Manifestation de soutien à Charlie le 11 janvier : n'est-ce pas le jeu de l'adversaire ?

photo "Le Temps", Genève
Paris, 8 janvier 2015

Le monde entier se focalise cette semaine sur les tragiques évènements de Paris assimilés symboliquement à ceux du 11 Septembre 2001 à New York. Car nous sommes en guerre, tel est le constat qu’il nous faut faire. Une guerre ignoble, larvée, imprévisible. Une guerre d’autant plus épouvantable qu’elle a été déclarée à l’Occident par des fanatiques puissants, conçue et orchestrée par des spécialistes de la propagande, mais surtout réalisée par des terroristes isolés, quasiment indétectables et singulièrement  professionnels.

Pour eux, nos valeurs de paix, de liberté mais surtout de laïcité n’ont plus aucun sens. Ils n’envisagent que notre destruction et notre asservissement. Notre soumission ou notre mort. La liberté de penser, de créer, d’inventer ou seulement d’imaginer, à l’instar d’un Houellebeck, leur est intolérable. Je préfère pour ma part le constat plus serein, mais tout aussi définitif de M. d’Ormesson : notre ennemi est clairement désigné : l’islamisme radical.

Manifester son rejet du fanatisme comme ce  fut très spontanément le cas le jour même dans le monde entier témoignait de l’élan fort et généreux de soutien et de défense des peuples libres face à la terreur. Le faire ce dimanche pour montrer notre  République forte et unie devant l’ennemi peut sembler une louable intention. Mais nul n’est dupe aujourd’hui  de la nature de cette unité de façade, certains y revendiquant déjà leur obédience sinon leur identité. Notre ennemi n’ est pas dupe de  nos dissensions.

Réunir comme cela semble prévu des personnalités publiques, politiques et de surcroît extérieures à notre pays à une foule compacte de défenseurs de la Liberté, n’est-ce pas aussi faire  le jeu l’adversaire en lui donnant l’occasion qu’il attend de déverser sa haine sur beaucoup plus de potentielles victimes, et surtout de renforcer encore sa propagande ?

Nos services de police, de gendarmerie, notre armée et nos groupes d’élite ont prouvé en maintes occasions leur haut niveau de compétence, d’efficacité, de courage. Nous ne pouvons que leur rendre hommage. Mais dans les circonstances présentes, et compte tenu de ce qu’ils savent, leur serait-il possible d’éviter un éventuel bain de sang auquel doivent rêver les terroristes qui nous guettent ? Les responsables de ce prochain rassemblement  ont-ils bien conscience du risque qu’ils engagent ?

Je me pose simplement la question.