Les pitoyables enjeux politico/médiatiques d'une libération : après Ingrid (Betancourt), Florence (Cassez)

Florence Cassez libre, en France
Florence Cassez libre, en France

Depuis hier soir, la foire médiatique est lancée « sur » (pour ne pas dire contre), cette belle Florence Cassez qui, à l’instar d’Ingrid Betancourt (quoique dans de toutes autres circonstances) vient de passer 7 ans de réclusion en terre inhospitalière, c’est bien le moins que l’on puisse dire, si le Mexique est bien ce qu’on en dit.

Je fais partie de ceux qui ont suivi de près les terribles années vécues par l’une et l’autre. J’ai, surtout, lu avec beaucoup d’attention le récit  ô combien émouvant que nous avait livré Mme Betancourt quelques temps après sa libération et, si j’ignore encore ce qu’a pu endurer Melle Cassez, j’imagine assez bien que la pudeur extrême d’Ingrid a couvert bien au-delà du réel ce qu’elle a pu subir pendant sa détention. Une prison mexicaine ne doit, d’ailleurs, pas être très joyeuse non plus.

Quoiqu’il en soit, et dans les deux cas, mon regretté ex-Président (car je n’ai aucune honte à le dire) a mis en oeuvre dès qu’il l’a pu – au risque assumé d’une rupture diplomatique, tous ses moyens pour parvenir à une issue heureuse. Je ne méjuge pas de l’action de l’actuel Président, élu du peuple de France, mais son rejet systématique de toute action antérieure à la sienne a quelque chose de nauséeux, eu égard au changement si récent de présidence (mexicaine) et de certains juges appelés à s’exprimer.

Le cirque médiatique, toujours favorable au dernier Président élu (comme il avait été opposé au précédent) voudrait occulter certaines vérités. Gageons que c’est à tort.  Nous sommes pas un peuple sans mémoire. Et le bruit feutré du mensonge devient maintenant complètement assourdissant.

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Otages (suite) : face à la terreur, le secret et l’action supplantent toute négociation

C’était en avril dernier : j’avais été « agacée » par le matraquage médiatique autour de Mme Bétancourt, dont je pensais alors qu’il était excessif et nuisible peut-être à sa libération ; il est vrai que l’on disait un peu n’importe quoi. Sa propre mère avait dû rectifier le tir quant à la mort, quasiment annoncée, de sa fille.

A la surprise générale, et au grand dam sans doute de certains medias qui n’ont pu relater les faits qu’après coup, l’armée colombienne a réalisé ce que M. de Villepin avait rêvé de faire il y a 5 ans déjà et dont (pour cause d’échec) « on » s’était, ici et là, abondamment gaussé : une intervention digne de Mister Bond, qualifiée par Ingrid Betancourt elle-même d’impeccable, c’est-à-dire, rappelons-le, sans faute.

Si le secret avait été éventé, la situation ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui, ni même d’ailleurs ce qu’elle fut en 2003. Sans doute aurions nous assisté (en direct ?) à un « baroud d’honneur » de terroristes plus ou moins piégés et aux représailles terribles qu’ils n’auraient pas manqué d’exercer sur les centaines d’otages encore prisonniers de leur jungle.

Certes, l’expression publique, la volonté affichée de résoudre cette tragique affaire et la relation permanente des efforts mis en oeuvre, tant en France que dans d’autres pays, auront à terme infléchi la décision finale du Président Uribe : mais nous n’avons pas à connaître (l’histoire le dira) ce qui s’est concocté dans les diverses chancelleries. C’est en tout cas dans le plus grand secret que l’intervention a été préparée puis menée, et qu’elle a (magnifiquement) réussi. Dommage qu’il ait fallu tant d’années pour en arriver là. Mais enfin, mieux vaut tard que jamais.

Otages : terreur, corruption, misère et mensonge

J’ai assisté comme tant d’autres aux interventions médiatisées des enfants de Mme Betancourt et de M. Delloye, son ex-époux depuis 1990. (Il m’a d’ailleurs paru étrange sinon suspect qu’on évoque, convoque ou consulte si peu son mari, Juan-Carlos Lecompte).

Dès l’été 2003, M. de Villepin avait tenté, à la demande de la famille, une opération d’exfiltrage qui s’avéra désastreuse pour la diplomatie mais non pour la presse brésilienne avide d’éventer un secret, puis celle du monde entier qui renchérit. Le cours de l’otage s’est sans doute, dès lors, cruellement élevé. Et la Colombie compte aujourdh’ui encore près de 3000 otages. 3000 otages de la terreur.

Les valeurs d’humanité, l’émotion primaire qui animent la plupart des gens ordinaires n’ont déjà plus de sens pour les simples preneurs d’otages, que dire quand ils sont de surcroît soldats de terreur ! Dans ces conditions, à quoi peuvent servir de tels déballages, fussent-ils aussi compassionels, sinon à faire monter l’enchère ?

Négocier quoi que ce soit dans les chemins de traverse requiert me semble-t-il le plus grand secret. Et dès lors qu’il s’agit de vies humaines, il appartient aux gens de presse de le respecter. Mais c’est déjà un autre sujet, où les opinions ne sont pas étrangères.

Il est à craindre que Mme Betancourt ne revienne, si elle revient, totalement brisée.

Elle avait vécu dans le luxe à Bogota avant de découvrir, par la politique et son engagement, la misère colombienne. Corruption, guerilla, indigence du peuple, représailles. Cette misère, c’est à l’occasion de son enlèvement que son époux Juan-Carlos Lecompte l’a découverte à son tour, comme il le confiait en 2005 à La Croix ,avant de rejoindre la France, où il s’est lui aussi, engagé.

Les farcs quant à elles revendiquent aujourd’hui leur implantation dans presque tous les territoires sud-américains. Leur action est soutenue par certains courants de pensée et la baisse du dollar ne risque guère d’infléchir le cours ni le circuit des narcotiques qui fournissent leurs armes aux guerillas, aux terroristes et leur déchéance à tous les drogués, autres otages d’un monde sans foi, sans partage et sans espérance, un monde qui n’enchante plus.

Nous sommes devenus otages de la surenchère médiatique qui nous transporte en quelques instants d’un bout à l’autre le la planète et d’une de ses urgences à l’autre, souvent sans contrôle ni discernement.

Jean-Pierre Elkabach évoquait dans La Croix du 11-12 avril la création d’un comité d’éthique dans la station radio qu’il dirige, Europe 1, pour éviter cette surenchère et l’exploitation quasi systèmatique des rumeurs de tous ordres, le plus souvent délétères, diffusées sur internet et reprises par certains medias et organes de presse. Ce fut le cas du triste SMS adressé à notre Président, qui valut l’indignation salutaire de Jean Daniel vis-à-vis de son propre journal. Ce fut le cas pour Mme Betancourt elle-même. Quel bon sujet ! En matière de presse, l’investigation effective devrait être la règle.

Dans une très récente interview télévisée, la mère de Mme Betancourt indiquait que la santé de sa fille n’était pas ce qu’on en avait annoncé. Qu’elle était faible, certes, mais pas à l’article de la mort, et certainement pas suicidaire.

Nous pouvons prier pour que soient libérés TOUS les otages, car la Liberté et l’intégrité de la personne sont les premières valeurs humaines. Mais nous devrions prier aussi pour que les actions menées par les autorités responsables le soient dans le silence et la discrétion sans lesquels aucun succès n’est possible.

Dans ce domaine comme dans bien d’autres, il importe de veiller à ne pas devenir otages du mensonge. C’est toujours sur le mensonge que sont fondées les manipulations, et sur les manipulations les dictatures.