A Berlin pour franchir LES MURS

Eglise de Jérusalem, Berlin
"Over the Walls" à Berlin

En ce temps anniversaire de la Chute du Mur de Berlin, célébrée dans le monde entier, on ne soulignera jamais assez le rôle qu’ont alors joué  deux églises chrétiennes pour contribuer à sa destruction. C’est dans une autre église que vont se réunir 300 jeunes gens de toute l’Europe pour évoquer à cette occasion tous ceux qui subsistent encore.

On peut penser que 300, ce n’est pas beaucoup, mais il suffit de quelques uns pour mener à bien n’importe quelle entreprise, lutte ou combat. Ici il s’agit de paix, de fraternité, si difficiles à instaurer.

L’excellent documentaire de Patrick Rotman, présenté cette semaine sur France 2 démontre par les faits à ceux qui en douteraient encore la monstruosité d’un système totalitaire qui nie les fondements de la condition humaine et a qui a représenté, tout comme d’autres systèmes aujourd’hui encore, une menace pour l’Humanité. Il y avait alors « le monde libre« , le nôtre, qui s’opposait à l’autre, retranché derrière ce Mur et bien au-delà.

Les frontières  du monde libre ont changé, mais pour beaucoup, le Mur reste dans les têtes, comme le montre un reportage de Romain Clément. La soumission subie par une génération était assortie de certains avantages que ne garantissent jamais la prise en charge de soi-même, condition première de la liberté,  et que la génération suivante,  née hors du Mur,  semble tant regretter aujourd’hui. Car la liberté  sans apprentissage n’engendre bien souvent  qu’égoïsme,   rejet ou abandon.

 

 

 

 

 

 

 

 

Esprits troublés, corps malades et âmes errantes : le juteux marché des sectes et autres « coaches »

On peut se réjouir qu’un nouveau procès mette en cause, à Paris, les méfaits de la scientologie, espérant qu’il sanctionnera certains des abus manifestes que cause, depuis cinquante ans, la théorie oiseuse d’un auteur de science fiction mais, bien plus encore, la gigantesque et si prospère organisation qui la représente.

Ron Hubbard fit ses débuts dans les pulps,  magazines bon marché alors dédiés au genre (la SF), puis imposa une théorie, la dianétique, bientôt qualifiée par un de ses pairs de « révision lunatique de la théorie freudienne »,  ressemblant à une « superbe escroquerie rémunératrice ».

Pour autant, les victimes sont  souvent consentantes.

Dans « La pitié dangereuse », Stephan Zweig évoque  le passé du père de l’héroïne. Alors petit affairiste sans scrupules, il fut confronté à une employée de maison devenue héritière d’une fortune qu’elle n’avait ni souhaité ni espéré. Il la trouve désemparée par cet héritage  contesté,  la manipule habilement, non sans componction,  pour racheter à très bon compte la totalité de ses biens.  Mais une fois parvenu à ses fins, prévoyant  jusqu’au versement d’une rente modeste à la jeune femme qu’il a grugée et  l’organisation de son départ, elle lui témoigne une reconnaissance si sincère d’avoir ainsi réglé ses affaires qu’il en est d’abord stupéfait puis ému, si ému qu’il refuse enfin qu’elle s’en aille, soudain séduit par la fragilité mais surtout  l’intégrité de sa personne.  Profondément épris, il l’épousera peu après et ils s’aimeront jusqu’à sa mort.

Ce n’est malheureusement pas ainsi, ou pas souvent, que se terminent les histoires de manipulations. Et les rentes servies ne le sont pas aux victimes, mais bien par les victimes elles-mêmes, à ceux qui les exploitent.

Il y aura toujours des affligés de toute sorte prêts à  croire à n’importe quoi. La plupart des sectateurs n’en ont pas vraiment fait le choix. Ils veulent d’abord  trouver la force,   le courage ou seulement une raison de vivre leur vie, bien ou mieux, sans plus attendre,  à l’instar, croient-ils,  de ceux qui les y « invitent ». Tout,  dans notre société les contraint à cette impatience. Ils ne trouvent la plupart du temps que des illusions de croyances, de recettes ou de procédés qui ne visent à terme qu’à les déposséder non seulement de leurs biens mais pire encore d’eux-mêmes.

La plupart des sectes ne sont souvent que des réseaux sociaux, commerciaux, financiers (voire militaires) et même « religieux ». Certaines revendiquent, comme la scientologie, le nom d’église, relevant ainsi de cette imposture que permet, dans un grand nombre de Constitutions, leur assimilation à des associations ou organismes cultuels, et partant  assortis de certains « avantages », dont la protection de l’Etat. On comprend mieux, dès lors, leur insistance dans cette voie.

Quelle que soit l’issue du procès, un parmi d’autres, le glas ne sonnera pas encore sur cette puissante organisation. Son bruit médiatique n’aura lui-même que peu d’effet sur de potentiels adeptes. Moins sans doute, et c’est plutôt réjouissant, que l’incroyable et tardive  « success story » de Susan Boyle, sublime contre-pied à l’offre sectaire.

Catholiques (suite) : vers un nouveau Concile ?

le Vatican
le Vatican

C’est la question que je me pose après avoir entendu fortuitement, ce matin, sur les ondes de France Inter, un de ces débats  limités qui les animent régulièrement. Il faut dire que les hôtes étaient choisis : Jean-Pierre Mignard, Président de Désirs d’Avenir, et Frédéric Lenoir, philosophe dont l’Oracle della Luna ne m’avait pourtant pas déplu et qui, entre autres, dirige Le Monde des religions,  et qui en appelaient à Vatican III.

Les Catholiques font débat, à cause d’un Pape qui n’est assurément pas conforme à l’image qu’il lui conviendrait de donner aujourd’hui à un public élargi,   croyant ou non.  Jean-Paul II était populaire ; il est clair que Benoît XVI ne l’est pas. Il fut pourtant, on ne le rappellera jamais assez , l’un des artisans novateurs de Vatican II.

Décidément, ce Concile à qui je dois,  comme beaucoup, d’avoir après bien des années d’absence finalement rejoint l’Eglise, semble toujours pour certains un sujet de fracture. Une auditrice très âgée, 92 ans, s’interrogeait ce matin sur la désertion des églises après Vatican II. Mais avait-elle oublié que la guerre, déjà, s’en était chargée ?

Vatican II n’était-il pas, déjà, la réponse à une attente d’ouverture et de modernité que soulignait,  on ne peut plus intensément dix ans avant, l’étonnant ouvrage de Béatrix Beck, ce Léon Morin, prêtre que Jean-Pierre Melville nous rendit immuable sous les traits facétieux et charmants d’un Jean-Paul Belmondo tout regonflé du souffle qu’il avait perdu peu avant chez  Godard ? Il faut relire ce petit livre dont l’auteur s’est récemment éteinte : il est d’une étonnante actualité :  même si l’époque a bien changé, les chemins de la Grâce, et de la conversion, eux ne varient certainement guère. Il lui faut bien, à l’origine, quelque Beauté, qu’elle soit du corps, qu’elle soit de l’âme, puisque la Beauté,  dont le Démon imite  si bien les traits, n’est pourtant que de Dieu Lui-même.

Quant à cette mission, que le prêtre Morin va s’appliquer à mener dans la campagne en cette fin d’Occupation, elle est plus que jamais d’actualité quand on mesure la pénurie, la déshérence de nos paroisses rurales en temps ordinaire.

Ce n’était pas le cas cette année au temps de Pâques, dans nos églises, en Limousin  où l’on célèbre les 71 èmes Ostensions de nos Saints. Les fidèles y furent nombreux à témoigner de leur Foi.

Les statistiques n’ont pas à être « ethniques », mais à prendre en compte des paramètres concrets

C’est agaçant, à la fin, cet usage abusif du terme « ethnique ». On se croirait dans un cours de socio des années 70, en train de rebâcher Mauss et Levy-Strauss. Il est décidément plus facile de parler des bêtes que des hommes.  On usa longtemps d’ un vieux mot, pour définir les différences apparentes des uns et des autres, qui s’appliquait à tous, hommes et bêtes. Mais voilà, plus question de le prononcer. Race. Un mot  aussi signifiant que celui de  racines, qui sont propres à chacun d’entre nous, même quand on les ignore,  et que traînera encore longtemps la généalogie de notre espèce. Un  mot que  Gobineau,  certes,a perverti. Mais oublions un peu Gobineau ! Et souvenons-nous plutôt de Bartolomeo de Las Casas ou mieux encore, lisons ou écoutons Yves  Coppens

Je ne me suis jamais demandé de quelle « ethnie » j’étais. J’ai appris en un temps qui n’a plus court, qu’une classification permettait l’étude et qu’il fallait bien classer. Nous sommes, nous humains,  tous pétris de chair, d’eau et de sang et tous sexuellement compatibles. Mais nous sommes en apparence différents : blancs, cireux, bruns rouges ou noirs de peau ; issus d’origines et de contrées diverses, mélangés, métissés. Et nos chemins nous sont propres, qui nous menés là où nous sommes.

Que peut faire pour lui  l’administration d’un pays libre et protecteur qui ignore ce qu’est réellement sa population ? On a depuis des années dépouillé des données statistiques tous les paramètres déterminant les spécificités de chacun. Origine géographique, culture ou religion.  Les chercheurs de l’INED ont bien du mérite dans la poursuite de leurs travaux et Michèle Tribalat s’en est largement fait l’écho.

Il semble que tout en ce domaine fonctionne plus ou moins « à la louche » de données parfois arbitraires de telles ou telles organisations, associatives ou pas, relayées souvent sans contrôle par des organes de presse ou des medias qui en font leurs choux gras. Cela n’est pas sérieux. Chacun y va de son « stigmate » quand il ne s’agit que de connaître, comprendre, résoudre ou du moins tenter de le faire.

On ne fait pas de bonnes statistiques sans de bons paramètres. En matière de population, l’origine géographique et culturelle est probablement le plus concret.

La jupe d’Adjani: plaidoyer ET réquisitoire pour l’Enseignement français laïque ET obligatoire

lyceens_kati1 (wikicommons)
Classe de lycéens à Kati (Mali) en 2005

Cette « Journée de la jupe » présentée hier soir par ARTE sera je suppose partie droit au coeur de nombreux enseignants, trop souvent nommés « profs » et dénués dès lors, de tout de le poids légitime de leur fonction.

Une classe comme celle-ci, au Mali, les ferait rêver, quand certains, trop d’entre eux cauchemardent aujourd’hui à l’idée de se présenter devant des individus instables et déchaînés dans des lycées qui ne sont pas seulement de banlieues ou de « cités ».

Pour ma part, je salue cette entreprise téméraire. Téméraire, parce qu’elle montre sans aucun doute UNE réalité. Qui ne satisfait a priori que les medias, toujours  si prompts à s’en emparer et à lancer sur le sujet de pieux débats.

Tous les thèmes du malaise social sont abordés ici, avec vigueur, avec excès, mais toujours sur le registre du plausible. Ce qui se passe entre les murs , Laurent Cantet venait de le montrer. Mais les élèves étaient plus jeunes. Ici, ce sont des hommes, déjà, ou presque.

J’avoue n’avoir pas vu en Isabelle Adjani l’actrice mûrie qu’elle est devenue, c’est notre sort à tous, mais la conviction de ce qu’elle représente, à l’instar d’autres  personnalités en vue ou non  issues comme elle d’une immigration extra-européenne, d’efforts, de patience, de contrainte pour parvenir à cet état souverain de citoyen libre,  assumé et autonome.

Certains se gausseront d’une idée qui paraît aujourd’hui dérisoire : la jupe. Sans doute pas tous ceux qu’inquiète le poids des cultures sur le sort de tant de jeunes filles et qui se démènent pour y remédier.

Quant à la violence qui règne, elle fait la une des quotidiens et n’est, malheureusement, pas près de cesser. Molière n’y pourra pas grand chose. Mais le port d’uniforme dans les écoles pourrait peut-être, comme on l’a retrouvé il y a quelques années dans le Bronx et à Manhattan, et comme c’est l’usage un peu partout ailleurs, contribuer à calmer le jeu.

Vatican II : l’impossible unanimité des Catholiques

Après tout le tapage dont nous ont gratifié les medias sur cette main tendue par Benoît XVI aux évêques intégristes (et son choix malheureux pour l’un d’eux), le verdict tombe enfin de l’alternative proposée : ils confirment leur rejet de Vatican II.

Rien n’est pour autant réglé dans ces dissensions déjà installées ou en voie de l’être, car on met toujours en lumière la Fraternité Saint-Pie X, qui ne représente qu’une partie des courants anti-conciliaires fûssent-ils seulement traditionnalistes et non intégristes.

Il est vrai que la plupart des autres « contestataires » du Concile, essentiellement traditionnalistes, ressortissent du droit pontifical. Parmi eux,    l’Institut du Christ Roi qui a étendu, depuis 40 ans, son influence (son rejet de toute modernité ecclésiale) dans une grande partie du  monde occidental, tout en s’implantant assez généreusement dans l’Hexagone et particulièrement en Aquitaine et en Limousin.

Accroché depuis 2007 aux libéralités que lui a conféré le Motu Proprio, cet Institut  est soumis,  depuis le 7 octobre 2008,   au droit pontifical, ce qui risque de troubler bien davantage encore un bon nombre de paroissiens coutumiers des messes  ordinaires et fidèles à leur modernité mais bien souvent privés, dans leurs paroisses, des célébrations qu’un manque crucial de prêtres de permet plus d’y proposer.

On peut donc supposer que les vocations  qui paraît-il affluent en nombre dans les séminaires bien nantis de ces fondations essaimeront un jour dans nos régions. Quel choix restera-t-il alors aux fidèles ?

L’Amour et l’Espérance surpassent tous les millions, même dans les taudis

C’est, au fond, la grande surprise de ce triomphe de Danny Boyle, Slumdogs Millionaire. C’est aussi la meilleure. L’amour, mais surtout l’Espérance n’ont pas de prix. La vie, elle, ne vaut pas cher dans cette Inde complexe, violente et déroutante qu’il nous invite à visiter de l’intérieur, dans ce qu’elle a de plus tragique, une de ces mégalopoles dont on sait déjà qu’elles sont appelées à s’étendre encore davantage en accroissant chaque jour une misère sans nom.

Gare centrale (Victoria) de Bombay (Mubai)
Gare centrale (Victoria) de Bombay (Mumbai)

Nos zones les plus sinistres et le sort des plus exclus  paraîtraient bien doux aux miséreux de Mumbai, dont certains, comme les héros de cette histoire, parviennent pourtant à s’échapper.

Mais ce n’est pas l’argent, ici, qui triomphe, même s’il est au centre de tout. L’argent sous toutes ses formes : celui que l’on gagne et celui que l’on vole, celui que l’on mérite ou qu’on espère. L’argent propre et l’argent sale. L’argent de la mort. L’argent du hasard ou de la chance qui indéfiniment se recrée et parfois se redistribue sur la tête de quelques gagnants.

« Qui veut gagner des millions ? » fait rêver tous ceux qui pensent que leur vie deviendrait meilleure. Il est vrai que l’argent ne fait pas le bonheur de ceux qui n’en ont pas.

Ce film prenant, dur, magnifique est  un superbe témoignage, un hommage violent mais salutaire au principe même d’Humanité,  celle qui subsiste au fond de certains êtres que tout s’est acharné à détuire et qui demeurent ce qu’ils étaient pétris pour être : des hommes de bonne volonté et d’espérance.

Le baptême n’est pas un simple ticket d’entrée

Quelle ne fut pas ma surprise, hier soir au Journal de France 2,  de tomber (en cours d’émission)  sur un reportage où il était question du baptême des petits-enfants, ou plutôt de sa déshérence sur le sol français.

Porte du Paradis, Baptistère de St-Jean à Florence
Porte du Paradis, Baptistère de St-Jean à Florence

Il est évident, et le reportage le montrait bien évidemment à l’extrême, que deux options s’opposent : donner le baptême sans discernement,  pourvu qu’on le demande ou bien considérer qu’il s’agit là  d’un engagement qui suppose au moins quelque préparation.

C’était la position soutenue par un prêtre dont je n’ai pas noté le nom et  qui m’est apparu comme parfaitement conforme à ce que doit être son rôle et à ce que j’ai toujours vu pratiquer.

Ce n’était apparemment pas le point de vue d’un représentant de Golias, revue ou mouvement qui s’annonce comme conciliaire et opposé à toute forme d’intégrisme, mais dont l’option du baptême à tout va,  m’a tout de même semblé décalée.

Je venais, l’après-midi même, de tomber sur un commentaire du Père Olivier de La Brosse sur le contenu de cette revue qui adresse régulièrement à l’endroit de  l’Eglise, mais surtout du Vatican, des diatribes  pour le moins virulentes et dont il se demandait, la question semblant alors (1998) encore pendante, si elle pouvait à juste titre se prétendre catholique. Je me demande  ce qu’il faut en penser aujourd’hui.

Nul n’est obligé désormais, par quelque pression sociale que se soit, de souscrire à une religion chrétienne. Afficher son athéisme demeure encore infiniment plus « tendance« , même si nos medias nous annoncent (non sans quelque inquiétude) un retour patent du religieux, là où le sacré serait le bienvenu.

Le baptême d’un nouveau-né n’est pas, comme cela semble être encore le cas pour certains parents un simple ticket, mais le premier des sacrements qui  fait, avec eux,  entrer leur enfant au sein de l’Eglise, dans la communauté des chrétiens. Cela n’est pas rien.

L’analyse sociologique du monde comme incitation au désespoir

L’analyse percutante livrée aux dernières Etudes par l’éminent sociologue Jean-Pierre Legoff sur Le fil rompu des générations m’invite tout naturellement à une sorte de réponse sur son son triste constat.

réunion de famille, 2007
quatre générations d'une belle famille réunie

Nous avons  en commun au moins notre âge et  l’histoire de notre génération. Certainement pas le même bilan. Je n’ai fait ni les mêmes études, ni suivi le même chemin,  sans m’être pour autant jamais égarée dans d’autres voies que celles, ardues,  du questionnement. Y compris celui du A quoi bon ?

La sociologie, inventée il y a plus d’un siècle au coeur d’une société  minoritairement prospère a eu depuis lors pour objet de brosser le portrait chiffré du fait social , et d’en mesurer les effets à l’attention des gouvernants.

La pratique religieuse, le mode alimentaire, le suicide par exemple, sont autant de faits sociaux. De même que les employés, les cadres, les retraités ou les moins de vingt ans en sont autant de groupes. Cela n’est pas en soi d’une grande nouveauté : Démosthène ou Cicéron savaient très bien déjà ce qu’était leur société et de combien de divisions ils disposaient. La nouveauté  réside, depuis plus d’un siècle, dans l’objectif même de cette science sociale. Celui,  louable,   d’éclairer  leurs dirigeants sur les maux de nos sociétés pour qu’ils y portent des remèdes.

Il semble pourtant, à l’aune de tout ce  l’on voit, lit,  et entend, que rien jamais n’aille vraiment comme il faut. On nous sert à tout propos une vision quasi désespérante du monde.

Dans les études sociologiques, tout est en fin de compte terriblement relatif.  Nous sommes aujourd’hui éclairés sur la plupart de nos comportements, de nos modes de vie, de consommation, de pensée, même. Mais est-ce bien nous ? Est-ce bien moi ? En termes de communauté, sans doute. De marketing, assurément. En terme individuel, certainement pas.

Ce que M. Le Goff met en lumière, cette rupture, voire cette vision citée par lui des Libres enfants de Summerhill (1) qui semble opérationnelle aujourd’hui, tout cela, au fond, ne me convainc pas vraiment. C’est faire fi, me semble-t-il, de cette capacité quasi reptilienne des hommes de chaque époque à inventer le monde ou, pour quelques-uns, à le réenchanter.

Une des constantes de l’Humanité est qu’il se trouvera toujours en son sein une minorité d’hommes éveillés, animés d’une Foi quelconque en la Vie et en l’Esprit de l’Homme et capables de drainer assez de force et d’énergie pour en assurer la vigueur, la complétude et l’épanouissement.

Il y a heureusement encore, et il y aura probablement toujours, autour de nous,  beaucoup de talents,  et de merveilleux jeunes gens de trente ou même quarante ans.

Nous avons, à soixante ans et bien au-delà, un regard sur le monde qui sera toujours celui de notre génération, de nos incertitudes, des succès  et des ratés de notre propre histoire. A nous de ne pas entraver le cours de l’éternelle Espérance nécessaire à tous  ceux qui nous suivent et n’ont pas, du moins pas encore, fait l’expérience de nos jours. Celle-là viendra à son tour.

(1)  « Un jour, les jeunes n’accepteront plus la religion et les mythes désuets d’aujourd’hui. quand la nouvelle religion viendra, elle réfutera l’idée que l’homme est né dans le péché. Elle louera Dieu en rendant les hommes heureux. La nouvelle religion réfutera l’antithèse du corps et de l’esprit, ainsi que la culpabilité de la chair. Elle saura qu’un dimanche matin passé à se baigner est plus sacré qu’un dimanche matin à chanter des cantiques- comme si Dieu avait besoin de cantiques pour se satisfaire. Une nouvelle religion trouvera Dieu dans les prés et non pas dans les cieux. Imaginez un moment tout ce qui pourrait être accompli si dix pour-cent seulement des heures passées en prières et en visites à l’église étaient consacrés aux bonnes actions, à la charité et à l’aide au prochain ?« 

Alexandre S. Neill, Libres enfants de Summerhill, Maspéro, 1970, p.216 – Cité par Jean-Pierre Legoff in Le fil rompu des générations, Etudes, février 2009, pp.175-186

Iran: 30 ans de voile islamique pour…. des pintades ?

C’était il y a quelques mois ; je cherchais des informations sur le mode de vie actuel des femmes iraniennes, évoqué par J.C. Guillebaud dans son dernier ouvrage (voir mon billet ), mes connaissances en la matière étant réduites à ma fréquentation très lointaine des Langues O.  Google m’a donc envoyée sans détours sur le site des Pintades en Iran, puis sur celui de son auteur, Delphine Minoui.

Harem, XVIIIème siècle
Harem, XVIIIème siècle

Ce livre avait semblait-il, à sa sortie,  pas mal agité le bocal. Interpellée d’emblée par ce titre grotesque, mais découvrant du même coup que l’auteur en était une charmante jeune femme,  titulaire  depuis deux ou trois ans du prix Albert Londres, qu’elle était depuis depuis dix ans correspondante du Figaro à Téhéran, je lui adresse ma question : Pourquoi des pintades ? Contre toute attente, je reçois sa réponse, circonstanciée, chaleureuse, mais pour moi peu convaincante. Des dindes aux pintades, il y a plutôt réduction. Un bref échange s’ensuit et son offre de me faire parvenir son livre que je reçois effectivement dans les 48 heures de son éditeur.

L’aurais-je acheté, ce livre ? Probablement pas. Avec une autre titre et une autre couverture, sans doute. Je ne suis guère cliente des guides pratiques et des « noms d’oiseaux ».Mais enfin, puisque je l’ai eu entre les mains…

Difficile, pour une femme de ma génération (mais pour celles qui suivent aussi sans doute) d’imaginer vivre dans de telles conditions, la première étant la non-mixité qu’imposent à sa jeunesse un Etat religieux, la seconde de devoir y vivre cachée; mais si l’on y songe, ces conditions ne sont  cependant que le fruit d’une longue tradition, un temps (trop court) interrompu, celle du harem. A l’aune de notre culture occidentale, cela semble insensé. Tant de chemin parcouru, chez nous depuis les gynécées si chers aux Athéniens, même si, par ailleurs, nos octogénaires d’aujourd’hui se promenaient encore dans leur jeune temps, dûment gantées, coiffées et chapeautées….

Ceci étant, quand féminité rime à ce point avec frivolité, on en vient à se demander si…..la basse-cour n’est pas tout indiquée, car de  frivolité, il est beaucoup question dans cet opuscule : celle d’un monde féminin qui m’est pour ma part presque étranger, mais moins encore, sans aucun doute, que celui, si matérialiste qui nous est présenté ici : voilà bien le comble d’un Etat prétendûment religieux, où l’Esprit semble si largement dominé par la Matière.

On fête donc aujourd’hui les trente ans de cette révolution islamique préparée sans secret à Paris,  où Le Monde d’alors tirait chaque jour ou presque à boulets rouges sur un Shah de Perse trop inspiré sans doute par des valeurs jugées par trop occidentales et matérielles,  imposées de surcroît à ses opposants par une violente répression.

Les révolutions ont cet inconvénient de faire croire à l’arrivée d’un monde meilleur. Ce n’est qu’après coup (après les coups ?) que les yeux se désillent et regardent avec nostalgie le monde…. d’avant.