Les « Habits neufs » du Secours Catholique

Simon Leys me pardonnera je l’espère un titre un peu tapageur, compte tenu de ce qu’il évoque, car il n’y a certes ici aucun tapage à annoncer.

Une remise en ordre peut-être. Et à l’heure où le seul mot de « Catholique » finit, dans un déplorable amalgame, par  être plutôt stipendié, il me semble opportun de donner de l’écho à cette mission concrètement charitable, ancrée tout à la fois dans la réalité politique et sociale et dans celle, infiniment ouverte et tolérante, du message ecclésial d’amour du prochain.

Une mission redéfinie depuis un an par son Président, François Soulage et qu’il a dernièrement, dans  mon journal préféré, fort bien rappelée.

La très large part qu’y prennent nombre de personnes de mon entourage m’y invite aussi, car il semble que, bien trop souvent encore, la notion de charité chrétienne demeure assez obscure pour tout un chacun. La définition d’un bénévole me semble de ce point de vue appropriée : « la charité chrétienne, c’est l’amour de Dieu en action« . L’action ne concerne évidemment pas, ici, la seule aide matérielle ou morale  généralement offerte à chaque personne brisée, mais bien, et c’est là toute la différence, la recherche, en lui, de son humanité.

On a longtemps considéré, et c’est encore le cas dans certaines provinces, que l’oeuvre charitable émanant de  bonnes personnes ne s’adressait d’abord qu’à leurs protégés, jugés par elles dignes de recevoir leur aide et, parfois, leur attention. De ce point de vue, les catholiques ne sont plus,  et depuis bien longtemps, ce qu’ils étaient. Sans doute trouve-t-on encore chez certains intégristes de tels ouvroirs et de  tels censeurs. Je renvoie mes lecteurs au poids de souffrance que ceux-ci infligent encore à notre Eglise.

Le bénévoles du secours catholique, aujourd’hui, sont gens de tous âges, origines et conditions. Ils ont pour mission première de chercher, jusque dans le dernier des exclus, le rebut, le barbare de notre société cette lumière souvent aveugle qui subsiste  chez certains d’entre eux, ce fil ténu qui les relie encore à leur nom d’Homme, dans un monde qu’ils ont rejeté ou qui les a bannis.

C’est donc bien au-delà de l’aide matérielle, souvent substantielle qu’on accorde en général aux malheureux,  que se situe la mission des bénévoles du Secours Catholique.  La nécessité de cette aide leur est dans la plupart des cas signalée par les services sociaux  qui en jugent sur d’autres critères. Il en faut. Tout autant que, budget oblige, il faut pour ces services que la morale s’en mêle. Celle d’une justification. D’un seuil social de pauvreté.  Hors de ce cadre, toutes les charités sont bienvenues, qui donnent. Mais la détresse, pour un catholique, se mesure aussi sur d’autres critères que ceux  de budgets ou de dons requis.

Il y a, face à la Misère, quelque chose d’autiste, un double regard qui fuit.

Grâce soit donc rendue ici à tous ceux qui ont cet élan, ce courage, cette Foi qui leur permet d’aller vers ces gens de la rue, dont j’ai déjà parlé ici,  les plus meurtris, les plus repoussants de cette lie humaine qui nous afflige,  nous indigne ou nous questionne et qui le plus souvent  rejette une aide jugée par d’autres nécessaire.

Grâce  leur soit rendue ici de regarder les pires d’entre eux,  de chercher dans ces visages, ces discours fracassés la trace de ce qu’ils ont été, qu’ils n’ont pourtant pas cessé d’être, ailleurs, ici : ceux de tous les hommes, universels enfants de Dieu.

L’analyse sociologique du monde comme incitation au désespoir

L’analyse percutante livrée aux dernières Etudes par l’éminent sociologue Jean-Pierre Legoff sur Le fil rompu des générations m’invite tout naturellement à une sorte de réponse sur son son triste constat.

réunion de famille, 2007
quatre générations d'une belle famille réunie

Nous avons  en commun au moins notre âge et  l’histoire de notre génération. Certainement pas le même bilan. Je n’ai fait ni les mêmes études, ni suivi le même chemin,  sans m’être pour autant jamais égarée dans d’autres voies que celles, ardues,  du questionnement. Y compris celui du A quoi bon ?

La sociologie, inventée il y a plus d’un siècle au coeur d’une société  minoritairement prospère a eu depuis lors pour objet de brosser le portrait chiffré du fait social , et d’en mesurer les effets à l’attention des gouvernants.

La pratique religieuse, le mode alimentaire, le suicide par exemple, sont autant de faits sociaux. De même que les employés, les cadres, les retraités ou les moins de vingt ans en sont autant de groupes. Cela n’est pas en soi d’une grande nouveauté : Démosthène ou Cicéron savaient très bien déjà ce qu’était leur société et de combien de divisions ils disposaient. La nouveauté  réside, depuis plus d’un siècle, dans l’objectif même de cette science sociale. Celui,  louable,   d’éclairer  leurs dirigeants sur les maux de nos sociétés pour qu’ils y portent des remèdes.

Il semble pourtant, à l’aune de tout ce  l’on voit, lit,  et entend, que rien jamais n’aille vraiment comme il faut. On nous sert à tout propos une vision quasi désespérante du monde.

Dans les études sociologiques, tout est en fin de compte terriblement relatif.  Nous sommes aujourd’hui éclairés sur la plupart de nos comportements, de nos modes de vie, de consommation, de pensée, même. Mais est-ce bien nous ? Est-ce bien moi ? En termes de communauté, sans doute. De marketing, assurément. En terme individuel, certainement pas.

Ce que M. Le Goff met en lumière, cette rupture, voire cette vision citée par lui des Libres enfants de Summerhill (1) qui semble opérationnelle aujourd’hui, tout cela, au fond, ne me convainc pas vraiment. C’est faire fi, me semble-t-il, de cette capacité quasi reptilienne des hommes de chaque époque à inventer le monde ou, pour quelques-uns, à le réenchanter.

Une des constantes de l’Humanité est qu’il se trouvera toujours en son sein une minorité d’hommes éveillés, animés d’une Foi quelconque en la Vie et en l’Esprit de l’Homme et capables de drainer assez de force et d’énergie pour en assurer la vigueur, la complétude et l’épanouissement.

Il y a heureusement encore, et il y aura probablement toujours, autour de nous,  beaucoup de talents,  et de merveilleux jeunes gens de trente ou même quarante ans.

Nous avons, à soixante ans et bien au-delà, un regard sur le monde qui sera toujours celui de notre génération, de nos incertitudes, des succès  et des ratés de notre propre histoire. A nous de ne pas entraver le cours de l’éternelle Espérance nécessaire à tous  ceux qui nous suivent et n’ont pas, du moins pas encore, fait l’expérience de nos jours. Celle-là viendra à son tour.

(1)  « Un jour, les jeunes n’accepteront plus la religion et les mythes désuets d’aujourd’hui. quand la nouvelle religion viendra, elle réfutera l’idée que l’homme est né dans le péché. Elle louera Dieu en rendant les hommes heureux. La nouvelle religion réfutera l’antithèse du corps et de l’esprit, ainsi que la culpabilité de la chair. Elle saura qu’un dimanche matin passé à se baigner est plus sacré qu’un dimanche matin à chanter des cantiques- comme si Dieu avait besoin de cantiques pour se satisfaire. Une nouvelle religion trouvera Dieu dans les prés et non pas dans les cieux. Imaginez un moment tout ce qui pourrait être accompli si dix pour-cent seulement des heures passées en prières et en visites à l’église étaient consacrés aux bonnes actions, à la charité et à l’aide au prochain ?« 

Alexandre S. Neill, Libres enfants de Summerhill, Maspéro, 1970, p.216 – Cité par Jean-Pierre Legoff in Le fil rompu des générations, Etudes, février 2009, pp.175-186

Crise, relance, investissements : Français figés dans la « negative attitude »

Ecoeurée. Je suis écoeurée par la réaction de tant de Français CONTRE. Contre tout, en somme. Contre le Pape. Contre le Président. Contre le Gouvernement. Contre les mesures. Contre le changement. Contre le mauvais temps.

Certes, il est de bonne guerre que l’on s’oppose. Il en est de meilleure encore que l’on propose. Et que propose-ton ? L’impossible, dans l’immédiat, le court terme. Sans jamais penser à demain.  Ce demain devenu aujourd’hui, il y a plus de vingt ans que la France l’a laissé passer. Le temps perdu par certains doit être rattrapé par d’autres et c’est bien maintenant ce qu’ils essaient de faire. Dans les pires conditions. Une crise qui certes est nationale, mais parce qu’elle touche aussi, plus fort encore,  le monde entier.

Que fait donc Barack Obama, adulé par ces mêmes Français  ? Il lance de grands chantiers (il était temps). Mais quelque soit l’état souvent déplorables des infrastructures aux Etats-Unis,  ce qui n’est pas le cas des nôtres,  leurs universités seront toujours les meilleures, à cause du système qui les fonde : Elles se gèrent elles-mêmes. Que  ceux qui aujourd’hui  prétendent, comme je l’ai entendu dire ce matin,  que l’esprit de compétition qui va maintenant régner dans nos universités autonomes sera un frein à la recherche, que ceux-là fassent  au moins amende honorable de leur hypocrisie.

Il n’y a que les gogos pour croire que la recherche se fait dans la sérénité d’équipes égales et solidaires. Dans ce domaine là plus qu’ailleurs, c’est la qualité des chercheurs et l’esprit de compétition  qui mènent les travaux,  et leur financement qui les fait progresser et parfois aboutir.

La prospérité, dans des sociétés comme la nôtre,  est la seule condition possible à l’indispensable prise en charge des plus faibles et des plus démunis.

Ce n’est pas en se focalisant sur la satisfaction immédiate de besoins certes légitimes que l’on peut parvenir à  retrouver l’équilibre et les emplois perdus. Les conditions d’une nouvelle prospérité passent assurément par l’ adaptation  en cours de tout ce qui chez nous s’est trop longtemps figé : Education, recherche, création, financement et innovation.

On devrait plutôt mesurer la chance de n’être pas, chez nous, au Zimbabwé. De disposer d’une (grosse) poignée d’hommes, de femmes attelés à ce travail  immense qui consiste à gérer, relever et maintenir en bon état de marche un pays assailli par tant de tempêtes, et tant d’acrimonie. Certes, on leur connaît des privilèges, mais ils sont assortis à l’ampleur d’une tâche qui les rend corvéables… à merci.

Oui, je suis écoeurée par tant de dédain, de rejet, de refus quand ce n’est pas tout bonnement de la haine. Cette haine qui n’engendre jamais que le pire, ce pire dont j’aimerais  être sûre qu’il n’est jamais certain.

Associations : tant de richesse humaine à partager

Je ne parlerai pas ici de ces grandes enseignes, réputées d’utilité publique qui jouent pour la plupart un rôle considérable à tous les échelons de notre société, mais de celles, bien plus modestes, qui regroupent très localement des gens de tous âges et de tous horizons qui,  sans elles,  ne se seraient jamais rencontrés.

L’isolement, la solitude ne sont pas que des marronniers de l’info, mais bien une question permanente à laquelle chacun de nous  est un jour confronté.

Il n’est pourtant pas un village en France, pas  un quartier, qui ne dispose au moins d’un  lieu de rencontres et de groupes d’activités. On trouve dans le sport, la musique, le patrimoine, la religion, la tradition, le voyage, l’art culinaire, le jardinage, les beaux-arts et les belles lettres autant de sujets d’intérêt et,  chaque fois,  des gens à rencontrer.

Cela ne s’est pas fait sans rien, mais par l’initiative de quelques-uns qui souvent se démènent pour lancer un projet, le financer, le mettre en place, l’accompagner. L’offre abonde aujourd’hui, même au fond des campagnes, de  manifestations très variées, montées par toutes ces associations. La concurrence est rude,  et l’effort requis par leurs acteurs pour chaque mise en oeuvre  pas toujours récompensé à hauteur du travail fourni. Mais qu’importe à la fin : ce qui compte, et ce qu’en retiennent les membres n’est au fond que ce qui  les a, pour un temps, rassemblés.

Je tiens à saluer ici, et c’est le seul objet de ce billet, tous ceux qui fidèlement, depuis parfois bien des années, participent, adhèrent à ces associations de créateurs bénévoles qui soutiennent, animent et encouragent autant de projets,  pour tant de joie et de richesse humaine  à partager.

Catholiques: vers l’unité, la dissidence ou l’abandon ?

J’avais décider d’arrêter, mais là….. L’incroyable remous que provoque la décision de Benoit XVI de lever quatre excommunications,  le jour même du cinquantenaire de Vatican II, appelle à trop de questions.

L’unité des chrétiens était et demeure l’objectif du fameux Concile. Sa modernité et ses bienfaits  semblent  bien mal perçus encore dans l’opinion,  gavée par des medias toujours enclins à forger des catholiques une image archaïque et affligeante  de ce qu’ils ce qu’ils pouvaient être il y a cinquante ans.  Celle de nos intégristes d’aujourd’hui, en somme. Bornés, rétrogrades et surtout politiques.

Reste que ce  groupe dissident est pourtant bien distinct  de la majorité des catholiques de France, moins audibles sans doute.  Ceux-là  ne sont plus appelés en leurs églises que par leur Foi, l’Espérance et la Joie du partage. Sans artifices superflus. Dans des églises qui, par manque de moyens et de vocations tombent parfois en déshérence.

Tel n’est pas le cas en effet des exclus d’aujourd’hui, invités à nous rejoindre demain, qui sont puissants et si fiers, semble-t-il, d’engendrer ce tapage.  L’enjeu est néanmoins de taille : il leur faudra accepter ce que depuis toujours ils refusent : suivre le Magistère, et par conséquent se soumettre aux évolutions du Concile. Que je sache, il n’a jamais été question, à Rome,  d’en abroger l’esprit. Ou du moins pas encore.

Hors l’Eglise, il étaient schismatiques. Dans l’Eglise,  ils risquent bel et bien de d’amener des ruptures. Leur arrogance et leurs certitudes,  manifestes depuis le Motu Proprio, leur permettent de penser,  voire de dire,  qu’après avoir gagné le retour en grâce du rite tridentin ( pourtant jamais  exclus du rituel  concilaire), ils parviendront à obtenir l’abrogation du Concile lui-même.

Notre Dame d'Orcival
Notre Dame d'Orcival

Leurs évêques n’ont jamais levé là-dessus leurs réserves. Je leur dédie cette image de Notre Dame d’Orcival, invoquée pour libérer de toute sortes de carcans.  Celui de leur intolérance  est  fameux.

L’ évêque émérite d’Amiens, Mgr Jacques Noyer, exprimait librement dans sa dernière homélie le sentiment aujourd’hui partagé par un grand nombre d’entre nous.

La jeunesse catholique de France témoigne fort heureusement d’une grande clarté à l’égard de sa religion : ouverture, tolérance, charité,  joie et partage en sont la règle. Ses grands  rassemblements en sont la preuve.  Reste à espérer qu’elle parvienne à éclairer tous ceux dont la vocation  se focalise et s’étrécit  encore sur la voie passéiste des courants dissidents.

Je n’ai pour ma part aucune envie de retrouver dans mon Eglise, que j’ai  récemment retrouvée,  tout ce qui m’en avait éloignée il y a tout juste… cinquante ans. C’est, à mon âge, une arête en travers de la gorge qui dégoûte souvent du poisson.

Les vies rêvées de Paul Auster : un cauchemar américain

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Je viens de retrouver avec bonheur  un auteur qui m’était cher, qui m’avait passionnée pendant la dernière décennie et que, sans raison apparente, j’avais depuis lors négligé.  Sans doute y suis-je revenue à cause du livre de sa femme,  évoqué ici en septembre dernier. C’est cela, la force des auteurs de livres :  ils nous lient.

Il doit être heureux, maintenant, Paul Auster. L’Amérique, avec une grande partie de monde,  encensent (mais pour combien de temps ?) son nouveau Président. Mais sans Dobleyou B, sans la guerre, sans la crise,  il n’aurait peut-être pas écrit son dernier roman. Ce n’est pas son meilleur, mais la première moitié vaut le détour. L’ univers austerien reste assez personnel, malgré l’emploi d’un procédé auquel les amateurs de science-fiction  sont rompus. Paul Auster demeure un témoin lucide, sinon désabusé du monde des hommes, avares trop souvent de leur  humanité.

J’ai trouvé dans cette lecture, mais dans bien d’autres choses encore,   une invite  à fermer ce bloc que je tiens depuis près d’un an. Il n’ était qu’un parmi d’autres, avec, même,  quelques affidés. Mais il faut du temps pour écrire, et celui que j’ai passé là m’a été, de ce temps-là, trop largement décompté.

Merci à tous mes cliqueurs,  lecteurs, zappeurs  et commentateurs. Ils me retrouveront peut-être un jour, ailleurs.

Ostensions limousines : un rappel septennal à l’unité

Les Ostensions limousines, ou présentations septennales des reliques des Saints limousins,  demeurent  encore pour beaucoup de Limousins eux-mêmes  un  sujet d’intérêt, de conférences sinon de débat.

photo A.Mitteau
Ostensions 2002, Aixe sur Vienne

Leur préparation fait l’objet, tous les sept ans et pendant plus d’un an, d’une mobilisation et d’une effervescence assez remarquables, qui en font, de mon point de vue,  leur principal intérêt.

Dans toutes les communes ostensionnaires,   des groupes se sont constitués, des commissions, des comités ;  les gens se sont rencontrés pour organiser les processions, chants, messes, représentations ; pour fabriquer les décorations mises en place au jour dit pour parer les rues, les façades de fleurs et d’oriflammes. Combien de kilomètres de papier, tissu et fil de fer transformés en roses,  en glycines, en fanions aux couleurs de chaque blason ? Combien d’heures, aux veillées, passées à les confectionner, par des mains de tous  âges ?  Combien de réunions, de recherches, de publications, de communications  ?

Quand les périodes électorales exacerbent les opinions et pointent leurs différences, les années ostensionnaires en lissent les aspérités et exaltent les ressemblances, la tradition, la continuité.

Par-delà toutes les obédiences, intérêts ou croyances, elles ont le pouvoir de rassembler. Ces occasions-là, il ne faut jamais les manquer.

« Qu’a-t-il fait », Jean Le Fèvre d’Ormesson, gentilhomme, philosophe, écrivain, esthète et catholique ?

Cette question, qu’il se pose tout au long de son dernier livre,  appelle pour moi une réponse franche et immédiate : il a écrit. Pour le plus grand plaisir de ses nombreux lecteurs. Sans doute s’est-il beaucoup raconté, mais se racontant, c’est toute l’Histoire qu’il leur conte. L’histoire générale, l’histoire des sciences, des lettres et des arts, l’histoire du monde et celle des hommes. Il leur fait rencontrer un « milieu » qui n’est pas forcément le leur, qui les fait quelque fois rêver, que certains jalousent, que d’autres carrément récusent. Mais la Révolution est déjà passée, ne leur en déplaise. Les gentilhommes d’aujourd’hui travaillent et,  s’il leur arrive de réussir, c’est aussi, quelquefois, parce qu’ils ont du talent.

M. d’Ormesson aura eu, comme il l’a encore, le talent d’aimer la vie, d’aimer dormir, d’aimer rêver, d’aimer aimer. Certes, il a eu l’opportunité de le faire ; mais il a eu, comme il l’a encore, le talent de faire partager le fruit de sa curiosité insatiable : une culture d’honnête homme qui imprègne chacun de ses livres sans jamais la moindre afféterie, car il a la simplicité des grands.

Ce qu’il a fait : témoigner d’un temps qui n’est déjà plus le nôtre, mais auquel il s’est adapté. Eveiller des curiosités, attiser des élans, ouvrir des regards et, peut-être, des consciences. Il a tant aimé Chateaubriand qu’il a su, aussi, le faire aimer à d’autres. J’en suis. Qui sait si, sans ses évocations passionnées, j’aurais jamais eu cette ardeur à me plonger, m’y délectant, dans les Mémoires d’Outre-tombe ?

Château de Saint-Fargeau
Château de Saint-Fargeau

Je passe chaque été  par Saint-Fargeau pour me rendre en Bourgogne, et chaque fois ressens cette même émotion : c’était là le Plaisir de Dieu, autant dire un temps qui n’est plus. Dieu, dont Jean d’O ne craint pas de parler, car il est catholique, tout imprégné de ces valeurs chrétiennes qu’il a si bien rappelées l’hiver dernier aux Chrétiens de France pour sauver ceux  qui souffrent en Irak.

Je déplore pourtant qu’il consente encore,  par obligation sans doute, à se « produire » sur certains plateaux-télés où la laideur de l’environnement le dispute le plus souvent à la vulgarité tonitruante de l’animateur : que va-t-il faire dans ces galères ?

Etats-Unis : et si le gagnant annoncé par les news media n’était pas celui des gens ?

Allez !, comme dirait Ali Baddou ; je me vais faire encore plus bête que je ne le suis : matraquée de toutes parts par une Obamania qui finit immanquablement par agacer, je m’interroge sur ce que je ferais si j’étais Américaine et si, la semaine prochaine, je devais voter.  Eh bien il est probable que, par esprit de contradiction et par rejet quasi allergique de ce qu’on voudrait m’imposer, je voterai pour celui que la presse s’acharne à « jouer » perdant. John Mc Cain.

Je ferais un rapprochement idiot entre l’âge moyen des traders et autres harponneurs de fonds, les milliers de millions de dollars qu’il a fallut, qu’il faut encore, derrière eux,  injecter dans l’Economie, les centaines de millions que les candidats injectent dans leur campagne pour gagner à leur cause l’homme de la rue qui ne dispose le plus souvent que d’un salaire et d’une maison, quand il l’a encore et que des crédits véreux ne l’on pas mis hors de chez lui.

Le budget des campagnes est gigantesque : celui de John Mc Cain atteindrait 400 millions, dont 84,6 millions de subvention fédérale. Mr Obama, qui a refusé d’emblée cette subvention, préférant le support direct de ses soutiens, en aurait tout de même collecté plus de 600.

source Wikicommons
source Wikicommons

Enfin, si je comprends l’ambition d’un homme jeune et brillant à mener les destinées de son pays (Mr Obama), je ne suis pas indifférente à celle, apparemment plus forte encore, de son épouse. j’admire peut-être davantage, question d’âge sans doute,  le courage  d’un homme très mûr, meurtri mais pourtant apaisé, qui m’apparaît  poussé par l’urgence du devoir et de l’honneur plus que par l’ambition d’un pouvoir qu’il détient déjà : M. Mc Cain est riche, très riche et pourrait couler des jours heureux et tranquilles sans se charger d’un tel fardeau.

L’Amérique d’aujourd’hui, qui  ne ressemble plus guère et depuis longtemps déjà à celle que j’ai connue sera pour son dirigeant une charge si considérable par tant d’aspects, si risquée aussi pour le reste du monde,  que seul un vieux cuir bien tanné mais de bonne résilience pourra y faire face, tout au moins pour quatre ans.

Action directe, Brigades rouges, terrorismes : il n’y a pas d’assassinat politique, il n’y a que des assassins.

C’est le premier des Commandements des Tables, mais c’est aussi celui de toutes les sociétés tant soit peu policées, dont la nôtre : tu ne tueras point. Le reste n’est que verbiage idéologique. Tuer qui que ce soit froidement, en pleine rue, devant chez lui demeure, quel qu’en soit le motif, un acte de haine incompressible et irréductible. La haine n’a pour corollaire que la mort, celle que l’assassin inflige à certains, celle qu’il fait planer sur d’autres.

Tables de la Loi
Tables de la Loi

La vocation de certains activistes est d’abord la Haine, une haine primale,  farouche et glacée d’opposition et non de résistance. On ne résiste pas à, on s’y oppose. Une opposition si radicale qu’elle reste le plus souvent restreinte, donc inaudible, et prête à tout pour qu’on l’entende. Des luttes absurdes et mortifères. Quelles qu’elles soient. l’Histoire récente regorge de ces combats.

Le battage fait récemment autour d’anciens membres ou leaders de mouvements extrémistes des années 1970-80, jugés pour leurs actes invite à la réflexion : certains d’entre eux ont été complètement anéantis, physiquement ou moralement ; d’autres ont été en quelque sorte privilégiés par un statut particulier (semi-liberté). L’exposition médiatique, dans ce cas précis, vaut aujourd’hui à l’un d’eux de retourner en geôle pur y purger normalement sa peine. Faut-il s’en indigner ?

Même si, de mon point de vue chrétien, c’est Dieu qui, en dernier ressort sera le seul juge, ce serait mépriser la justice des hommes, la Justice de notre République, que d’en modifier la sentence. D’autant que l’individu n’a, selon toute apparence, fait preuve d’aucun sentiment de culpabilité ou, pire, du moindre remords.

M. Georges Besse était un de ces grands patrons, éclairé et humain dont la France d’aujourd’hui aurait sans doute bien besoin : il  n’a jamais failli dans ses missions d’ingénieur visionnaire. La haine et la lâcheté seules ont brisé sa vie et celle de tous les siens. Non, il n’y a pas d’assassins politiques, il n’y a que des assassins.