Aimer son Ennemi

449px-The_PrisonerDans la tonitruance médiatique des célébrations de Berlin, Arte nous a servi ce soir un de ces contre-exemples qui invitent à la réflexion sur la réalité des choses. Certes son titre assez ridicule « la prison de l’amour » ne laissait rien supposer de la qualité de ce film allemand de Connie Walther (qui sera rediffusé le 15 novembre) et qui nous dit-on scandalisa – on peut a priori les comprendre- les victimes de la Stasi.

Il s’agit là d’une histoire improbable  et pourtant vécue qui défie notre sens commun : celle du coup de foudre réciproque qui saisit dès leur rencontre, au milieu des années 80,  une militante des droits de l’homme arrêtée par la Stasi et son officier interrogateur.

Pendant huit mois, ils s’affronteront lors de son interrogatoire, mené fort courtoisement (rien à voir avec l’ambigü Portier de nuit) et c’est seulement à son terme, une fois le dossier « bouclé » qu’il lui avouera son amour , puis elle le sien,  avant de la mener en prison où elle passera deux ans et demi. Douze ans plus tard, elle parvient à le retrouver : rien dans leur sentiment n’a changé. Lui seul se transforme, conscient enfin de ce qu’il a été et décide, pour la première fois sans doute,  d’assumer  son  choix, libéré grâce à elle de toute influence.

L’amour a ceci de prodigieux qu’il s’installe souvent où l’on ne l’attend pas, par surprise, en somme. Son dard transgresse toutes les lois humaines ne s’attachant, en somme, qu’à celles des cieux , mais  aveugle souvent ses destinataires de leur propre désir. Mais il s’agit ici d’un amour durable, que rien ne semble altérer. L’histoire s’achève comme un conte, par le mariage dix ans plus tard des protagonistes. Vingt deux ans d’amour, en somme, cela n’est pas rien, entre « ennemis ».