Généalogies : l’histoire de nos identités ne fait pas notre nationalité

Saint Martin de Tours
Saint Martin de Tours

La profusion apparente de recherches patronymiques sur les sites généalogiques ne manque pas de m’intriguer. Chacun sans doute espère  savoir au moins d’où il vient, et de qui, ce qui n’est pour certains pas facile, qui ne sont pas nés ou  sont issus de voies trop naturelles ou pire encore non recensées. Dans la plupart des familles ordinaires,  non patriciennes, on connaît souvent l’origine de ses parents, de ses grands-parents même, parfois un peu plus haut encore.

Remonter le temps devient pour certains une véritable obsession. Il  passent des jours, des années,  à reconstituer le fil d’une histoire passée, de destins accomplis qui ne changeront plus rien, espérant découvrir peut-être qu’un de leurs lointains ancêtres fut plus connu ou plus glorieux… qu’ils le seront jamais eux-mêmes. En vérité, je n’en sais rien.

Avoir un nom, un lieu d’origine c’est, déjà, être identifiable, sinon être identifié. Mais l’Administration de ce beau pays n’a, en vérité,  que faire de nos origines : elles ne suffisent pas à nous conférer ce qui fait de nous des Français, notre nationalité, et moins encore ce qui en témoigne : notre carte d’identité.

J’ai par naissance un patronyme porté depuis quatre siècles et demi dans la ville où sont nés mon père et  cinq générations au moins de ceux qui l’on précédé. J’ai eu le malheur,  un jour, de perdre ma carte d’identité et d’en demander le renouvellement,  dans le département de cette même ville. J’avais un passeport, un permis de conduire, un livret de famille, une carte d’assuré social, d’électeur même, autant de pièces pouvant à elles seules justifier d’une identité. Las, cela n’était pas suffisant. Au bout d’un invraisemblable, ubuesque mais véritable  parcours du combattant, je finis, au Tribunal, par obtenir un « certificat de nationalité » que je reçus comme une insulte à la mémoire de mes ancêtres  qui n’avaient jamais quitté ce pays, ce certificat m’étant délivré au vu de cinq ans de déclarations fiscales attestant que je ne l’avais jamais quitté moi-même.

Depuis lors, je dois le dire, je me sens quelque peu étrangère en ce pays qui est le mien.

Nos patronymes ne sont signifiants qu’au regard d’une histoire passée dont le présent efface peu à peu les traces. On en  recense aujourd’hui en France moins d’un million et demi. C’est beaucoup, par rapport à la Chine qui n’en compte que quelques milliers et n’en utilise moins de vingt.

A défaut de statistiques plus concrètes, notre INSEE dispose au moins de ces noms que nous portons encore, ceux qui ont disparu de nos villes et de nos campagnes, de ceux qui y sont apparu et y apparaissent  encore depuis plus d’un demi-siècle d’exils, d’errances et de migrations. Dans le seul département de Seine-Saint-Denis, devenu pour certains le neuf trois, plus d’un millier de noms se sont éteints entre 1891 et 1915, sans doute pour fait de guerre.  Mais entre 1966 et 91, plus de 20.000 y sont apparus,  venus de nos restes d’empire et de tant de  contrées en guerre.

Tous ces hommes et ces femmes dont le nom s’impriment aujourd’hui sur les registres de notre nation sont devenus, s’ils ne l’étaient pas, simplement Français. Ni plus ni moins que tous les  Martin, qui couvrent de leur patronyme l’ensemble de notre territoire, évoquant ainsi  immanquablement ce Romain de Tours , ce bon Saint-Martin dont la bienveillance devrait, chaque jour au moins, nous éclairer.

La guerre sans fin des enfants d’Abraham

Une guerre récurrente qui fait chaque jour, et en cette nouvelle année plus encore,  l’objet  de sinistres nouvelles.

Pourquoi d’ailleurs cesserait-elle, dès lors qu’elle est portée par une haine incoercible et millénaire, qui surpasse toujours les efforts portés par quelques uns et des plans de paix qui jamais n’aboutissent ?

Depuis soixante ans qu’il existe, l’Etat d’ Israël a su faire, au milieu des conflits,  fructifier  une terre aride,  éduquer ses enfants, leur donner de créer, dans l’effort et la peine mais, aussi, dans la liberté de sa démocratie, une réussite économique et sociale enviable, une prospérité  perçue sans doute, ailleurs,  comme insolente, puisque, dans cet ailleurs voisin, elle n’a jamais été atteinte.

La Palestine au Ier siècle
La Palestine au Ier siècle

Il y a en Palestine comme partout des hommes de bonne volonté qui grâce à Dieu, échappent à cette haine primale fondée,  souvent,  sur l’envie et la cupidité, presque toujours sur la différence et le déni.  Grâce à Dieu, dis-je, celui d’Abraham et donc celui des Juifs,  des Chrétiens, des Musulmans. O combien désunis, ces enfants d’Abraham…..

Comment les hommes pourraient-ils prospérer dans une Palestine en proie à ses propres fractures ,  pour partie galvanisée par un fanatisme religieux qui  ne tend qu’à aliéner ses libertés ? Dans quel but, quelles perspectives, sinon d’éliminer son proche voisin. Tuer l’Autre.

Israël a de son côté pour devise de ne jamais revivre  Massada

Que peuvent les hommes de bonne volonté accablés par  les coups, chaque fois mortels,  des ripostes  qui suivent les provocations, si ceux qui les dirigent n’acceptent pas, un jour, de se réconcilier ? C’est bien sur cette base, comme le rappelle ici Simone Veil  que s’est construite l’Europe, qui vit en paix.

Il n’est pas vain d’espérer que ces deux Etats, dont l’un n’est que partiellement reconnu, puissent enfin, quelque jour lointain, voisiner en paix.

Dans la peau d’un « Ulysse » clandestin avec Eric-Emmanuel Schmitt

Il ne fait jamais bon vivre dans un Etat totalitaire, mais moins encore, sans aucun doute, dans un pays en guerre. C’est là ce que nous conte Eric-Emmannuel Schmitt dans son dernier roman. Etre Irakien sous Saddam avait au moins l’avantage, pour ceux qui pouvaient fuir, de se voir accepter, ailleurs, un quelconque statut. Fuir un pays prétendûment « libéré » est une tout autre affaire.

Cette fable si réelle nous plonge au coeur d’un sujet qui nous est tristement familier mais dont la plupart de ceux qui sont, là, confortablement assis au chaud devant l’écran de leurs portables, n’ont au fond,  que de vagues notions.

Changer de vie, fuir, partir, recommencer, quelles qu’en soit les raisons, est déjà un  défi récurrent pour la plupart des êtres humains. Mais l’exil, quand on devient l’étranger n’est plus voyage ; ici, c’est  une obsession que nulle Circé n’est  capable de vaincre : le but est inexorable, Londres ou rien, même si, ailleurs, tout est possible. Agatha Christie* et son univers so British doivent se retourner dans leur tombe.

Embarcation de réfugiés
Embarcation de réfugiés

Certes, les narrations de ces destins tragiques sont évoquées ici et là,  et bien  d’autres récits ont depuis fort longtemps traduit tous les exils, nutriments majeurs d’une littérature qui fait toujours, elle aussi,  l’objet de grands débats.

Le regard de M. Schmitt a le mérite d’apporter à cette réalité terrible,  presque toujours sordide qui jamais ne lui échappe et qu’il ne tente pas d’éluder,  la légereté d’un humour tendre, la douceur de la compassion profonde qu’il semble décidément porter à toute forme d’humanité, dans toute sa diversité et qu’il nous invite non seulement à partager, mais encore à mettre en oeuvre.

* elle fait partie des auteurs interdits sous Saddam Hussein

Elegie pour un Américain : les pages lumineuses d’humanité de Suri Hustvedt

Hubert Nyssen est décidément un éditeur pluriel, toujours fécond. On est toujours à peu près sûr, en fouinant dans les diverses parutions d’Actes Sud, d’y trouver une bonne prise, quelque soit l’origine de l’auteur dont on peut être certain qu’il sera bien traduit. Grâce soit donc rendue ici au travail de son épouse Christine le Boeuf à qui nous devons les excellentes traductions de ses auteurs anglophones, mais aussi les couvertures si délicatement attractives de leurs ouvrages.

The sorrows of an american
The sorrows of an American

La lecture de cette Elegie (parution mai 2008) a été un grand moment de bonheur. Un délice que j’ai savouré : un  moment de littérature (Ils sont devenus si rares). Pas un de ces produits fabriqués en série, suivant les méthodes éprouvées des ateliers d’écriture où se concoctent des produits, avec méthode. Non, un beau roman d’aujourd’hui, vécu et inspiré.

L’auteur, d’origine norvégienne, y donne à voir une Amérique dont la plupart des gens ne connaissent que des caricatures. Et des Américains bien éloignés des images qu’en véhiculent les medias de leur propre pays.

Qualifié par l’éditeur de roman familial, ce qu’il est aussi, on trouve trouve dans ce très beau livre l’émouvant cheminement d’une reflexion sur notre (post)modernité, le souci de soi, mais aussi sur la profonde inquiétude que génère dans nos vie l’ébullition d’un monde en rupture et en devenir, sur la force à puiser dans l’attachement indéfectible à ces racines familiales et culturelles qui demeurent les seuls point fixes de nos existences multiples.

Loin, très loin de cette violence devenue outre-Atlantique un véritable marché, on retrouve ici la douceur de liens fraternels chaleureux, d’une attention à l’Autre, de la richesse intérieure, de ce que résume si bien, au fond, le terme d‘humanité.

Sondages: la France comme elle est, moitié pour, moitié contre

Le Président Sarközy (de Nagy-Bocsa) a parlé. Les sondeurs on enquêté. C’est une des constantes de notre mode de vie. Le portrait que nous renvoie le dernier sondage (Opinion-way pour le Figaro) est plutôt rassurant : au fond, les Français parlent tous de la même chose, quelles que soient leurs opinions. Ou plutôt, les choix qu’on leur propose en les sondant ne reflètent jamais rien d’autre que les préoccupation des sondeurs, objet de leur contrat. C’est dire qu’on leur laisse assez peu de liberté, aux sondés !

Enfin, une bonne nouvelle : les Français, j’en suis, semblent avoir majoritairement compris la nécessité de la Réforme. C’est plutôt bon signe…. pour l’avenir de leurs enfants. Car il faudra bien sûr attendre. Il faut toujours savoir attendre. D’abord semer. Regarder pousser et, enfin, récolter. Ah, cette impatience ( des medias) à vouloir toujours cueillir ce qui n’a pas encore fleuri !

Il en est un peu de Sarko comme de Badinguet, haï par Victor Hugo puis de nos républiques. Mais nous n’avons plus de Victor Hugo. Et si nos écrivains s’exilent, ce n’est plus que par goût d’ailleurs.

Tout cela est « un peu court », et heureusement on en revient : Napoléon III a donné à la France, avec autorité, une de ses plus prospère périodes, et créé ce qui fut alors sa modernité et qui fait aujourd’hui une grande partie du charme qu’elle conserve (Garnier, Eiffel, Haussmann, Vichy, Compiègne, etc…). Il produisit avant la naissance d’Emile Durkheim, une Extinction du paupérisme qui préfigure les oeuvres à venir en matière de sociologie, tout en écrivant un certain nombre d’ouvrages sérieux.

Il voyait loin, Napoléon III, le tant décrié, et bien au-delà de Sedan. Victor Hugo quitta son exil anglais de Guernesey après 19 ans. Napoleon III faillit bien le croiser, et il y demeure encore : après 135 ans à Farnborough, il faudrait peut être songer à l’en ramener.

Nul ne sait encore ce que sera la France dans quatre ans, mais son Président sait, lui, ce qu’il fera. Les Français auront quatre ans de plus, un paquet de retraités sur les bras, de nouveaux soucis, de nouveaux besoins, de nouvelles attentes. De nouveaux espoirs. Probablement toujours les mêmes. Il leur faut toujours un moment, pour mesurer le temps perdu.