Charité, communication et bureaucratie

Novembre est un mois de campagne pour la plupart des organisations charitables, à commencer par l’Eglise elle-même et la communication représente aujourd’hui ces « fourches caudines » sous lesquelles elles sont bien obligées de passer puisque, dans le vacarme médiatique, il faut bien essayer de se faire entendre.

Je ne reviendrai pas sur l’aspect financier que cela représente, il fait partie de l’ensemble, et il est nécessaire.

Pour autant, communiquer signifie d’abord atteindre, et en premier lieu, les parties prenantes. Celles qui mettent en oeuvre ce qui est annoncé. Encore faut-il pouvoir les joindre, au bon endroit.

bureau (wikicommons)Mettre à jour les fichiers d’adresses, de personnes relève d’une bureaucratie que la plupart de ces associations (et pas seulement)  négligent, ce qui devient, à terme non seulement coûteux mais plus encore frustrant, voire décourageant pour ceux, les bénévoles, qui « font le boulot » et que les « bureaucrates » semblent ne pas entendre.

Il en est ainsi, dans ma région,  du site du Secours Catholique de Haute-Vienne, où des antennes locales ont changé de lieux, de personnes  mais dont les coordonnées,  largement signalées par ailleurs, n’ont jamais été modifiées. Les visiteurs, usagers ou partenaires pressés tombent invariablement sur des données périmées et inexploitables.

Quant à la Banque Alimentaire locale, qui malgré plusieurs interventions, ne parvient pas encore à adresser ses courriers au bon endroit, elle peine à prendre en compte le travail accompli par certaine association* qu’elle invite à participer à la prochaine campagne, alors même qu’elle est, depuis longtemps,  une des plus actives en cet endroit où elle recrute et déploie de nombreux bénévoles.

Faire fonctionner les associations est un enjeu que j’ai maintes fois évoqué ici. Sans doute certains responsables salariés de ces associations  sont-ils comme ailleurs « débordés ». Sans doute encore la « Charité » est-elle plus ou moins devenue un « business » comme un autre : il serait temps, peut-être, d’en rentabiliser les coûts. Par égard pour les bénévoles, mais surtout pour les donateurs que sans cesse on sollicite et qui sont la manne des fonds caritatifs.

*plus de 2 tonnes d’aliments collectées à Nexon pour la campagne 2008 par les bénévoles du Secours Catholique et la Croix Rouge

 

 

 

Petits et grands profits du travail bénévole

Je m’étais intéressée,  il y a déjà plusieurs années, à cette « manne économique » que représente le travail bénévole des retraités. Des études sérieuses ont été faites sur le sujet, qui sont je crois assez éloquentes : en 2002, le poids de l’activité bénévole représentait près de 820.000 emplois (équivalents temps plein) comme on peut le lire dans le rapport de Lionel  Prouteau (« La mesure et la valorisation du bénévolat », Colloque Addès, juin 2006)

Actifs ou retraités, nous sommes tous,  ou presque,  des travailleurs bénévoles, puisque c’est ainsi que l’on qualifie ce que l’on fait pour d’autres, au gré de notre « bon vouloir » comme l’indique le terme lui-même.  Un bon vouloir qui en principe n’attend rien en retour de ce don de soi-même, cette aide et ce partage nourris d’échanges, de sollicitude ou de compassion selon l’objet de la mission  et la fonction du « donateur ». Un bon vouloir qui est (ou devient) parfois pour certains un travail  à temps plein et une  aubaine pour ceux qui l’utilisent sans le moindre débours.

Cette manne assez considérable permet le fonctionnement d’une majorité d’associations voire d’organisations qui ne sont pas toutes, tant s’en faut, charitables et qui,  sans la gratuité du travail bénévole, ne pourraient tout simplement exister.

Dans un monde régi par l’argent, on ne peut donc que s’en réjouir. Pour autant,  l’argent  semble plus facile à trouver que le temps. Dès lors qu’ils sont sollicités pour une « bonne cause », la plupart des gens se font donateurs – mais pas forcément bénévoles-, même si, en temps de crise, leurs budgets se restreignent,  comme le redoutent la plupart des associations. Celles-ci  n’hésitent plus,  d’ailleurs,  à recourir aux méthodes des entreprises, en « recrutant » des donateurs, tout autant que des bénévoles,  à l’aide de personnels ….rémunérés.

Dans ce qui est devenu aujourd’hui un véritable « marché solidaire », on ne peut que louer l’abnégation,  le mérite mais aussi la  valeur de ceux qui donnent, de l’argent ou d’eux-mêmes, sans  intérêt ou, au plus, celui d’une simple reconnaissance, voire d’un statut qui n’ôtent rien à la générosité de leur démarche. Car c’est bien là une valeur considérable, qui permet de générer des profits qui, d’une façon ou d’une autre, se répartissent. Même si ce n’est pas toujours vers les plus nécessiteux.

Les « Habits neufs » du Secours Catholique

Simon Leys me pardonnera je l’espère un titre un peu tapageur, compte tenu de ce qu’il évoque, car il n’y a certes ici aucun tapage à annoncer.

Une remise en ordre peut-être. Et à l’heure où le seul mot de « Catholique » finit, dans un déplorable amalgame, par  être plutôt stipendié, il me semble opportun de donner de l’écho à cette mission concrètement charitable, ancrée tout à la fois dans la réalité politique et sociale et dans celle, infiniment ouverte et tolérante, du message ecclésial d’amour du prochain.

Une mission redéfinie depuis un an par son Président, François Soulage et qu’il a dernièrement, dans  mon journal préféré, fort bien rappelée.

La très large part qu’y prennent nombre de personnes de mon entourage m’y invite aussi, car il semble que, bien trop souvent encore, la notion de charité chrétienne demeure assez obscure pour tout un chacun. La définition d’un bénévole me semble de ce point de vue appropriée : « la charité chrétienne, c’est l’amour de Dieu en action« . L’action ne concerne évidemment pas, ici, la seule aide matérielle ou morale  généralement offerte à chaque personne brisée, mais bien, et c’est là toute la différence, la recherche, en lui, de son humanité.

On a longtemps considéré, et c’est encore le cas dans certaines provinces, que l’oeuvre charitable émanant de  bonnes personnes ne s’adressait d’abord qu’à leurs protégés, jugés par elles dignes de recevoir leur aide et, parfois, leur attention. De ce point de vue, les catholiques ne sont plus,  et depuis bien longtemps, ce qu’ils étaient. Sans doute trouve-t-on encore chez certains intégristes de tels ouvroirs et de  tels censeurs. Je renvoie mes lecteurs au poids de souffrance que ceux-ci infligent encore à notre Eglise.

Le bénévoles du secours catholique, aujourd’hui, sont gens de tous âges, origines et conditions. Ils ont pour mission première de chercher, jusque dans le dernier des exclus, le rebut, le barbare de notre société cette lumière souvent aveugle qui subsiste  chez certains d’entre eux, ce fil ténu qui les relie encore à leur nom d’Homme, dans un monde qu’ils ont rejeté ou qui les a bannis.

C’est donc bien au-delà de l’aide matérielle, souvent substantielle qu’on accorde en général aux malheureux,  que se situe la mission des bénévoles du Secours Catholique.  La nécessité de cette aide leur est dans la plupart des cas signalée par les services sociaux  qui en jugent sur d’autres critères. Il en faut. Tout autant que, budget oblige, il faut pour ces services que la morale s’en mêle. Celle d’une justification. D’un seuil social de pauvreté.  Hors de ce cadre, toutes les charités sont bienvenues, qui donnent. Mais la détresse, pour un catholique, se mesure aussi sur d’autres critères que ceux  de budgets ou de dons requis.

Il y a, face à la Misère, quelque chose d’autiste, un double regard qui fuit.

Grâce soit donc rendue ici à tous ceux qui ont cet élan, ce courage, cette Foi qui leur permet d’aller vers ces gens de la rue, dont j’ai déjà parlé ici,  les plus meurtris, les plus repoussants de cette lie humaine qui nous afflige,  nous indigne ou nous questionne et qui le plus souvent  rejette une aide jugée par d’autres nécessaire.

Grâce  leur soit rendue ici de regarder les pires d’entre eux,  de chercher dans ces visages, ces discours fracassés la trace de ce qu’ils ont été, qu’ils n’ont pourtant pas cessé d’être, ailleurs, ici : ceux de tous les hommes, universels enfants de Dieu.

Associations : tant de richesse humaine à partager

Je ne parlerai pas ici de ces grandes enseignes, réputées d’utilité publique qui jouent pour la plupart un rôle considérable à tous les échelons de notre société, mais de celles, bien plus modestes, qui regroupent très localement des gens de tous âges et de tous horizons qui,  sans elles,  ne se seraient jamais rencontrés.

L’isolement, la solitude ne sont pas que des marronniers de l’info, mais bien une question permanente à laquelle chacun de nous  est un jour confronté.

Il n’est pourtant pas un village en France, pas  un quartier, qui ne dispose au moins d’un  lieu de rencontres et de groupes d’activités. On trouve dans le sport, la musique, le patrimoine, la religion, la tradition, le voyage, l’art culinaire, le jardinage, les beaux-arts et les belles lettres autant de sujets d’intérêt et,  chaque fois,  des gens à rencontrer.

Cela ne s’est pas fait sans rien, mais par l’initiative de quelques-uns qui souvent se démènent pour lancer un projet, le financer, le mettre en place, l’accompagner. L’offre abonde aujourd’hui, même au fond des campagnes, de  manifestations très variées, montées par toutes ces associations. La concurrence est rude,  et l’effort requis par leurs acteurs pour chaque mise en oeuvre  pas toujours récompensé à hauteur du travail fourni. Mais qu’importe à la fin : ce qui compte, et ce qu’en retiennent les membres n’est au fond que ce qui  les a, pour un temps, rassemblés.

Je tiens à saluer ici, et c’est le seul objet de ce billet, tous ceux qui fidèlement, depuis parfois bien des années, participent, adhèrent à ces associations de créateurs bénévoles qui soutiennent, animent et encouragent autant de projets,  pour tant de joie et de richesse humaine  à partager.