Revoir "La vie des autres" et feu Ulrich Mühe

Ministère de la sûreté de l'Etat est-allemand
Emblème du Ministère de la sûreté de l’Etat Est-allemand (avant 1989)

Il y a des pendules qu’il convient de remettre régulièrement à l’heure, surtout quand se propagent  ces haines recuites vis-à-vis   des régimes libéraux, de leurs politiques d’ouverture, de ce que certains nostalgiques d’enfers qu’ils n’ont pas connu qualifient arbitrairement et sans même y réfléchir d’ultra-libéralisme, de mondialisation sauvage ou, assez anciennement d’ailleurs, d’horreur économique. Ce film plus que d’autres y contribue.

Il devrait  laisser songeurs ceux qui, dans notre beau pays rêvent encore d’un « grand soir » qui ne serait pour eux qu’une orgie de terreur pour tous leurs opposants. Ce qu’ont vécu les Allemands de l’Est, de 1945 à 1989 est probablement pire encore que ce que connurent les Soviétiques  à la même période et surtout vers la fin. On ne plaisantait pas sous Honecker, alors que « Gorby » annonçait déjà le changement. Les Tchèques et les Hongrois n’eurent vraiment rien à leur envier comme nous le rappelait dernièrement Michel Guenassia dans cette « Vie rêvée d’Ernesto G. » en Tchékoslovaquie (mais bien d’autres avant lui)

Sans doute les moins de trente ans n’ont-ils même pas connu le Mur et ce qu’il cachait de souffrances, pour ceux qui avaient le malheur de regarder à l’Ouest, de rêver simplement d’une vie qui ne serait sans cesse épiée et dénoncée par leurs voisins. De ce point de vue, le rôle d‘Ulrich Mühe est vraiment grandiose ici : sa transformation subtile, au fur et à mesure que cet irréprochable fonctionnaire de la Sûreté gagne en ‘humanité en découvrant,  à la faveur de ses écoutes tous les possibles qui peuvent jaillir de l’amour, de la réflexion et de la liberté.  Fasciné par la belle Christina, on le devine horrifié par la convoitise de son ministre avant de le voir peu à peu perdre toute certitude et progressivement se tasser, rétrécir jusqu’à devenir ce personnage quasi transparent qui, pour avoir trahi, n’est plus rien après avoir tant été. Pire, qui n’a plus envie, des années de liberté plus tard, de redevenir qui que ce soit,  définitivement broyé par le système qu’il avait si bien servi.

 

A Berlin pour franchir LES MURS

Eglise de Jérusalem, Berlin
"Over the Walls" à Berlin

En ce temps anniversaire de la Chute du Mur de Berlin, célébrée dans le monde entier, on ne soulignera jamais assez le rôle qu’ont alors joué  deux églises chrétiennes pour contribuer à sa destruction. C’est dans une autre église que vont se réunir 300 jeunes gens de toute l’Europe pour évoquer à cette occasion tous ceux qui subsistent encore.

On peut penser que 300, ce n’est pas beaucoup, mais il suffit de quelques uns pour mener à bien n’importe quelle entreprise, lutte ou combat. Ici il s’agit de paix, de fraternité, si difficiles à instaurer.

L’excellent documentaire de Patrick Rotman, présenté cette semaine sur France 2 démontre par les faits à ceux qui en douteraient encore la monstruosité d’un système totalitaire qui nie les fondements de la condition humaine et a qui a représenté, tout comme d’autres systèmes aujourd’hui encore, une menace pour l’Humanité. Il y avait alors « le monde libre« , le nôtre, qui s’opposait à l’autre, retranché derrière ce Mur et bien au-delà.

Les frontières  du monde libre ont changé, mais pour beaucoup, le Mur reste dans les têtes, comme le montre un reportage de Romain Clément. La soumission subie par une génération était assortie de certains avantages que ne garantissent jamais la prise en charge de soi-même, condition première de la liberté,  et que la génération suivante,  née hors du Mur,  semble tant regretter aujourd’hui. Car la liberté  sans apprentissage n’engendre bien souvent  qu’égoïsme,   rejet ou abandon.