Les vies rêvées de Paul Auster : un cauchemar américain

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Je viens de retrouver avec bonheur  un auteur qui m’était cher, qui m’avait passionnée pendant la dernière décennie et que, sans raison apparente, j’avais depuis lors négligé.  Sans doute y suis-je revenue à cause du livre de sa femme,  évoqué ici en septembre dernier. C’est cela, la force des auteurs de livres :  ils nous lient.

Il doit être heureux, maintenant, Paul Auster. L’Amérique, avec une grande partie de monde,  encensent (mais pour combien de temps ?) son nouveau Président. Mais sans Dobleyou B, sans la guerre, sans la crise,  il n’aurait peut-être pas écrit son dernier roman. Ce n’est pas son meilleur, mais la première moitié vaut le détour. L’ univers austerien reste assez personnel, malgré l’emploi d’un procédé auquel les amateurs de science-fiction  sont rompus. Paul Auster demeure un témoin lucide, sinon désabusé du monde des hommes, avares trop souvent de leur  humanité.

J’ai trouvé dans cette lecture, mais dans bien d’autres choses encore,   une invite  à fermer ce bloc que je tiens depuis près d’un an. Il n’ était qu’un parmi d’autres, avec, même,  quelques affidés. Mais il faut du temps pour écrire, et celui que j’ai passé là m’a été, de ce temps-là, trop largement décompté.

Merci à tous mes cliqueurs,  lecteurs, zappeurs  et commentateurs. Ils me retrouveront peut-être un jour, ailleurs.

Elegie pour un Américain : les pages lumineuses d’humanité de Suri Hustvedt

Hubert Nyssen est décidément un éditeur pluriel, toujours fécond. On est toujours à peu près sûr, en fouinant dans les diverses parutions d’Actes Sud, d’y trouver une bonne prise, quelque soit l’origine de l’auteur dont on peut être certain qu’il sera bien traduit. Grâce soit donc rendue ici au travail de son épouse Christine le Boeuf à qui nous devons les excellentes traductions de ses auteurs anglophones, mais aussi les couvertures si délicatement attractives de leurs ouvrages.

The sorrows of an american
The sorrows of an American

La lecture de cette Elegie (parution mai 2008) a été un grand moment de bonheur. Un délice que j’ai savouré : un  moment de littérature (Ils sont devenus si rares). Pas un de ces produits fabriqués en série, suivant les méthodes éprouvées des ateliers d’écriture où se concoctent des produits, avec méthode. Non, un beau roman d’aujourd’hui, vécu et inspiré.

L’auteur, d’origine norvégienne, y donne à voir une Amérique dont la plupart des gens ne connaissent que des caricatures. Et des Américains bien éloignés des images qu’en véhiculent les medias de leur propre pays.

Qualifié par l’éditeur de roman familial, ce qu’il est aussi, on trouve trouve dans ce très beau livre l’émouvant cheminement d’une reflexion sur notre (post)modernité, le souci de soi, mais aussi sur la profonde inquiétude que génère dans nos vie l’ébullition d’un monde en rupture et en devenir, sur la force à puiser dans l’attachement indéfectible à ces racines familiales et culturelles qui demeurent les seuls point fixes de nos existences multiples.

Loin, très loin de cette violence devenue outre-Atlantique un véritable marché, on retrouve ici la douceur de liens fraternels chaleureux, d’une attention à l’Autre, de la richesse intérieure, de ce que résume si bien, au fond, le terme d‘humanité.