L’analyse sociologique du monde comme incitation au désespoir

L’analyse percutante livrée aux dernières Etudes par l’éminent sociologue Jean-Pierre Legoff sur Le fil rompu des générations m’invite tout naturellement à une sorte de réponse sur son son triste constat.

réunion de famille, 2007
quatre générations d'une belle famille réunie

Nous avons  en commun au moins notre âge et  l’histoire de notre génération. Certainement pas le même bilan. Je n’ai fait ni les mêmes études, ni suivi le même chemin,  sans m’être pour autant jamais égarée dans d’autres voies que celles, ardues,  du questionnement. Y compris celui du A quoi bon ?

La sociologie, inventée il y a plus d’un siècle au coeur d’une société  minoritairement prospère a eu depuis lors pour objet de brosser le portrait chiffré du fait social , et d’en mesurer les effets à l’attention des gouvernants.

La pratique religieuse, le mode alimentaire, le suicide par exemple, sont autant de faits sociaux. De même que les employés, les cadres, les retraités ou les moins de vingt ans en sont autant de groupes. Cela n’est pas en soi d’une grande nouveauté : Démosthène ou Cicéron savaient très bien déjà ce qu’était leur société et de combien de divisions ils disposaient. La nouveauté  réside, depuis plus d’un siècle, dans l’objectif même de cette science sociale. Celui,  louable,   d’éclairer  leurs dirigeants sur les maux de nos sociétés pour qu’ils y portent des remèdes.

Il semble pourtant, à l’aune de tout ce  l’on voit, lit,  et entend, que rien jamais n’aille vraiment comme il faut. On nous sert à tout propos une vision quasi désespérante du monde.

Dans les études sociologiques, tout est en fin de compte terriblement relatif.  Nous sommes aujourd’hui éclairés sur la plupart de nos comportements, de nos modes de vie, de consommation, de pensée, même. Mais est-ce bien nous ? Est-ce bien moi ? En termes de communauté, sans doute. De marketing, assurément. En terme individuel, certainement pas.

Ce que M. Le Goff met en lumière, cette rupture, voire cette vision citée par lui des Libres enfants de Summerhill (1) qui semble opérationnelle aujourd’hui, tout cela, au fond, ne me convainc pas vraiment. C’est faire fi, me semble-t-il, de cette capacité quasi reptilienne des hommes de chaque époque à inventer le monde ou, pour quelques-uns, à le réenchanter.

Une des constantes de l’Humanité est qu’il se trouvera toujours en son sein une minorité d’hommes éveillés, animés d’une Foi quelconque en la Vie et en l’Esprit de l’Homme et capables de drainer assez de force et d’énergie pour en assurer la vigueur, la complétude et l’épanouissement.

Il y a heureusement encore, et il y aura probablement toujours, autour de nous,  beaucoup de talents,  et de merveilleux jeunes gens de trente ou même quarante ans.

Nous avons, à soixante ans et bien au-delà, un regard sur le monde qui sera toujours celui de notre génération, de nos incertitudes, des succès  et des ratés de notre propre histoire. A nous de ne pas entraver le cours de l’éternelle Espérance nécessaire à tous  ceux qui nous suivent et n’ont pas, du moins pas encore, fait l’expérience de nos jours. Celle-là viendra à son tour.

(1)  « Un jour, les jeunes n’accepteront plus la religion et les mythes désuets d’aujourd’hui. quand la nouvelle religion viendra, elle réfutera l’idée que l’homme est né dans le péché. Elle louera Dieu en rendant les hommes heureux. La nouvelle religion réfutera l’antithèse du corps et de l’esprit, ainsi que la culpabilité de la chair. Elle saura qu’un dimanche matin passé à se baigner est plus sacré qu’un dimanche matin à chanter des cantiques- comme si Dieu avait besoin de cantiques pour se satisfaire. Une nouvelle religion trouvera Dieu dans les prés et non pas dans les cieux. Imaginez un moment tout ce qui pourrait être accompli si dix pour-cent seulement des heures passées en prières et en visites à l’église étaient consacrés aux bonnes actions, à la charité et à l’aide au prochain ?« 

Alexandre S. Neill, Libres enfants de Summerhill, Maspéro, 1970, p.216 – Cité par Jean-Pierre Legoff in Le fil rompu des générations, Etudes, février 2009, pp.175-186

Publié par

Céleste Brume

quelques mots, au coin du bon sens...que je ne cesse de ressasser depuis.... le piège de Chirac en 2002, le matraquage anti-Sarkozy en 2007, le matraquage pro-Hollande en 2012 et le triomphe de la com' Macron en 2017. Pour que la France DEMEURE.

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