Petits et grands profits du travail bénévole

Je m’étais intéressée,  il y a déjà plusieurs années, à cette « manne économique » que représente le travail bénévole des retraités. Des études sérieuses ont été faites sur le sujet, qui sont je crois assez éloquentes : en 2002, le poids de l’activité bénévole représentait près de 820.000 emplois (équivalents temps plein) comme on peut le lire dans le rapport de Lionel  Prouteau (« La mesure et la valorisation du bénévolat », Colloque Addès, juin 2006)

Actifs ou retraités, nous sommes tous,  ou presque,  des travailleurs bénévoles, puisque c’est ainsi que l’on qualifie ce que l’on fait pour d’autres, au gré de notre « bon vouloir » comme l’indique le terme lui-même.  Un bon vouloir qui en principe n’attend rien en retour de ce don de soi-même, cette aide et ce partage nourris d’échanges, de sollicitude ou de compassion selon l’objet de la mission  et la fonction du « donateur ». Un bon vouloir qui est (ou devient) parfois pour certains un travail  à temps plein et une  aubaine pour ceux qui l’utilisent sans le moindre débours.

Cette manne assez considérable permet le fonctionnement d’une majorité d’associations voire d’organisations qui ne sont pas toutes, tant s’en faut, charitables et qui,  sans la gratuité du travail bénévole, ne pourraient tout simplement exister.

Dans un monde régi par l’argent, on ne peut donc que s’en réjouir. Pour autant,  l’argent  semble plus facile à trouver que le temps. Dès lors qu’ils sont sollicités pour une « bonne cause », la plupart des gens se font donateurs – mais pas forcément bénévoles-, même si, en temps de crise, leurs budgets se restreignent,  comme le redoutent la plupart des associations. Celles-ci  n’hésitent plus,  d’ailleurs,  à recourir aux méthodes des entreprises, en « recrutant » des donateurs, tout autant que des bénévoles,  à l’aide de personnels ….rémunérés.

Dans ce qui est devenu aujourd’hui un véritable « marché solidaire », on ne peut que louer l’abnégation,  le mérite mais aussi la  valeur de ceux qui donnent, de l’argent ou d’eux-mêmes, sans  intérêt ou, au plus, celui d’une simple reconnaissance, voire d’un statut qui n’ôtent rien à la générosité de leur démarche. Car c’est bien là une valeur considérable, qui permet de générer des profits qui, d’une façon ou d’une autre, se répartissent. Même si ce n’est pas toujours vers les plus nécessiteux.

Le chemin de l’Enfer (économique) passe au-dessus des bonnes intentions

Etre trop riche en France n’est plus une sinécure depuis que Nicolas Fouquet commit l’insigne injure d’étaler ses richesses devant son Roi exsangue. Il en fut bien puni, mais cela ne changea guère le sort de tous les pauvres qui en France, en ce temps-là, étaient légions. Ce n’est plus, même aujourd’hui,  tout-à-fait le cas.

Si l’on veut bien exclure ici (la parenthèse mériterait bien davantage que ce simple billet) l’argent indigne de tous ces trafics divers et variés qui échappent encore au contrôle de presque tous les Etats,  pour ne s’en tenir qu’à celui que génère l’Economie aujourd’hui chancelante, (on lui a tant reproché d’être horrible) il y a tout de même lieu de s’interroger sur le comportement apparent d’un très grand nombre de Français qu’indignent à juste titre des profits scandaleux de certains mais qui donnent généreusement aux Jeux de  l’Etat qu’ils conspuent bien plus encore que ce qui lui rapporte les fortunes qu’ils rêvent pourtant d’atteindre et que de toute évidence ils envient.

Gagner sa vie est dans la plupart des cas le souci de chacun, même si un nombre croissant de gens espèrent le faire facilement et sans trop d’effort. Avoir un emploi est encore, de ce point de vue,  le premier sinon le seul moyen de le faire. Encore faut-il qu’il y en ait un.

Sauver les entreprises qui restent, encourager celles à venir et former de nouvelles compétences  me semble donc,  de ce point de vue,  la plus positive des démarches entreprises par un certain nombre d’Etats, dont le nôtre. Le bouclier fiscal en fait partie, qui limite la pression sur les créateurs, communément considérés aujourd’hui comme fournisseurs d’emplois.

Mais le quasi lynchage médiatique auxquels sont livrés aujourd’hui un grand nombre d’entrepreneurs risque à terme de les détourner de chez nous. Leur imposer en outre, et  par la loi,  une morale qui n’a déjà  plus cours ailleurs, ne palliera pas ce manque à gagner.  On ne peut à la fois tendre la carotte ET le bâton. L’argent des affaires, du travail, de l’emploi lui,  circule. Il pourrait aussi bien aller circuler ailleurs. Il y a d’autres paradis pour les entrepreneurs.  Les bonnes intentions ne sauraient seules paver ces chemins-là.

Ecrire libre pour le plaisir ou pour le profit…. des autres ?

écrire.......
écrire.......

J’écris depuis toujours. Cela m’a même, longtemps,  permis de vivre. C’était donc par nécessité, même si j’y prenais parfois, et même le plus souvent, le plaisir de le faire bien. Maintenant, je n’écris plus que  par plaisir, ou par cette autre forme de nécessité que m’impose les flux convergents de mon âme, mon coeur et mon cerveau. Parce que je vis et pense ; je crois d’ailleurs que je commence à penser avant de vivre. C’est ainsi. La vie de mon temps m’interroge, me questionne, me harcèle et me dérange. J’aime étrangement la Beauté, la fraîcheur, la candeur, pour ne pas citer l’Innocence.  Autant dire que je ne suis plus de ce monde si empreint de conflits, de rejets, d’intérêts,  de laideur. Mais pareil à ce qu’il fut, en somme, de toute éternité. L’Homme est entre Dieu et Diable, libre d’aller de l’un à l’autre ou même nulle part ailleurs qu’en lui-même. S’il le veut. Je serais tentée de dire : s’il le peut.

Notre esprit seul peut être vraiment libre, pourvu encore qu’il soit construit. De ce point de vue, rien n’est jamais perdu. J’ai toujours en mémoire ce Padre Padrone des frères Taviani, qui représentait assez bien tous les « possibles » pour qui n’a jamais eu la moindre chance de trouver « sa » meilleure place au départ.

J’ai déjà dit ici tout le bien que je pense d’internet et de ce libre accès à tant de connaissances. Encore faut-il qu’elles soient bien exploitées. Cela demande un minimum d’effort,  pas mal, aussi,  de réflexion et de recul et, en amont, de connaissances. J’ai derrière moi plus de cinquante ans de lectures, des années d’études, de recherches constantes sur des sujets les plus variés. Ma mémoire n’en a conservé qu’une infime substance, mais elle est concentrée. Elle fournit le support de mes billets.

Depuis plus d’un an que je « blogue », j’ai vu s’accroître mon nombre de « lectures ». j’avais dès le début indiqué sur mes pages que ce blog était bien indexé, par égard pour les professeurs qui chaque jour sont  confrontés au pillage de « devoirs » en ligne. Il est malgré tout peu problable qu’ils aient le temps de vérifier et quand bien même, ce ne serait qu’un moindre mal, eu égard à ce que l’on voit.

D’autres ont trouvé, dans cette explosion de blogs une nouvelle source de profit. C’est le cas de Paperblog, magazine en ligne qui recense les « meilleurs billets », livrés pro Deo à la lecture publique. Pourquoi pas après tout ? Je serais bien mal fondée à m’en plaindre : on y trouve les miens.

Les statistiques n’ont pas à être « ethniques », mais à prendre en compte des paramètres concrets

C’est agaçant, à la fin, cet usage abusif du terme « ethnique ». On se croirait dans un cours de socio des années 70, en train de rebâcher Mauss et Levy-Strauss. Il est décidément plus facile de parler des bêtes que des hommes.  On usa longtemps d’ un vieux mot, pour définir les différences apparentes des uns et des autres, qui s’appliquait à tous, hommes et bêtes. Mais voilà, plus question de le prononcer. Race. Un mot  aussi signifiant que celui de  racines, qui sont propres à chacun d’entre nous, même quand on les ignore,  et que traînera encore longtemps la généalogie de notre espèce. Un  mot que  Gobineau,  certes,a perverti. Mais oublions un peu Gobineau ! Et souvenons-nous plutôt de Bartolomeo de Las Casas ou mieux encore, lisons ou écoutons Yves  Coppens

Je ne me suis jamais demandé de quelle « ethnie » j’étais. J’ai appris en un temps qui n’a plus court, qu’une classification permettait l’étude et qu’il fallait bien classer. Nous sommes, nous humains,  tous pétris de chair, d’eau et de sang et tous sexuellement compatibles. Mais nous sommes en apparence différents : blancs, cireux, bruns rouges ou noirs de peau ; issus d’origines et de contrées diverses, mélangés, métissés. Et nos chemins nous sont propres, qui nous menés là où nous sommes.

Que peut faire pour lui  l’administration d’un pays libre et protecteur qui ignore ce qu’est réellement sa population ? On a depuis des années dépouillé des données statistiques tous les paramètres déterminant les spécificités de chacun. Origine géographique, culture ou religion.  Les chercheurs de l’INED ont bien du mérite dans la poursuite de leurs travaux et Michèle Tribalat s’en est largement fait l’écho.

Il semble que tout en ce domaine fonctionne plus ou moins « à la louche » de données parfois arbitraires de telles ou telles organisations, associatives ou pas, relayées souvent sans contrôle par des organes de presse ou des medias qui en font leurs choux gras. Cela n’est pas sérieux. Chacun y va de son « stigmate » quand il ne s’agit que de connaître, comprendre, résoudre ou du moins tenter de le faire.

On ne fait pas de bonnes statistiques sans de bons paramètres. En matière de population, l’origine géographique et culturelle est probablement le plus concret.

Réforme territoriale 2014 : pourquoi pas une nouvelle Province ?

J’ai toujours (ou presque) vécu en province et  n’ai jamais aimé le terme de « région ». Le découpage de nos Régions correspondait déjà assez peu à la culture de leurs territoires (le Bourbonnais est sans doute plus proche du Bourguignon que de l’ Auvergnat et l’Ardéchois   probablement assez éloigné du Savoyard  auquel il est rattaché. Question d’histoire, mais surtout de géographie.

Le Massif Central
Le Massif Central

Ce qu’on nous propose aujourd’hui représente pour certaines d’entre elles un quasi déni. Rattacher l’Auvergne à la déjà immense et puissante Rhône-Alpes, par exemple ; ou même encore, la rattacher au  Limousin, car on est encore sûr de rien. Peut-être dépecer le Poitou pour repeupler le Limousin et agrandir encore l’Aquitaine ? On n’en sait rien.

Il semble que M. Balladur (ou son comité) n’ait pas pensé un seul instant qu’il y avait, dans son projet, une opportunité, peut-être, de redistribuer des cartes jusque là assez mal données. Pourquoi pas, en rognant sur leurs alentours, créer enfin, comme une nouvelle province,  un large Massif Central qui est après tout le coeur de ce pays ?

Par les temps qui courent (et sont encore à venir), qui sait s’il ne sera pas plus agréable de vivre dans tous ces lieux aujourd’hui tranquilles et vastes où bien des gens pourraient trouver une douceur de vivre qu’ils ne trouveront jamais au sein des métropoles surpeuplées qu’on nous annonce de toute part comme l’avenir de nos sociétés ? Que savons-nous de cet avenir, d’ailleurs ?

Quoi qu’il en soit, il faudra « faire avec ».

Quant à la France, elle  est le plus souvent coupée en deux. Quel que soit le gouvernement en place, le projet, les résolutions, les dispositions qu’on leur propose, il y a toujours ches les Français, à parts quasiment égales,  ceux qui sont pour, et ceux qui sont contre. Sauf si demain, et pour de vrai, on rasait gratis. Là, tous les Français,  enfin,  seraient d’accord.

Patrimoine d’usine et triste fin de partie : pneus Englebert, Uniroyal, Continental

Ce n’est pas sans émotion que j’ai appris, comme tout le monde, la fin programmée de l’usine Continental de Clairoix . Car sans elle, je n’aurais probablement jamais vu le jour.

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Pneu arrière

Il a fallu que Georges Englebert,  le fils d’Oscar ,  fasse l’acquisition, en 1936, d’une usine de soieries près de Compiègne, qu’il  confie l’installation d’une nouvelle usine de pneus  à  celui qui avait déjà implanté celle d’Aix-la-Chapelle, que ce dernier ait  deux filles et que l’une d’elles rencontre,  parmi les nombreux ingénieurs que son père devait recruter, celui qui allait devenir le mien.

On ne trouve aujourd’hui plus aucune trace de Walthère Demarche, qui dirigea  vingt deux ans encore cette usine Englebert qu’il avait montée,   qui employait alors 1700 salariés et donnait à la ville une nouvelle prospérité. Seuls les Compiègnois très âgés s’en souviennent peut-être, tout comme certains de mes amis, plus jeunes, qu’il fascinait par sa sagesse, son savoir et sa gentillesse.

J’appris beaucoup plus tard qu’il devait une grande partie de son élégance, car mon grand père était élégant, à la gratitude d’un tailleur juif qu’il avait caché et sauvé et qui lui offrit, après guerre, la totalité de ses beaux costumes.

Après lui  les pneus  ont changé, comme le reste ;  l’usine est devenue  Uniroyal puis Continental.  J’ignore ce qu’a été la vie de cette usine et de ses employés  pendant toutes ces  années, mais j’imagine le désarroi de la ville où je suis née  face à la perte de ce qui la faisait vivre depuis  soixante dix ans.

J’éprouve une grande compassion pour  tous ceux dont l’avenir est aujourd’hui si fortement assombri par la suppression annoncée . Savoir que cette usine figure déjà  au patrimoine culturel me semble presque aussi infâmant que le mépris affiché par notre époque pour le fruit de l’effort, de la patience et du labeur des hommes qui décidément ne valent plus grand chose face à la quête d’autres de profits.

On a beau dire que la roue tourne, j’ai du mal à imaginer que ce soit sans pneu.

Pauvre à crédit, suite : le nouveau piège des banques

J’ai eu la bonne inspiration d’aller  hier chez le coiffeur : dans ce dernier salon où l’on cause, j’ai appris que rien (et surtout pas la crise) ne pouvait freiner la rapacité des banquiers.

dangereux (wikicommons)Une de nos grandes banques (que je ne nommerai pas, mais les autres la suivent) a sorti l’été dernier, en plein focus sur les dérives du crédit renouvelable, un nouveau gadget : la carte de paiement alterné. Il faudra être vigilant en sortant sa Visa et préciser la bonne case de paiement : comptant ou à crédit. Car ce crédit (renouvelable) sera tout aussi (ou presque) ruineux que celui qui a mis l’Américain moyen par terre et avec lui tout un système.

Le scandale, car c’est véritablement un scandale, est qu’il est quasiment impossible aujourd’hui d’obtenir un prêt, beaucoup moins rentable pour ceux qui sont censés les octroyer que l’offre permanent de renouvellement.

Mon audience étant extrêmement limitée et les commentaires à mes billets presque inexistants, je gage que cette alerte, que je voudrais écrire en rouge, aura bien peu d’effets. Las ! une protestation massive serait pourtant opportune, quand de part et d’autre de l’Atlantique on cherche à coup de milliards, à renflouer une économie croulant sous la perversité.

Je n’aurai qu’un mot, un conseil : surveillez vos arrières,  vos arrierés et surtout faites vos comptes !

Le refus de croissance, un luxe impossible pour ceux qui n’ont rien

Ce qui fut,  depuis au moins quarante ans, une mode limitée à quelques groupuscules de contrôler voire  rejeter  toute forme abusive de Consommation,  serait en passe de devenir un modèle de comportement pour des tranches de plus en plus étendues de Français, et pas seulement.

Hierarchie des besoins humains, dite Pyramide de Maslow
Hierarchie des besoins humains (Pyramide de Maslow)

Il n’en demeure pas moins qu’aujourd’hui, en temps de crise- et celle que nous n’avons pas encore fini de vivre promet d’être assez fameuse – « l’objection de croissance » ne concerne que les mieux nantis. J’ai encore à l’esprit ce vieux souvenir, la fameuse pyramide de Maslow qui définit,  en quelque sorte, la gradation des besoins humains.

L’impact de l’Ecologie, (suivant Haeckel) indépendamment des enjeux politiques qu’elle représente et dont je me garderai bien de parler ici, a tout de même fini par se faire sentir comme en témoigne le récent rapport Mc Kinsey.  Je ne peux que m’en réjouir, n’ayant jamais été moi-meme adepte ni usager de toutes sortes de gaspillages.

Gaspillage est le terme le plus approprié pour définir la plupart de nos comportements pendant les cinq dernières décennies, en terme de consommation d’énergies, de matières ou d’objets et certainement plus encore de potentiels humains. Mais en revenir,  comme cela semble être en cours aujourd’hui signifie aussi en avoir déjà largemet profité.

Je ne peux donc m’empêcher de penser ici à ceux qui, au bas de l’échelle, ont toujours faim,  n’ont pas d’eau (et moins encore courante) ni même de lieu fixe  et surtout  paisible où ils pourraient tenter de vivre, fût-ce seulement sur leur propre modèle, celui d’une culture qui ne sera jamais la nôtre. Certains sont déjà dans ce cas chez nous, je les évoqués  ici. Ils ne demanderaient pas mieux, certains d’entre eux du moins, que de pouvoir  « consommer » ne fût-ce que a minima.

Comme le chantait Léo Ferré il y a si longtemps déjà, « les temps sont difficiles…. ». C’était à l’époque où la Chine, une grande partie de l’Inde dormaient encore.  Si pour elles  les temps sont devenus et deviendront encore (probablement)  meilleurs, c’est bien à leur croissance qu’elles le doivent.  C’est généralement le cas de tous les pays qui peuvent offrir à la plus grande partie de leurs habitants un certain niveau de bien-être et de prospérité qui ne s’épanouissent à terme que dans la paix et un certain nombre de libertés.

Si le tropisme exercé sur le monde par l’Orient est en voie de supplanter celui de l’Occident,  il me semble (bien modestement) beaucoup plus opportun de modifier notre type de croissance que de souscrire à son refus.  Les conséquences n’en paraissent que trop évidentes. en tous cas pour nous.

L’analyse sociologique du monde comme incitation au désespoir

L’analyse percutante livrée aux dernières Etudes par l’éminent sociologue Jean-Pierre Legoff sur Le fil rompu des générations m’invite tout naturellement à une sorte de réponse sur son son triste constat.

réunion de famille, 2007
quatre générations d'une belle famille réunie

Nous avons  en commun au moins notre âge et  l’histoire de notre génération. Certainement pas le même bilan. Je n’ai fait ni les mêmes études, ni suivi le même chemin,  sans m’être pour autant jamais égarée dans d’autres voies que celles, ardues,  du questionnement. Y compris celui du A quoi bon ?

La sociologie, inventée il y a plus d’un siècle au coeur d’une société  minoritairement prospère a eu depuis lors pour objet de brosser le portrait chiffré du fait social , et d’en mesurer les effets à l’attention des gouvernants.

La pratique religieuse, le mode alimentaire, le suicide par exemple, sont autant de faits sociaux. De même que les employés, les cadres, les retraités ou les moins de vingt ans en sont autant de groupes. Cela n’est pas en soi d’une grande nouveauté : Démosthène ou Cicéron savaient très bien déjà ce qu’était leur société et de combien de divisions ils disposaient. La nouveauté  réside, depuis plus d’un siècle, dans l’objectif même de cette science sociale. Celui,  louable,   d’éclairer  leurs dirigeants sur les maux de nos sociétés pour qu’ils y portent des remèdes.

Il semble pourtant, à l’aune de tout ce  l’on voit, lit,  et entend, que rien jamais n’aille vraiment comme il faut. On nous sert à tout propos une vision quasi désespérante du monde.

Dans les études sociologiques, tout est en fin de compte terriblement relatif.  Nous sommes aujourd’hui éclairés sur la plupart de nos comportements, de nos modes de vie, de consommation, de pensée, même. Mais est-ce bien nous ? Est-ce bien moi ? En termes de communauté, sans doute. De marketing, assurément. En terme individuel, certainement pas.

Ce que M. Le Goff met en lumière, cette rupture, voire cette vision citée par lui des Libres enfants de Summerhill (1) qui semble opérationnelle aujourd’hui, tout cela, au fond, ne me convainc pas vraiment. C’est faire fi, me semble-t-il, de cette capacité quasi reptilienne des hommes de chaque époque à inventer le monde ou, pour quelques-uns, à le réenchanter.

Une des constantes de l’Humanité est qu’il se trouvera toujours en son sein une minorité d’hommes éveillés, animés d’une Foi quelconque en la Vie et en l’Esprit de l’Homme et capables de drainer assez de force et d’énergie pour en assurer la vigueur, la complétude et l’épanouissement.

Il y a heureusement encore, et il y aura probablement toujours, autour de nous,  beaucoup de talents,  et de merveilleux jeunes gens de trente ou même quarante ans.

Nous avons, à soixante ans et bien au-delà, un regard sur le monde qui sera toujours celui de notre génération, de nos incertitudes, des succès  et des ratés de notre propre histoire. A nous de ne pas entraver le cours de l’éternelle Espérance nécessaire à tous  ceux qui nous suivent et n’ont pas, du moins pas encore, fait l’expérience de nos jours. Celle-là viendra à son tour.

(1)  « Un jour, les jeunes n’accepteront plus la religion et les mythes désuets d’aujourd’hui. quand la nouvelle religion viendra, elle réfutera l’idée que l’homme est né dans le péché. Elle louera Dieu en rendant les hommes heureux. La nouvelle religion réfutera l’antithèse du corps et de l’esprit, ainsi que la culpabilité de la chair. Elle saura qu’un dimanche matin passé à se baigner est plus sacré qu’un dimanche matin à chanter des cantiques- comme si Dieu avait besoin de cantiques pour se satisfaire. Une nouvelle religion trouvera Dieu dans les prés et non pas dans les cieux. Imaginez un moment tout ce qui pourrait être accompli si dix pour-cent seulement des heures passées en prières et en visites à l’église étaient consacrés aux bonnes actions, à la charité et à l’aide au prochain ?« 

Alexandre S. Neill, Libres enfants de Summerhill, Maspéro, 1970, p.216 – Cité par Jean-Pierre Legoff in Le fil rompu des générations, Etudes, février 2009, pp.175-186

Iran: 30 ans de voile islamique pour…. des pintades ?

C’était il y a quelques mois ; je cherchais des informations sur le mode de vie actuel des femmes iraniennes, évoqué par J.C. Guillebaud dans son dernier ouvrage (voir mon billet ), mes connaissances en la matière étant réduites à ma fréquentation très lointaine des Langues O.  Google m’a donc envoyée sans détours sur le site des Pintades en Iran, puis sur celui de son auteur, Delphine Minoui.

Harem, XVIIIème siècle
Harem, XVIIIème siècle

Ce livre avait semblait-il, à sa sortie,  pas mal agité le bocal. Interpellée d’emblée par ce titre grotesque, mais découvrant du même coup que l’auteur en était une charmante jeune femme,  titulaire  depuis deux ou trois ans du prix Albert Londres, qu’elle était depuis depuis dix ans correspondante du Figaro à Téhéran, je lui adresse ma question : Pourquoi des pintades ? Contre toute attente, je reçois sa réponse, circonstanciée, chaleureuse, mais pour moi peu convaincante. Des dindes aux pintades, il y a plutôt réduction. Un bref échange s’ensuit et son offre de me faire parvenir son livre que je reçois effectivement dans les 48 heures de son éditeur.

L’aurais-je acheté, ce livre ? Probablement pas. Avec une autre titre et une autre couverture, sans doute. Je ne suis guère cliente des guides pratiques et des « noms d’oiseaux ».Mais enfin, puisque je l’ai eu entre les mains…

Difficile, pour une femme de ma génération (mais pour celles qui suivent aussi sans doute) d’imaginer vivre dans de telles conditions, la première étant la non-mixité qu’imposent à sa jeunesse un Etat religieux, la seconde de devoir y vivre cachée; mais si l’on y songe, ces conditions ne sont  cependant que le fruit d’une longue tradition, un temps (trop court) interrompu, celle du harem. A l’aune de notre culture occidentale, cela semble insensé. Tant de chemin parcouru, chez nous depuis les gynécées si chers aux Athéniens, même si, par ailleurs, nos octogénaires d’aujourd’hui se promenaient encore dans leur jeune temps, dûment gantées, coiffées et chapeautées….

Ceci étant, quand féminité rime à ce point avec frivolité, on en vient à se demander si…..la basse-cour n’est pas tout indiquée, car de  frivolité, il est beaucoup question dans cet opuscule : celle d’un monde féminin qui m’est pour ma part presque étranger, mais moins encore, sans aucun doute, que celui, si matérialiste qui nous est présenté ici : voilà bien le comble d’un Etat prétendûment religieux, où l’Esprit semble si largement dominé par la Matière.

On fête donc aujourd’hui les trente ans de cette révolution islamique préparée sans secret à Paris,  où Le Monde d’alors tirait chaque jour ou presque à boulets rouges sur un Shah de Perse trop inspiré sans doute par des valeurs jugées par trop occidentales et matérielles,  imposées de surcroît à ses opposants par une violente répression.

Les révolutions ont cet inconvénient de faire croire à l’arrivée d’un monde meilleur. Ce n’est qu’après coup (après les coups ?) que les yeux se désillent et regardent avec nostalgie le monde…. d’avant.