Grande rétrospective et fin d’illusion : Chirico à Paris, Palais de Tokyo

Je ne me souvenais  que de quelques oeuvres de Chirico, les plus caractéristiques sans doute de son époque surréaliste qu’il avait pourtant précédée,  mais ignorais au fond à peu près tout de son oeuvre ou l’avais du moins oublié, depuis mes vingt ans à la chute de ce même Mouvement.

Palais de Tokyo (MAM de la ville de Paris)
Palais de Tokyo (MAM de la ville de Paris)

Un quart de siècle que l’on avait pas réuni autant d’oeuvres si dispersées  et de ce point de vue, l’exposition « La fabrique des rêves » du Palais de Tokyo est prodigieuse.

Ce qui l’est moins, en tous cas pour moi, est le sentiment de frustration que j’ai éprouvé devant le spectacle de l’ oeuvre, toute une vie en somme, et celui de son auteur, largement mis en scène ici  par les muséographes autant que par lui-même déjà, de son vivant.

Quand l’inspiration se tarit, ou pour quelque autre raison d’ailleurs, (le plus souvent matérielle), certains auteurs de livres, de musiques ou de peintures recommencent le  schéma de leur succès passé.

Chirico poussa à l’extrême ce procédé en se copiant lui-même, après avoir copié les autres comme pour démontrer toutes ses capacités, reproduisant à l’envi et quasiment en série les toiles qui l’avaient fait connaître cinquante ans plus tôt.

Je trouve pour ma part assez affligeant de voir ainsi livrés en pâture la vie d’une oeuvre mais surtout l’intimité de son auteur, car il ne s’agit plus aujourd’hui de présenter des oeuvres qui peuvent ou non nous plaire ou nous séduire, nous questionner et parfois même nous transcender, mais bien de nous imposer l’interprétation qu’en font tous leurs « experts » et autres exégètes, si rarement créateurs eux-mêmes, qui condescendent en quelque sorte à nous éclairer.

Heureuse d’avoir enfin pu contempler ces  arcades récurrentes et leurs ombres hallucinantes qui m’avaient jadis fait rêver, je suis sortie déçue et quelque peu amère d’un rêve éteint par leur confrontation. C’est cela aussi, le risque de l’exposition.

Le ciel sous la tête avec Marc Dugain

Sept histoires d’hommes (et de femmes) d’aujourd’hui, qui nous livrent, non sans humour, le triste constat que Marc Dugain fait de notre monde et, en sept couleurs,  de  façons d’y vivre : en retrait, en phase, en décalage, en opposition, en ville, en province, (en France et ailleurs) et presque toujours, au bout du compte, seul.

Nuages sur la Dordogne
Nuages sur la Dordogne

Se mettre « dans la peau de » est le privilège de tout créateur, même si c’est la sienne.  Le bilan que nous en  livre ici cet auteur inspiré n’en est que plus réjouissant : au moins n’est-il dupe de rien, ni surtout de lui-même.

Le voilà bien, ce monde où nous vivons, qui a balancé au vent de la modernité ce qui longtemps lui donnait sens : réserve, pudeur, lenteur, patience et longueur de temps, en toutes choses. Mais le monde, tel qu’on le voit à cinquante ans prend toujours la couleur d’un bilan qu’à soixante, on a rangé dans un tiroir pour profiter, si on le peut, du temps qui reste.

C’est bien ce que je fais d’ailleurs, et ce genre de lecture contribue à mon bien-être et à mon bonheur de lecteur : on passe là un bon moment tout en se disant que, peut-être, de plus jeunes le liront et sauront voir, entre les lignes, l’inanité de ce que souvent ils vénèrent, à commencer par l’image ou la représentation  de comportements que l’air du temps les a contraints à adopter.

Tout cela n’est, au fond guère optimiste et ne saurait faire oublier toute  la gamme de nuances qui pour nous viennent se glisser entre les sept couleurs de cet arc en ciel. Celles de nos vies souvent ordinaires,  remplies de diversité, d’amour, de tendresse, de partage, de joies, de peines mais pas forcément de grandeur, de réussite ou de succès.