (car je n’ai aucune honte à le dire) a mis en oeuvre dès qu’il l’a pu – au risque assumé d’une rupture diplomatique, tous ses moyens pour parvenir à une issue heureuse. Je ne méjuge pas de l’action de l’actuel Président, élu du peuple de France, mais son rejet systématique de toute action antérieure à la sienne a quelque chose de nauséeux, eu égard au changement si récent de présidence (mexicaine) et de certains juges appelés à s’exprimer.

Le cirque médiatique, toujours favorable au dernier Président élu (comme il avait été opposé au précédent) voudrait occulter certaines vérités. Gageons que c’est à tort.  Nous sommes pas un peuple sans mémoire. Et le bruit feutré du mensonge devient maintenant complètement assourdissant.

Corruption : fruit des vanités, rançon de l’oppression étatique et produit de la pauvreté

corrupt (wkcommons)Les célébrations de Berlin, le 9 novembre, ont largement éclipsé l’ouverture de la conférence de Doha qui commençait le même jour.  Du moins l’opportunité aura-t-elle été donnée au plus grand nombre de connaître un des aspects les plus malfaisants des états totalitaires largement évoqués ici : la corruption de leurs élites et ses conséquences pour leurs pays et pour leurs peuples ravagés.

J’ai en mémoire le très beau livre de Tahar Ben Jelloun, « L’homme rompu » (Seuil, 1994) qui décrit admirablement le processus insidieux par lequel un honnête homme en vient à céder à un corrupteur. Car voilà bien ce qui oppose : il n’y a pas de corrompu sans corrupteur. Cela n’est pourtant pas si simple. Tout semble reposer en fait sur l’adage cité par Kant : « Tout homme a son prix »  dont le seul énoncé,  en l’absence de Morale,   fixe  toutes les règles de la vie civile et sociale dans la perversité.

Le premier constat, en matière de corruption, est qu’il sévit en priorité dans les pays les moins prospères, mais aussi les moins libéraux.

Dans les pseudo démocraties où les « élections », truquées, ne visent qu’à reconduire quasiment à vie un potentat vaniteux, seule sa « nomenclature » bénéficie de conditions de vie ostentatoires, le plus  souvent issues d’aides internationales ou de juteux contrats habilement détournés.

Aujourd’hui, suivant les estimation de la Banque mondiale,  la corruption coûterait de 20 à 40 milliards de dollars aux  « pays en développement« . On se plaît à rêver à tout ce qui pourrait se réaliser d’indispensable, de nécessaire ou simplement d’utile pour leurs habitants délaissés, de plus en plus nombreux à ne penser qu’à l’exil.

 

 

Stieg Larson : « Millenium » ou la fascination du Mal

Les critiques se sont abondamment chargés de commenter ce « pavé » auquel j’ai moi-même fini par « succomber », comme je succombe depuis cinquante ans à ce « vice impuni, la lecture »…..Mais j’en ai gardé un goût amer et, en quelque sorte, de temps perdu.

M. Larson nous a livré là une oeuvre unique, intense et passablement cynique dont on peine à croire, non seulement qu’elle est réellement fictive, mais encore qu’elle ne lui fut pas tout bonnement fatale.

M. Larson était journaliste. Comme Carl Bernstein et Bob Woodward, qui sans aucun doute l’ont inspiré, même si son Millenium a peu à voir avec le Washington Post, et les crapuleries suédoises qu’il y dénonce avec le Watergate.

Il semble même que ses personnages soient assez largement inspirés de ces héros de séries américaines récurrentes qui envahissent avec succès les écrans de tous les téléviseurs.

Les « affaires » d’argent sont souvent sordides, et l’investigation requise par l’enquêteur pour les déjouer (sans pour autant qu’une morale y soit implicitement revendiquée) le met souvent face à de véritables horreurs, tant morales que physiques. M. Larson se complaît ici à les décrire avec minutie, en vertu semble-t-il d’une évidente fascination.

Cette fascination du Mal n’a rien de nouveau, qui date de l’humanité. Mais son étalage, lui, est récent. La multiplication des media de communication nous l’inflige à longueur de temps sur les écrans, les ondes, les éventaires, les lieux d’exposition. La pornographie la plus abjecte est accessible à qui veut la trouver. Les photographes de presse nous repaissent d’images infâmes et inutiles qui banalisent ce mal qu’ils prétendent dénoncer. La littérature s’en était depuis fort longtemps emparée, mais du moins servait-elle incidemment à valoriser la Vertu.

La société que M. Larson nous dépeint ressemble à ce que pourrait être la nôtre si elle devait se conformer aux préceptes d’un Michel Onfray, détracteur inlassable de la pratique religieuse et guru patenté de ses contempteurs. Une société centrée sur la seule satisfaction du soi, libre et seul au sein de la multitude. Une société sans partage, sans âme, sans joie. Où tout est permis, sans limite. Une société où, paradoxalement, tout est mis en oeuvre pour culpabiliser ceux et celles qui ne se conformeraient pas aux usages d’une morale compassionnelle et mercantile, trop prosaïquement rédemptrice.

C’est donc avec stupeur que j’ai trouvé, dans le dernier numéro de Croire, un avis plutôt favorable à s’y plonger, car les eaux de ce Millenium sont troubles, et, pour un chrétien, vraiment troublantes.