Loto : l’ISF des pauvres

Il est devenu difficile aujourd’hui pour un Parisien d’échapper à l’ISF s’il possède depuis cinquante ans,  dans un bon quartier,  un appartement de  100 m2 souvent acheté à crédit. Cela n’en fait pas pour autant une personne fortunée, mais  il se retrouve simplement taxé à hauteur du prix du mètre carré. Sans doute sa participation à cet impôt sur la fortune est-il sans commune mesure avec ce que rapporterait la part des vraies fortunes, pour la plupart exilées à l’étranger pour y échapper.

De fait, l’ISF ne rapporte pas grand chose à l’Etat : dans les 3 milliards d’euros par an, soit à peu de choses près quasiment la même chose que… le Loto qui lui peut rapporter gros, puisqu’il touche près de 30 millions de joueurs à 6 euros par semaine en moyenne. Sans doute, cela permet-il de « financer » quelques gros gagnants, pas plus de quelques dizaines, mais surtout d’apporter à nos finances un apport presque équivalent  (2,5 milliards d’euros en 2008) à celui de l’impôt précédent.

J’imagine la stupeur de l’opinion si l’on devait lui annoncer que pour financer le chômage, les retraites ou la formation, l’Etat allait prélever à ces 30 millions de joueurs  seulement 10 euros par mois  (ce qui  lui en rapporterait au bas mot 36 milliards par an) !

Le rêve n’a pas de prix,  et si l’on considère aujourd’hui l’addiction dans laquelle tombent souvent  les plus démunis qui, sans plus rien à perdre, engagent dans des mises leurs derniers liards, c’est pour mieux développer d’autres pistes pour les piéger à moindre frais.

La Française des Jeux est en quelque sorte  un des fleurons de nos entreprises. Contrôlée par l’Etat à 72 %, elle emploie 945 salariés et représente un modèle de productivité et de rentabilité, comme on peut le constater sur ce compte-rendu de commission du Sénat.

Le sens et le goût du jeu,  quel qu’il soit,  est inhérent à notre nature et contribue à nous former. Pourtant, du simple défi aux jeux de l’esprit, en passant par la compétition sous toutes ses formes, il nous ramène bien souvent à la « Case départ » comme au jeu de l’oie. Tenter sa chance est une chose à laquelle sans doute nul n’a échappé au moins une fois.  Parier peut même, comme nous l’a si bien démontré  Blaise Pascal, nous transcender. Mais c’est là une tout autre histoire.

Celle du Loto est celle de la maigre chance offerte à ceux qui n’attendent plus grand chose d’eux-mêmes ni des autres. Il n’y a dans ce  » jeu » ni compétition ni défi, qu’une attente inquiète ou se reconstitue sans cesse un rêve inabouti.

Certains gagnent, il est vrai, ce qui nourrit l’espoir des autres. Ceux-ci font à présent l’objet d’un véritable « suivi », à l’instar de tous les rescapés. Car si la fortune sourit, dit-on, aux audacieux, elle désarçonne le plus souvent ceux que rien n’y a préparés. Les plus habiles d’entre eux auront au moins la certitude de rapporter, à terme, une belle contribution à l’Etat qui, d’un bout de la chaîne à l’autre, est toujours le véritable gagnant de l’enjeu.

Recomposition française, droits et devoirs des beaux-parents

A l’heure où tous les regards convergent vers Stockholm, où cette question est depuis longtemps réglée,  peu d’échos se font encore entendre sur le rapport Léonetti qui agitait pourtant, le mois dernier, le bocal médiatique. Si cela ne fait l’objet pas  de sa couverture, la revue Etudes de décembre nous livre cependant une réflexion qui mérite qu’on s’y attarde, sur la place et le statut du beau-parent. Sans doute Christian Flavigny s’attache-t-il davantage ici à la place du père, ou plutôt du beau-père qu’à celle de la belle-mère, ce qui rend a priori le contexte assez différent : les femmes stériles ou nullipares ne s’attachent pas aux enfants  de la même manière que les autres : l’enfant du conjoint  devient souvent pour elles  l’objet ET le sujet d’une attention et d’une affection toute particulières, qu’elles ne parviennent pas toujours à maîtriser et qui extrapolent leur rôle.

De ce point de vue, il était opportun de rappeler, comme le font l’un et l’autre Sylviane Giampino et  C. Flavigny  que le beau-parent n’est et ne sera jamais au regard de l’enfant un parent, ni même un tiers mais se présente pour lui, d’emblée,  comme un intrus : »Le beau-parent bouscule l’équilibre de la famille, il fait intrusion dans la vie psychique de l’enfant qui ne l’avait nullement convié, il la déstabilise ; cela ne met pas  en cause ses qualités personnelles ni un apport qu’il pourra faire à l’enfant, cela concerne la place qu’il prend dans la vie psychique de celui-ci, une place où il empiète, sans l’enrichir. »

C’est dire, indépendamment de tout l’aspect juridique qui fait aujourd’hui débat, à quels dilemnes se trouvent confrontés celles et ceux qui se trouvent un jour confrontés à des situations auxquelles rien a priori ne prépare : devenir « beau »-parent !

Chaque situation est en elle-même un cas d’espèce. Nulle n’est à l’autre comparable. L’âge des enfants concernés par le deuil, le divorce, la séparation puis la nouvelle union de l’un ou l’autre de ses parents est déterminant. Mais il faut sans aucun doute garder à l’esprit ou plus exactement s’imprégner d’une réalité que souvent l’on obère : une famille se compose. La recomposer demeure dans la plupart des cas une illusion.

Mais enfin, restons lucides : l’illusion demeure dans les familles d’origine elles-mêmes : combien de frères et soeurs dont les parents étaient unis s’ignorent ou se déchirent ? L’amour, malheureusement, n’est pas la règle. S’il est, pour les chrétiens, valeur suprême, ils en subissent comme les autres les atermoiements. C’est donc bien, in fine, le rôle du législateur de fixer les limites d’un ordre acceptable. Encore faut-il qu’il le soit.

Syndrome clinique de la grande exclusion : où est l’Espérance ?

l'Espoir ou l'EspéranceIl y avait matière à entendre, ce matin, sur France-Culture. Dominique Voinchet recevait aux Matins les auteurs d’un livre qui n’a, malheureusement sans doute, pas vocation à devenir un best-seller : La Grande exclusion. Xavier Emmanuelli et Catherine Malabou ont réuni dans cet ouvrage les éléments qui les amènent à redéfinir l’exclusion, vocable trop malmené qui  assimile à tort les autres vocables tout aussi usités que sont la pauvreté, la très grande pauvreté dont les origines sont diverses, mais pas nécessairement les mêmes.

L’aspect médical que les auteurs confèrent à ce qui devient l’exclusion n’avait semble-t-il jamais été véritablement abordé : le cheminement qui mène de la perte de revenu, de l’environnement social puis  à celle du logement pour mener à la rue est bien connu. Mais la « mécanique » qui s’enclenche chez un individu après quelques semaines seulement de séjour à la rue dessine ici un ensemble de symptômes connus séparément mais rarement appréhendés dans leur ensemble. Ce syndrome clinique ne manquera pas d’interpeller tous ceux qui oeuvrent à l’aide, l’écoute, l’assistance, le soutien ou la réinsertion des personnes qui en sont atteintes et dont le premier critère est un traumatisme de l’âme.

S’il est intéressant de voir analyser cet aspect psychologique et psychiatrique des « sujets » exclus, et quels que soient les voies de remède apportées,  la chrétienne que je suis ne peut manquer de noter dans la présentation de cette étude l’absence totale de référence ou liens spirituels et de la « nourriture » qu’ils représentent.

Bien des gens se sont retrouvés ou se retrouveront possiblement à la rue. Tous ne sont pas ou ne deviendront pas des exclus. Parce qu’une réminiscence, ou une voix, ou un discours d’Espérance se sera pour eux fait entendre, au-delà, bien au-delà de l’aide ou du soin apporté.

La maladie de la mort, pour emprunter à Mme Duras, c’est d’abord un manque d’espérance. Etre exclus, c’est d’abord être mort à soi-même, à sa propre humanité et à toute forme de Foi, et d’Espérance.

N’en déplaise à tous les athéologues et autres déicitaires, comme les nomme judicieusement « Monseigneur » Piero de Paoli, déjà évoqué ici.

Présidence de l’Europe : en attendant Vaira Vike-Freiberga

Riga, LettonieJ’ignore à l’heure où j’écris qui sera désigné ce soir pour présider aux destinées de notre chère Europe. Mais il est un choix qui semblerait, à l’Européenne que je suis,  des plus judicieux : celui de Vaira Vike-Freiberga. Elle est prête, dit-elle, à assumer cette tâche et pour ma part, je la crois.

Elle me semble en effet présenter, au regard du Savoir, de la Vision et de  la Sagesse nécessaires  à tout véritable  « Homme » d’Etat, toutes les qualités nécessaires.

Il me suffit sans doute, car c’est à lui qu’en premier lieu je pense, d’évoquer le Maître Confucius et son 4ème analècte : « « À quinze ans, ma volonté était tendue vers l’étude ; à trente ans, je m’y perfectionnais ; à quarante ans, je n’éprouvais plus d’incertitudes ; à cinquante ans, je connaissais le décret céleste ; à soixante ans, je comprenais, sans avoir besoin d’y réfléchir, tout ce que mon oreille entendait ; à soixante-dix ans, en suivant les désirs de mon cœur, je ne transgressais aucune règle. »

Que mes lecteurs ne voient dans ce choix aucune forme de féminisme, j’ignore ou ne veux pas savoir ce que cela signifie. Vaira Vike, à l’instar de toutes les autres d’autres femmes représente tout simplement, et cela est en soi suffisant, l’Autre moitié du Ciel, suivant la culture chinoise que nul aujourd’hui ne devrait prétendre ignorer.

 

 

Aimer son Ennemi

449px-The_PrisonerDans la tonitruance médiatique des célébrations de Berlin, Arte nous a servi ce soir un de ces contre-exemples qui invitent à la réflexion sur la réalité des choses. Certes son titre assez ridicule « la prison de l’amour » ne laissait rien supposer de la qualité de ce film allemand de Connie Walther (qui sera rediffusé le 15 novembre) et qui nous dit-on scandalisa – on peut a priori les comprendre- les victimes de la Stasi.

Il s’agit là d’une histoire improbable  et pourtant vécue qui défie notre sens commun : celle du coup de foudre réciproque qui saisit dès leur rencontre, au milieu des années 80,  une militante des droits de l’homme arrêtée par la Stasi et son officier interrogateur.

Pendant huit mois, ils s’affronteront lors de son interrogatoire, mené fort courtoisement (rien à voir avec l’ambigü Portier de nuit) et c’est seulement à son terme, une fois le dossier « bouclé » qu’il lui avouera son amour , puis elle le sien,  avant de la mener en prison où elle passera deux ans et demi. Douze ans plus tard, elle parvient à le retrouver : rien dans leur sentiment n’a changé. Lui seul se transforme, conscient enfin de ce qu’il a été et décide, pour la première fois sans doute,  d’assumer  son  choix, libéré grâce à elle de toute influence.

L’amour a ceci de prodigieux qu’il s’installe souvent où l’on ne l’attend pas, par surprise, en somme. Son dard transgresse toutes les lois humaines ne s’attachant, en somme, qu’à celles des cieux , mais  aveugle souvent ses destinataires de leur propre désir. Mais il s’agit ici d’un amour durable, que rien ne semble altérer. L’histoire s’achève comme un conte, par le mariage dix ans plus tard des protagonistes. Vingt deux ans d’amour, en somme, cela n’est pas rien, entre « ennemis ».

 

 

 

 

Esprits troublés, corps malades et âmes errantes : le juteux marché des sectes et autres « coaches »

On peut se réjouir qu’un nouveau procès mette en cause, à Paris, les méfaits de la scientologie, espérant qu’il sanctionnera certains des abus manifestes que cause, depuis cinquante ans, la théorie oiseuse d’un auteur de science fiction mais, bien plus encore, la gigantesque et si prospère organisation qui la représente.

Ron Hubbard fit ses débuts dans les pulps,  magazines bon marché alors dédiés au genre (la SF), puis imposa une théorie, la dianétique, bientôt qualifiée par un de ses pairs de « révision lunatique de la théorie freudienne »,  ressemblant à une « superbe escroquerie rémunératrice ».

Pour autant, les victimes sont  souvent consentantes.

Dans « La pitié dangereuse », Stephan Zweig évoque  le passé du père de l’héroïne. Alors petit affairiste sans scrupules, il fut confronté à une employée de maison devenue héritière d’une fortune qu’elle n’avait ni souhaité ni espéré. Il la trouve désemparée par cet héritage  contesté,  la manipule habilement, non sans componction,  pour racheter à très bon compte la totalité de ses biens.  Mais une fois parvenu à ses fins, prévoyant  jusqu’au versement d’une rente modeste à la jeune femme qu’il a grugée et  l’organisation de son départ, elle lui témoigne une reconnaissance si sincère d’avoir ainsi réglé ses affaires qu’il en est d’abord stupéfait puis ému, si ému qu’il refuse enfin qu’elle s’en aille, soudain séduit par la fragilité mais surtout  l’intégrité de sa personne.  Profondément épris, il l’épousera peu après et ils s’aimeront jusqu’à sa mort.

Ce n’est malheureusement pas ainsi, ou pas souvent, que se terminent les histoires de manipulations. Et les rentes servies ne le sont pas aux victimes, mais bien par les victimes elles-mêmes, à ceux qui les exploitent.

Il y aura toujours des affligés de toute sorte prêts à  croire à n’importe quoi. La plupart des sectateurs n’en ont pas vraiment fait le choix. Ils veulent d’abord  trouver la force,   le courage ou seulement une raison de vivre leur vie, bien ou mieux, sans plus attendre,  à l’instar, croient-ils,  de ceux qui les y « invitent ». Tout,  dans notre société les contraint à cette impatience. Ils ne trouvent la plupart du temps que des illusions de croyances, de recettes ou de procédés qui ne visent à terme qu’à les déposséder non seulement de leurs biens mais pire encore d’eux-mêmes.

La plupart des sectes ne sont souvent que des réseaux sociaux, commerciaux, financiers (voire militaires) et même « religieux ». Certaines revendiquent, comme la scientologie, le nom d’église, relevant ainsi de cette imposture que permet, dans un grand nombre de Constitutions, leur assimilation à des associations ou organismes cultuels, et partant  assortis de certains « avantages », dont la protection de l’Etat. On comprend mieux, dès lors, leur insistance dans cette voie.

Quelle que soit l’issue du procès, un parmi d’autres, le glas ne sonnera pas encore sur cette puissante organisation. Son bruit médiatique n’aura lui-même que peu d’effet sur de potentiels adeptes. Moins sans doute, et c’est plutôt réjouissant, que l’incroyable et tardive  « success story » de Susan Boyle, sublime contre-pied à l’offre sectaire.

Ces soi-disants « thérapeutes », maîtres des âmes

DSCN0888La Croix titre aujourd’hui sur ces manipulateurs qui prétendent vaincre « de l’intérieur » les pires maladies que la médecine elle-même, avec tous les moyens qu’elle peut mettre en oeuvre, ne  parvient pas toujours à guérir, mais qui a au moins l’avantage de tenter de le faire honnêtement.

Irène Nemirovsky a éclairé avec brio, en 1932,  ce processus d’aliénation dans « le Maître des âmes », publié seulement en 2005. Il s’agit là d’un  roman terrible de l’émigration, de la conquête et de l’emprise d’un être,  médecin devenu charlatan par revanche plus que par ambition, sur un public trop  attentif à soi-même pour faire preuve de discernement. Malgré le temps et tous les changements intervenus depuis lors, rien n’y est vraiment « démodé ».

Il en va des faux thérapeutes comme de certains sectaires, qui préconisent parfois des pratiques qui peuvent s’avérer mortifères ou à tout le moins délétères. (Les témoins de Jéhovah ne tolèrent aucune transfusion sanguine, par exemple). Qu’importe d’ailleurs ce que sont ces pratiques si elles remportent l’adhésion d’un public ou d’un auditoire.

Le libre-arbitre n’est pas chose si bien partagée et le bon sens n’est plus de saison. La Foi elle-même fait l’objet d’un vaste marché où les gourous se pressent en promettant des jours meilleurs, le succès ou la guérison à tous ceux qui sont, il faut le dire, prêts à croire  n’importe qui et à  n’importe quoi.