Retraites : La pertinence d’Alain Rémond

Oui, mes lecteurs le savent, je suis fan d’Alain Rémond. Aujourd’hui, il résume mieux que quiconque, dans son billet quotidien de La Croix,  le véritable enjeu des retraites.  Avec une (syl)logique implacable, il parvient au constat tout aussi implacable que l’on ne peut, chez nous, rien changer à rien.

Face à l’imbroglio des régimes de retraites, des inégalités voire des privilèges qui les caractérisent, la seule issue possible pour éviter une agitation toujours prompte serait encore, nous dit-il,  de supprimer carrément les retraites.  Cela reviendrait à  supprimer  le travail et par conséquent le chômage. Qui s’en plaindrait ?

Las, l’humour n’est jamais de saison quand il s’agit d’effleurer seulement quelques avantages acquis. On imagine avec quel émoi les futurs retraités de la fonction publique verraient  leurs pensions calculées sur 25 ans de carrière comme ceux du secteur privé.  Encore ceux-là auront-ils bien de la chance de pouvoir aligner le nombre requis d’annuités au-delà de leurs 50 ans dans un pays, le nôtre, où cet âge devient fatidique pour trouver, hors le champ politique,  un quelconque emploi salarié.

Car en matière d’emploi, donc de retraite, le champ politique reste une opportunité, nos territoires en sont la preuve. Nul n’ignore, cela est public, les avantages liés à certaines fonctions au demeurant fort contraignantes. Celles des élus en particuliers dont une partie de la mission, au service certes du plus grand nombre, consiste aussi à s’y maintenir. Pour certains, on peut comprendre pourquoi.

C’est aussi, n’en doutons pas, un des enjeux de nos campagnes (électorales). Il y s’agit aussi d’emplois.

journalistes et chroniqueurs : le plus aimable d’entre eux : Alain Remond

Avant de clore ces lignes, et cette fois définitivement, je voudrais rendre hommage à Alain Remond, dont l’homonymie ne cesse de me rappeler le regretté René et l’acuité de son dernier ouvrage.

Chaque matin, Alain Remond nous livre dans son huitième de page une vision réjouissante d’un quotidien où l’absurde le dispute généralement au ridicule, fût-il tragique, tant nos vies  sont aujourd’hui harcelées par une surenchère de contraintes sociales, culturelles, économiques et commerciales. Du moins avons nous le pouvoir (mais surtout le droit) d’ en rire.

Dans la paix de notre petit hexagone, où nos medias s’agitent en coeur pour dénoncer des manques ou des excès de tout ce qui ferait, dans tant de dictatures et autres théocraties, figure de grands bonheurs (nos libertés, notre justice, notre éducation, notre santé, etc..), Alain Remond présente cette vertu immense de chercher chaque jour ce qui nous replonge, avec bonheur, dans le réel de notre quotidien heureux.

Sans acidité ni acrimonie, il nous ramène à nos rassurantes limites, celles dans lesquelles nous avons le  pouvoir de pinailler sur le superflu quand l’essentiel est quasiment garanti.

Nous ne savons souvent de l’état du monde que ce que les medias nous en montrent, ce que les « experts » nous en disent, mais nous voyons ce qui autour de nous le transforme, l’améliore, le dénature ou le détruit. Nos repères évoluent dans un monde qui change, qui n’est plus tout à fait le nôtre,  où parfois nous nous sentons perdus.

Alain Remond nous offre chaque matin dans lecture de sa chronique deux minutes  d’évasion et de retour au sens, deux minutes qui n’ont pas de prix.

A lui et à mes lecteurs, je dis simplement : MERCI.

Plainte pour harcèlement……. commercial ?

Il n’est déjà pas facile de lutter contre le matraquage commercial, les promotions, remises, primes de fidélité et autres bonus « offerts » en permanence à nos boîtes aux lettres, ondes radios télé et maintenant à nos écrans d’ordinateur, alors que dire du harcèlement ciblé des organismes de crédit !

Impossible (j’ai essayé) de ne plus recevoir pratiquement chaque semaine, une offre de crédit, (que l’on ne prête qu’à moi, bien sûr !), 1000 euros par-ci, 2000 euros par-là, pour succomber sans autre effort à toutes mes envies !

Le problème, c’est que je n’achète a priori que ce dont j’ai besoin. Alain Rémond * (que je ne résiste pas à citer tant je lui dois de plaisir chaque matin à la lecture de son petit billet de dernière page ) doit faire de même, lui a qui une vision si particulière de ces Choses dont Georges Perec dénonça si bien l’abus et la perversité d’usage dans son premier et percutant roman (en 1965).

Il y a ceci de commun au moins entre les gens d’esprit et les gens de foi : ils ne sont pas obnubilés par la Matière.

Je n’en dirais évidemment pas autant de cette curieuse catégorie des Bourgeois Bohêmes dans laquelle je ne reconnais qu’un mix carrément post-soixante-huitard, plus préoccupé de confort moral et en général de confort tout court que de transcendance.

Pour en revenir à l’essentiel, c’est-à-dire au besoin véritable, cela ne fait d’abord pas grand chose ; mais une fois règlé l’indispensable puis le nécessaire, devenus avec la modernité des temps de plus en plus « conséquents », puis en ajoutant un zeste de superflu, ces désirs qui nous taraudent, cela représente tout de même une belle obole à l’Economie, qui ne fonctionne, nous explique-t-on, que par la consommation.

Mais enfin, je ne peux m’empêcher de penser, chaque fois que je déchire un de ces courriers insistants, à tous ceux qui les reçoivent en même temps que moi, qui n’ont ni le même âge, ni les mêmes besoins ni, surtout, les mêmes envies. Ces envies que le marketing s’acharne, pour un coût considérable, à nous créer. Et auxquelles tant de gens ne parviennent pas à résister.

Aujourd’hui, on peut porter plainte contre le harcèlement sexuel, parce que le législateur le considère comme une atteinte à l’intégrité de la personne.

Quand on mesure l’ampleur des dégâts causés par l’abus de crédit aux Etats-Unis dans l’affaire des subprimes et, sans aller si loin, chez nous où tant de ménages sont surendettés,** on se demande s’il ne serait pas opportun de considérer, là aussi, que ces offres alléchantes et perfides ne constituent pas elles aussi une atteinte à l’intégrité de ceux qui les reçoivent.

Et si, à la fin, on portait plainte ?

* lien vers La Croix (cliquez !)

** lien vers UNAF